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Vivement l'Ecole!

« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

18 Octobre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Laïcité

« Une éducation à la laïcité vécue comme un rappel à l’ordre risquerait d’alimenter les crispations »

EXTRAITS

L’enseignement de la laïcité n’a été instauré qu’après l’affaire des collégiennes voilées de Creil, à l’automne 1989, rappelle, dans une tribune pour « Le Monde », Ismaïl Ferhat, professeur à l’université Paris-Nanterre.

Tribune. L’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020, a remis à l’ordre du jour, tragiquement, la question des rapports parfois frictionnels entre religieux et institution scolaire. Comme de 1989 à 2004 après les crises à répétition autour du foulard islamique à l’école, comme en 2003 après la commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, présidée par Bernard Stasi [ministre et parlementaire, disparu en 2011], et comme elle l’avait fait à la suite des attentats de janvier 2015, l’éducation nationale a répondu à cet acte terroriste par la nécessité d’éduquer à la laïcité. Une telle affirmation pédagogique, qui paraît aujourd’hui évidente, est en réalité très récente.

En effet, jusqu’aux années 1980, la laïcité n’a constitué qu’un aspect très marginal des programmes scolaires – y compris dans les programmes d’éducation civique, rétablis en tant que tels en 1985 dans le premier degré. Les mesures de sécularisation de l’institution scolaire, prises un siècle plus tôt à partir des années 1880, furent progressives et centrées sur la laïcisation des enseignements, des locaux et des maîtres de l’école publique. La laïcité a été, dans ce cadre, bien plus un principe d’organisation qu’un objet pédagogique. La fin des écoles normales d’instituteurs, en 1989, fit même reculer la formation au principe laïque des maîtres, qui tendit à refluer au sein des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) où furent formés les enseignants de 1990 à 2013.

Passage obligé

La « pédagogisation » de la laïcité, c’est-à-dire sa transformation en objet d’éducation, doit beaucoup aux tensions introduites par l’affaire de Creil, à l’automne 1989, où trois collégiennes voilées nourrirent aussi bien le débat politique que les passions médiatiques. Car l’interdiction progressive des signes religieux dits ostensibles à l’école publique, à partir de la circulaire Bayrou en 1994, devait être expliquée aux élèves, premiers concernés par ces mesures. De même, a joué la crainte croissante des contestations religieuses de cours, au sein de l’institution scolaire, présente dans l’ouvrage collectif d’enseignants intitulé Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002), le rapport Stasi en 2003 et le rapport dirigé par l’inspecteur général de l’éducation nationale, Jean-Pierre Obin [ancien inspecteur général de l’éducation nationale], en 2004.

(...)

Cependant, la « pédagogisation » de la laïcité porte de véritables défis. Une partie des jeunes perçoit ce principe d’abord sous l’angle des interdits qu’il semble devoir imposer. Ainsi, le sondage IFOP commandité par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme et publié en mars 2021, auprès d’un millier de lycéens montre qu’une – courte – majorité d’entre eux est hostile à la loi du 15 mars 2004 bannissant les signes religieux ostensibles des écoles publiques. Or, le lien, voire la causalité, entre la nécessité accrue d’une éducation à la laïcité et cette interdiction est, on l’a vu, particulièrement fort d’un point de vue chronologique.

(...)

De ce point de vue, peut-être une solution serait celle apportée par un des tout premiers théoriciens de l’école laïque, le philosophe Edgar Quinet (1803-1875). Celui-ci souhaitait dans son court ouvrage L’Enseignement du peuple (1850), que celle-ci soit avant tout libératrice pour les enseignants comme pour les élèves. Une éducation à la laïcité qui soulignerait combien celle-ci a ouvert la société française – et, ceci ne saurait être trop rappelé, protégé les droits des croyants comme des non-croyants – serait un bel hommage au projet de séparation porté par les républicains du XIXe siècle.

Ismaïl Ferhat, professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris-Nanterre, a publié Les Gauches de gouvernement et l’école (Presses universitaires de Rennes, 2019).

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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