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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Max Genève...

21 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La vie d'auteur - Max Genève - Le Verger - Grand format - Au fil des mots  BLAGNAC

 

Comme le remarquait un ami, avec une bienveillance non dénuée de rosserie, Genève est aussi une ville. Voilà pourquoi, quand on me demande mon nom, je réponds Genève et ajoute aussitôt pour éviter d’épeler : « Comme la ville ». Aimer une ville au point d’en avoir endossé le nom, drôle d’idée, n’est-ce pas ? Mais je ne fais que reproduire en petit un mouvement général de l’onomastique : de nombreux patronymes, on le sait, sont des noms de lieux. Genève, Genève, tout le monde descend.

Résumons. Je suis français, né en Alsace, je suis depuis peu au Pays basque, après avoir vécu trente ans à Paris, je porte depuis quarante ans le nom d’une ville suisse et ce n’est pas une histoire belge. Précisons.

J’ai vu le jour à Mulhouse, Haut-Rhin, en 1945. Vu le jour est une façon de parler, c’était en pleine nuit et comme bébé, on ne distingue pas grand-chose. Mon père était journaliste et critique musical à L’Alsace. À quatre-vingts ans, longtemps après son départ à la retraite, il passait quotidiennement au journal. Disparu, je crois savoir que son fantôme continue de hanter la salle de rédaction.

Mulhouse est près de Bâle, et Bâle est en Suisse, où vit ma sœur Béatrice. Cela pour dire que j’ai toujours eu un pied dans la Confédération, dès l’enfance et avant d’avoir lu Rousseau. Les Suisses ressemblent assez aux Alsaciens, ils sont bâtards comme nous, en plus riches. La bâtardise est notre richesse, ce que mes compatriotes, ceux qui n’ont pas lu Shakespeare, refusent de reconnaître.

Âgé de trente-cinq ans, en 1980 donc, au moment où j’allais publier chez Christian Bourgois mon premier livre de fiction (un recueil de nouvelles, Notre peur de chaque jour), j’ai décidé de changer de nom, ce que raconte La Prise de Genève, un court essai publié par mes amis Francis Bueb et Bernard Reumaux. Pourquoi il le fallait et pourquoi Genève. Notez que je n’avais rien contre Geng, mon patronyme. Dans un essai paru en 10/18, chez Christian Bourgois donc, deux ans auparavant, L’illustre inconnu, j’en avais déjà décortiqué la complexité phonétique en long, en large et en travers.

À l’époque je gagnais ma vie en enseignant la sociologie. Théoricien parrainé par Barthes, Bourdieu, Derrida, polémiste acéré, je publiais des articles et des livres d’humeur, mais avec le sentiment de m’égarer dans des recherches et des combats de Don Quichotte qui m’éloignaient de ma passion pour les histoires et la rêverie, laquelle ne pouvait à l’évidence s’épanouir que dans le roman.

Avec la publication de La Prise de Genève, je répétai un geste accompli quinze ans plus tôt quand, à l’âge de vingt ans, j’écrivis en quelques mois mon premier roman, malgré l’insistance de mes professeurs du lycée Fustel à me voir me présenter au concours de la rue d’Ulm. Ce roman parut vingt ans plus tard, en 1985, chez Bernard Barrault, sous le titre Jeune homme assis dans la neige. Que l’on me permette de citer un passage de la postface rédigée pour l’occasion :

 

« Présomptueux ? Oui, comme tout possédé, impatient de libérer ce qu’il devine porter en lui d’imprévisible et qui pourtant le presse. Et doublement présomptueux de dédaigner a priori le moule prestigieux de la rue d’Ulm ! Mais diable, quand on s’aventure au roman, il faut se soustraire à l’influence des maîtres : on ne peut en même temps se disposer intérieurement à la création et s’enfermer dans un système collectif de préparation à un concours difficile, avec son réseau névrotique et, somme toute, confortable d’obligations et de défenses.

Bref, il avait choisi l’aventure : la littérature, qui n’est peut-être que cela, un abandon sans réserve, possible seulement dans un âge sans calcul, à l’informulable question du sens de l’écriture. »

 

Max Genève - La vie d'auteur

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