Devenir enseignant, quand on vient de quartier populaire, résulte souvent autant de la vocation que du choix politique, tant le parcours peut être difficile, dénigré, ou juste impensable. Encore aujourd’hui, les enseignants viennent rarement de milieux populaires… En 2015, un enseignant sur deux était fils d’un parent appartenant aux professions intermédiaires ou aux cadres et professions intellectuelles supérieures. Un ratio qui tombe à un actif sur trois, pour le reste de la population, d’après l’étude comparative de Bertrand Delhomme, chercheur à l’université de Tours et l’École Normale Supérieure.

Toutefois, certains « bugs de la matrice » réussissent à gruger le système. Mehdi est l’un de ces outsiders. En effet, cet enseignant d’histoire-géo a grandi dans le sud de la France, dans le Gard plus précisément : « J’ai grandi dans un environnement un peu particulier, entre les problématiques liées à la ruralité et les problématiques liées aux quartiers populaires. C’était un environnement violent dont il était très difficile de sortir. On n’avait peu d’accès à la culture et pas vraiment de transports.» Khayri a également grandi en banlieue : « J’ai grandi en bas des tours, dans le quartier du Tonkin, à Villeurbanne ». La mère de Khayri accumulait un travail de femme de ménage et de baby-sitter. Par conséquent, les finances de la famille étaient maigres.

"Quand j’étais gosse, j’étais en ZEP. Et même en étant en ZEP, j’avais l’impression d’être le plus prolo des prolos."

Celles de la famille d’Hichem, maître des écoles de formation, l’étaient également. Et pourtant le jeune homme issu de banlieue parisienne ne s’en rendait pas forcément compte : « Mon père a fait de longues études en Algérie mais ces dernières ne valaient rien ici. Ma mère, pour sa part, était femme au foyer. Toutefois, mes parents se sont pliés en quatre pour que je puisse tout avoir. Je n’ai donc jamais ressenti de manque… Mais je n’ai jamais voyagé avec mes parents par exemple. Je ne m’en suis rendu compte que plus tard. »

"Je me suis dit qu’il fallait que je devienne prof."

Contrairement à Hichem, Mehdi a, quant à lui, toujours été conscient de sa classe sociale : son père a été rapidement la retraite et sa mère, elle, travaillait dans les champs de manière saisonnière. Il raconte : « Quand j’étais gosse, j’étais en ZEP. Et même en étant en ZEP, j’avais l’impression d’être le plus prolo des prolos. » Finalement, c’est cette condition sociale et économique de ‘prolo’ qui a, d’une certaine façon, poussé les trois jeunes hommes à choisir la voie de l’enseignement.

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Une autre approche du métier

Selon Mehdi, le fait d’avoir grandi dans les mêmes conditions sociales et économiques que ses élèves lui permet d’avoir une certaine empathie envers ces derniers : « Ma discipline interroge beaucoup la race et la classe alors je n’hésite pas à rappeler à mes élèves que moi aussi, j’ai grandi en quartier populaire ! Je les comprends », explique-t-il. Quant à Khayri, il travaille à Mayotte et donne cours à des enfants venant de milieux très défavorisés. Tout comme Mehdi, Khayri pense que son vécu lui permet de mieux comprendre ses élèves. Le jeune homme prend d’ailleurs un rôle de « grand-frère » parfois, et ses élèves le lui rendent bien : « Je ressemble à mes élèves. Et ça se voit dans ma pédagogie. Par conséquent, j’ai aucun problème de comportement avec les élèves. Ils sont à l’écoute. »

 "La plupart du temps, les seuls arabes et noirs que les élèves voient à l’école, à l’exception de leurs camarades, ce sont des agents d’entretien ou des ALD."

Sur le fait de ressembler aux élèves, Mehdi explique : « La plupart du temps, les seuls arabes et noirs que les élèves voient à l’école, à l’exception de leurs camarades, ce sont des agents d’entretien ou des ALD. L’équipe pédagogique et l’équipe éducative sont souvent composées de personnes blanches… Donc dans les ‘hauts postes’, il y a rarement des gens qui ressemblent aux enfants. » 

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Jasmine Touitou

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