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Vivement l'Ecole!

Philippe Watrelot : « La question des inégalités à l’École est un angle mort du débat public » (Je suis un pédagogiste)

15 Septembre 2021 , Rédigé par Diacritik Publié dans #Education

Je suis un pédagogiste Gommer les clichés, construire une meilleure école -  broché - Philippe Watrelot - Achat Livre ou ebook | fnac

EXTRAIT

A l’heure où la rentrée est marquée par la parution du panégyrique de Jean-Michel Blanquer par lui-même, il est peut-être temps, loin des mondanités éditorialistes avec le ministre, d’écouter une véritable réflexion sur l’école. C’est précisément au moment de la rentrée que Philippe Watrelot, enseignant qui se présente lui-même comme un militant pédagogique, choisit de faire paraître son stimulant essai, Je suis un pédagogiste. En revendiquant cette étiquette de pédagogiste qu’on lui a attribuée, Watrelot en profite pour rouvrir le débat sur l’école, évoquer ses difficultés, son manque de budget et la dévalorisation criante du métier. À l’heure de la présidentielle, l’éducation doit être au centre des discussions avec des propositions fortes. Inutile de dire que Diacritik ne pouvait qu’aller à la rencontre de Philippe Watrelot pour échanger avec lui de cette école du futur.

Ma première question voudrait porter sur les origines de votre salutaire essai, Je suis un pédagogiste qui vient de paraître. Vous dites d’emblée l’avoir écrit en réaction à l’insulte ou tout du moins à la dépréciation dont le terme même de « pédagogiste » serait, selon vous, actuellement l’objet. En ce sens, vous vous êtes décidé à écrire, dites-vous encore, afin de « retourner le stigmate ». Comment avez-vous donc procédé ? Votre but en écrivant était-il d’emblée de vous fixer, comme l’indique le sous-titre, de « gommer les clichés, construire une meilleure école » ? 

Débattre de l’école et de l’éducation est légitime. Ce sont des questions de société qui ne doivent être confisquées par quiconque. Mais elles ne doivent pas non plus être caricaturées. C’est un procédé très classique sur le plan rhétorique  (stratégie de l’homme de paille) que de parer l’« adversaire » de tous les défauts. Il est en effet plus facile de combattre un ennemi qu’on s’est soi même fabriqué. Le constat de la difficulté à débattre, je le fais depuis des années puisque mon parcours est celui d’un militant de la pédagogie. Je suis engagé dans des associations complémentaires de l’école et des mouvements pédagogiques depuis très longtemps.

Mais le débat s’est tendu et est devenu plus violent au cours des dix dernières années. Il y a évidemment le rôle des réseaux sociaux mais j’y vois aussi et surtout le symptôme d’un malaise enseignant qui s’accentue. L’idée du livre m’est venue à partir de 2015 au moment de la réforme du collège. Le mouvement que je présidais (le CRAP-Cahiers Pédagogiques) avait vu dans cette réforme des aspects positifs et ce soutien m’a valu d’être exposé. Et j’ai alors, en quelque sorte, « incarné » la figure de ce qu’on a appelé à ce moment-là un « pédagogiste ». Le terme s’est donc imposé à moi, je me souviens même avoir été invité à un débat télévisé et être présenté ainsi !

D’une certaine manière, je n’avais pas le choix. Soit, je continuais à rejeter ce terme disqualifiant soit j’essayais dans une sorte de « judo » lexical de le retourner pour en faire sinon une force, du moins un motif de fierté. C’est ce qu’on appelle en sociologie (je suis prof de SES) une tentative de « retournement du stigmate ». Le procédé n’est pas nouveau. Par exemple, rappelons qu’au départ le mot même d’« intellectuel » a été forgé comme une insulte par les anti-dreyfusards .

Dans une première version du manuscrit, l’essentiel du livre était consacré à la réfutation des arguments des « anti » pédago que j’entendais et lisais depuis toutes ces années. Et alors, je me suis rendu compte que le plus important pour convaincre était plutôt d’être dans  une démarche de propositions. Et puis, il y a la proximité du débat de la présidentielle et la volonté d’agir pour que la cause de l’École et des enseignants soit entendue. Le livre a ainsi évolué et est donc plus équilibré : la première partie est consacrée à la déconstruction du terme de « pédagogiste » et à la réfutation des clichés (chapitres 1 à 5), la deuxième partie est plus positive et tournée vers l’avenir  (chapitres 6 à 10).

Pour résumer le livre en une phrase : « vous dites que je suis un pédagogiste ? Je ne suis pas celui que vous croyez et je suis fier des idées et des pratiques que je défends. Et j’ai des propositions à vous faire ».

(...)

Johan Faerber

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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