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Vivement l'Ecole!

Obsédé par le «wokisme», Blanquer fait un piètre défenseur du modèle républicain

18 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Jean-Michel Blanquer barbu, le ministre explique les raisons de son nouveau  look

«La jeunesse doit échapper à l’idéologie «woke»». Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a choisi, dans un entretien publié vendredi dans le Monde, le triste premier anniversaire de la décapitation de Samuel Paty pour lancer son club de réflexion sur les valeurs de la République et défendre «une vision républicaine opposée à cette doctrine», le «wokisme» donc, «qui fragmente et divise». Jean-Michel Blanquer a bien évidemment le droit de créer le club politique qu’il veut pour nourrir, au service du chef de l’Etat, le débat d’idées pendant la campagne présidentielle. On sait d’où parle le ministre de l’Education : d’une position républicaine mais néo-conservatrice, avec le dépassement du clivage gauche-droite comme cache-sexe.

Un marqueur incontournable

Sa cible, ce courant de pensées arrivé des Etats-Unis, peut être évidemment soumise à la critique. Conception du féminisme, stratégie de lutte contre le racisme, différentialisme ou universalisme, rapport à la laïcité, place accordée à la question sociale dans la lutte contre les inégalités : comment nier que ces questions importantes divisent droite et gauche ? Comment contester surtout qu’elles divisent la gauche depuis des années et qu’il se joue au sein du camp progressiste une bataille d’influence ? Elle sévit entre le PS et la France Insoumise depuis longtemps maintenant, sans que ces frontières partisanes résument d’ailleurs le débat.

Elle était aussi très récemment au cœur de la primaire écolo entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau. Le score de cette dernière démontre que ce courant de pensées qui hérisse Jean-Michel Blanquer est porté par des vents favorables, à l’université et chez les jeunes par exemple. Un engouement qui pousse parfois ses partisans à s’arroger un peu vite le monopole du progressisme. Ils sont il est vrai encouragés par la faiblesse intellectuelle actuelle et, dans une moindre mesure électorale, de la gauche dite réformiste, universaliste, sociale-démocrate pour faire court. Une atonie dont profite aussi, soit dit en passant, Jean-Michel Blanquer…

Revenons d’ailleurs à notre mouton, puisqu’il s’agit ici de dénoncer les fautes qui accompagnent le lancement de son club anti-«wokes». La première relève du timing. Choisir la semaine de la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty n’est évidemment pas anodin. Au risque d’un amalgame dangereux, il choisit de discréditer le «wokisme» en appuyant sur un seul de ces aspects : son rapport à la laïcité. Il est dénoncé par d’autres, y compris à gauche. Christophe Naudin, professeur d’histoire géographie, qui considère la gauche radicale comme sa famille, rescapé du Bataclan, estimait par exemple il y a un an dans nos colonnes que le problème d’une partie de la gauche était «le refus de critiquer l’islam parce que ce serait une religion de dominés». Il y a deux jours, il répétait dans le Monde qu’«à force d’euphémiser l’islamisme, une partie de la gauche est devenue inaudible»Les mots ayant leur importance, il précise : «Je ne dirais pas que ce courant-là excuse ou justifie le terrorisme».

Une négation du débat sociétal et intellectuel

A la veille des hommages rendus à Samuel Paty, sa priorité était de désigner le «wokisme» comme son ennemi numéro 1. Il en oublie le terrorisme islamiste, dont il ne prononce pas un mot dans son entretien à nos confrères. Oubli plus que fâcheux, révélateur d’un aveuglement et d’une volonté d’amalgame coupable.

La séquence d’hommages à Samuel Paty aurait pu être pour le ministre de l’Education nationale une occasion de pause, de dignité, de rassemblement derrière le corps enseignant. Il a préféré la caricature d’un courant de pensée, sans chercher à s’interroger sur ce qu’il recèle d’interrogations légitimes. Sans prêter la moindre attention aux évolutions du débat sociétal et intellectuel qu’il pointe. Jean-Michel Blanquer évite aussi soigneusement de s’interroger sur les défaillances de la promesse républicaine. Elles existent, ne datent pas d’aujourd’hui, mais ce quinquennat n’a pas franchement contribué à les résoudre. Le ministre prétend donc s’ériger en porte-drapeau de la cause laïque, républicaine et universaliste. Il en est un piètre défenseur.

Paul Quinio

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