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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Christine Montalbetti...

14 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ce que c'est qu'une existence de Christine Montalbetti - Grand Format -  Livre - Decitre

Le mieux, je crois, c’est de commencer par le père.

Celui qu’ici on va appeler le père, parce que ce qui le relie au monde, dans une certaine mesure, à présent que tous ou presque sont partis, comme on dit, ses grands-parents, forcément (mais est-ce si forcé, si acceptable pour autant), ses parents (ensemble, un jour de pluie où la route était mauvaise), Élise, sa chère Élise, et la plupart de ceux de ses amis qu’il voyait encore de loin en loin, c’est son fils.

On dit le père, mais c’est un septuagénaire que vous devez vous représenter : le fils a une bonne trentaine et le père s’y est pris tard qui a eu une longue jeunesse à solex et cheveux au vent dont on reparlera sûrement – pas du tout pressé alors d’avoir une progéniture, et puis finalement rencontrant Élise, et de fil en aiguille, voilà comment les choses se font. Tout ça, on va y revenir, vous le raconter plus en détail. Pour le moment, faisons plutôt un petit panoramique de bas en haut sur la silhouette du père.

Les pantoufles, d’abord. Parce que le père, les pieds dans ses chaussons, c’est comme ça que je le vois. Oh, pas exactement des charentaises, ce serait forcer le trait, pas un de ces tissus écossais, pelucheux, qui vous enrobent bien le pied, fourrés d’une laine ivoire, mousseuse, mais plutôt le genre de babouches berbères, en cuir de mouton tanné, voyez, couleur caramel ; et dedans le pied nu dont vous apercevez la peau (la chaussette est inutile en ce début de juillet).

Couvrant ses chevilles, l’ourlet d’un pantalon gris, non pas de flanelle (comme vous y allez), mais de coton, assez clair, souris, je dirais.

Votre œil remonte, le pantalon est à pinces (dans l’une des poches, un peu déformée, on devine que se blottit un mouchoir en papier, froissé, roulé en boule), resserré par une ceinture marron élimée dont l’ardillon a longtemps distendu le même cran, et puis non, à présent, c’est celui d’avant (le père a maigri, on en conclut), sur une chemise dont il a scrupuleusement boutonné les poignets – depuis peu le père met un soin extrême à tout, moins rapide, mais aussi plus soucieux de bien faire : on est loin des manches relevées à la va-vite qu’il avait toujours portées à la moindre chaleur, tirebouchonnées, ou même ouvertes sous le pull, l’hiver, de façon à les remonter chaque fois qu’il en avait l’envie (le père, plus jeune, le genre à remonter ses manches à tout bout de champ).

Le père casanier mais qui ne se laisse pas aller, a-t-il décidé. Alors pas question de traîner en robe de chambre, il s’habille aussitôt pris son petit déjeuner, après la toilette qu’il effectue prudemment, ne pas glisser, ne pas tomber (les os pas bien solides, le père, et le sens de l’équilibre qui laisse parfois à désirer), un genre de toilette de chat, comme il appelle ça ; et chaque fois il attrape son falzar (le père a toujours dit falzar), on vise bien le trou mouvant de la jambe du pantalon avec le pied (oups, parfois elle se tord, réticente, comme si elle avait sa vie à elle), voilà, puis l’autre, on vacille mais on maintient l’équilibre, parfait. Un marcel propre (hop, on passe les bras, la tête), une chemise, et le tour est joué.

 

Christine Montalbetti - Ce que c'est qu'une existence

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