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Vivement l'Ecole!

Vaccination des élèves : «Une inégalité supplémentaire basée sur le choix des parents»

29 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Dossiers documentaires - Inégalités sociales de santé

Pour le sociologue François Dubet, les élèves non vaccinés à distance risquent de prendre du retard et de souffrir d’une désocialisation.

Jean-Michel Blanquer a annoncé que les élèves cas contacts non vaccinés seraient tenus de suivre les cours à distance, quand le reste de leurs camarades vaccinés étudieraient en présentiel. Le sociologue François Dubet décrypte cette mesure qui risque de creuser les inégalités scolaires.

L’enseignement à distance pour les élèves non vaccinés et cas contacts renforce-t-il des inégalités scolaires exacerbées par les deux confinements ?

La pandémie a mis au jour et accentué des inégalités scolaires existantes qu’on préférait ne pas voir. Celles-ci tiennent à un mécanisme d’agrégation de petites inégalités, liées au statut social des parents, leur investissement dans l’éducation des enfants, la composition des classes ou des établissements. Cette mesure ajoutera une inégalité supplémentaire basée sur le choix des parents de faire vacciner ou non leur enfant, qui peut être corrélée : plus vous êtes diplômé, riche et urbain, plus vous adhérez au discours scientifiquement dominant sur la vaccination. Si les professeurs font leur travail en présentiel, l’enseignement à distance ne sera pas optimal, on ne pourra pas leur demander de faire cours comme d’habitude et de remettre le couvert pour les élèves chez eux. Les élèves non vaccinés à distance vont prendre du retard et voir leur situation scolaire se dégrader.

Ces jeunes peuvent se retrouver isolés ?

Je crains que les effets sociaux ne soient plus lourds que ceux sur l’apprentissage. Un certain niveau en maths peut se rattraper par exemple, mais la désocialisation ne se récupère pas. Laisser des enfants mariner chez eux, devant leur ordi ou leur portable, coupés de contacts avec leurs amis, va laisser des traces considérables. L’école est un lieu de vie, un lieu de socialisation : les enfants grandissent à l’école et si on les prive de cet accès, on les dépossède de la capacité de grandir, de s’intégrer socialement, d’avoir des intérêts communs. Le fait que certains y aient accès et d’autres non va aussi provoquer des fractures : les enfants non vaccinés vont être isolés voire stigmatisés. Cela peut aussi engendrer des affrontements entre les enfants qui reprendront les discours qu’ils entendent à la maison. Les divergences se creuseront aussi entre les établissements, certains auront un taux de vaccination très élevé et d’autres non.

On privilégie donc l’aspect sanitaire à l’égalité scolaire ?

Oui mais, depuis le début de cette crise, on vit dans ces injonctions paradoxales. Si cette mesure va, à long terme, renforcer certaines fractures, l’alternative est de prendre un risque sanitaire épouvantable et donc de devoir fermer tout l’établissement comme au printemps. Cette option est tout aussi inégalitaire car la mobilisation des familles derrière le jeune est un facteur important de réussite scolaire : déjà au premier confinement, certains enfants lâchaient prise alors que d’autres étaient soutenus par leurs parents. Cette mesure va en revanche faire basculer la responsabilité de ces désavantages scolaires sur les parents qui choisiront de ne pas faire vacciner leur enfant. A l’image de la vaccination obligatoire pour les soignants, c’est un coup de pression adressé aux parents qui ne voudraient pas voir leur jeune pénalisé.

Propos recueillis par Alexandra Pichard

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