Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Jean‑Michel Blanquer, un ministre à la longévité républicaine ou bonapartiste ? - Par Claude Lelièvre

16 Septembre 2021 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education

EXTRAITS

En ce mois de septembre, Jean‑Michel Blanquer va battre le record de longévité d’un ministre de l’Éducation nationale de la Cinquième République, détenu par Christian Fouchet, resté un peu plus de quatre ans et quatre mois en poste au gouvernement (du 28 novembre 1962 au 6 avril 1967). Mais on n’atteint pas encore les records des cinq « ministres de l’école » des deux Bonaparte, ni même ceux de trois autres ministres de l’Instruction publique sous la royauté restaurée.

Bien sûr, on pourrait objecter que leurs positions ne sont pas tout à fait comparables, en discutant les intitulés des différents postes. Mais ceux-ci figurent bien ès qualités au sein de « La liste des ministres chargés de l’Éducation nationale et de leurs différentes appellations depuis 1802 jusqu’à nos jours » dans les « Ressources numériques en histoire de l’éducation ».

Instruction publique ou Éducation nationale

L’appellation de « ministre » (des « Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique ») intervient pour la première fois en août 1824. Mais on doit remarquer que ne c’est pas une rupture, tant s’en faut. C’est la même personne (l’évêque ultra-royaliste Denis Frayssinous) qui devient ce ministre, en continuité avec la responsabilité qu’il avait auparavant : « Grand-maître de l’Université royale ».

L’intitulé « instruction publique » est apparu avant celui d’« éducation nationale », qui arrivera en 1932. Certains ont voulu voir dans ces deux dénominations successives le signe d’une priorité accordée d’abord à « l’instruction » avant celle qui se serait imposée ensuite, à savoir une priorité donnée à « l’éducation ». Mais cela ne signifie pas du tout qu’en réalité l’École est passée de « l’instruction » à « l’éducation » (de « l’instructif » à « l’éducatif ») comme l’a prétendu par exemple Jean‑Claude Milner dans son célèbre pamphlet De l’Ecole paru en 1984.

D’abord parce que le premier ministère de plein exercice dévolu à l’École a été institué en pleine période ultra-royaliste et cléricale par l’ordonnance du 26 août 1824. Et si la dénomination « instruction publique » a alors été préférée à celle d’« éducation nationale », c’est parce que ce dernier intitulé renvoyait au moment le plus révolutionnaire de la Révolution française. Et ce ne pouvait être la prédilection des ultra-royalistes alors au pouvoir. Ensuite, parce que la première circulaire de Mgr Frayssinous aux recteurs est on ne peut plus révélatrice :

« Sa Majesté, en appelant à la tête de l’Instruction publique un homme revêtu d’un caractère sacré, fait assez connaître à la France entière combien elle désire que la jeunesse de son royaume soit élevée dans des sentiments religieux et monarchistes ».

Les ministres de l’Instruction publique ou de l’Éducation nationale n’ont jamais duré très longtemps sous la Troisième République ou la Quatrième République car leur nomination et leur maintien dépendaient avant tout d’un accord collectif entre différentes composantes ou « sensibilités » politiques à géométries et à durées variables.

En revanche, les deux Bonaparte ont mis à la tête de l’école des hommes qu’ils ont choisis personnellement et qu’ils ont gardés longtemps. Dans la mouvance bonapartiste, la nomination d’un ministre est d’abord le fait du Prince (le chef de l’État pouvant exercer un pouvoir personnel fort).

(...)

Claude Lelièvre

Suite et fin en cliquant ci-desssous

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :