Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

« Passer de l’école des séparations à l’école des relations »

6 Juillet 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

« Passer de l’école des séparations à l’école des relations »

EXTRAITS

A l’occasion de la fin de l’année scolaire, Jean-Pierre Véran, ancien inspecteur d’académie et chercheur, imagine, dans une tribune au « Monde », ce que devrait être une « école de demain » où les espaces, le temps, les élèves, les savoirs et les métiers ne sont plus séparés.

Tribune. Si, dans le débat politique récent, on associe école et République pour lutter contre le séparatisme, il faut bien reconnaître que notre école, et tout particulièrement le collège et le lycée, sont placés sous le signe de la séparation. Séparation d’abord de l’école et de l’espace public, les enfants et les jeunes devenant élèves à l’abri du bruit du monde et du regard des familles dans ce temple du savoir et sanctuaire républicain. Mais, à l’intérieur, ensuite, ne sont exemptés de séparation ni les espaces ni les temps, ni les élèves, ni les savoirs enseignés, ni les missions et les métiers.

Il y a d’abord au sein de cette institution un cloisonnement spatial et temporel, avec des établissements scolaires pour l’essentiel composés de salles identiques, où se succèdent du matin au soir des heures de cours de cinquante-cinq minutes. La division des élèves avec des groupes qu’on appelle justement « divisions » ou « classes », dont, heure après heure, les élèves migrent d’une salle de cours à une autre, n’est que la première d’un long processus de filtrage. Entamé par le choix des langues et des spécialités, il se poursuit par le biais des opérations d’orientation qui font de la fin du collège et du lycée des gares de triage entre formation générale et technologique ou formation professionnelle, puis, avec Parcoursup, entre ceux qui iront en classes préparatoires aux grandes écoles et dans les grandes écoles, et ceux qui iront à l’université.

Du côté des savoirs, l’étanchéité règne aussi, avec des enseignements cloisonnés en disciplines et un professeur enseignant sa matière à une division dans une salle, et changeant de public à chaque heure. Mais il faut compter aussi avec la ségrégation entre les savoirs qu’on enseigne et ceux qu’on n’enseigne pas : on enseigne le grec et le latin, mais ni le droit ni la médecine. On observe aussi une hiérarchisation entre les savoirs enseignés qui entrent dans l’emploi du temps des élèves et les multiples éducations à… (au développement durable, aux médias et à l’information, à l’orientation, à la santé, etc.) qui se bricolent comme on peut, sans volume horaire affecté.

Cette séparation est enfin renforcée par la juxtaposition entre les enseignements et ce qu’on appelle « la vie scolaire », les professeurs étant plutôt porteurs de la pédagogie, les conseillers principaux d’éducation et assistants d’éducation plutôt porteurs de l’éducation, avec une hiérarchie symbolique entre eux inscrite dans les textes officiels.

(...)

Il faut fluidifier d’abord les espaces et les temps : en finir avec les modèles architecturaux de la « boîte d’œufs » (où chacun est assigné à sa place, séparé des autres) et de la « classe en autobus », dans un « lycée-caserne » fermé à l’extérieur. Pour cela, il faut diversifier les espaces et les temps d’apprentissage, les rendre modulables, favorables aux échanges.

Il est aussi nécessaire d’hybrider les savoirs, savoirs disciplinaires et savoirs du monde : ceux-là ne doivent plus être séparés, hiérarchisés, et appropriés solitairement par chaque élève, mais présentés dans leurs liens. Les savoirs collaboratifs, créatifs s’expriment en dehors des réalisations individuelles de devoirs scolaires, dans des productions collectives qui mobilisent de multiples compétences et connaissances pour leur réalisation. Les savoirs et comportements implicites (connaître la langue de l’école, apprendre ses leçons, travailler en autonomie et en équipe, rechercher une information…), que l’école considère comme acquis en dehors d’elle et qui contribuent à séparer effectivement « le bon grain » de « l’ivraie », sont alors explicitement travaillés à l’école.

(...)

Il faut enfin redessiner les parcours de formation, qui cristallisent très tôt des destins scolaires auxquels chacun est assigné, selon son origine territoriale, sociale, familiale. Mais aussi enrichir la formation des personnels, afin qu’ils ne soient pas, dès leur préparation au métier, exclusivement centrés sur une identité disciplinaire, mais porteurs d’une culture enseignante commune, donnant toute sa place aux compétences socioémotionnelles comme aux savoirs du monde.

(...)

Jean-Pierre Véran, (ancien inspecteur d’académie, membre du laboratoire Bonheurs (Cergy-Paris Université), et membre du Collectif d’interpellation du curriculum)

Tribune à lire intégralement en cliquant ci-dessous

https://www.lemonde.fr/education/article/2021/07/06/passer-de-l-ecole-des-separations-a-l-ecole-des-relations_6087148_1473685.html?xtor&&M_BT=35093862765056#x3D;EPR-33281056-[education]-20210706-[_titre_2]

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :