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Vivement l'Ecole!

"Le Canada étouffe sous un dôme de chaleur, la planète brûle, l’Arctique fond, et on nous passe en boucle les mêmes baltringues..."

15 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Allocution d'Emmanuel Macron : « Nous devrons sans doute nous poser la  question de la vaccination obligatoire », indique le président

Covid-19 : les semaines à venir seront décisives, comme d’habitude

Christian Lehmann est écrivain et médecin dans les Yvelines. Pour «Libération», il tient la chronique d’une société suspendue à l’évolution du coronavirus.

La folie, selon une citation apocryphe attribuée à Albert Einstein, c’est de refaire constamment la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Et nous y sommes, une nouvelle fois. Emmanuel Macron a causé dans le poste, les éditorialistes autorisés ont laissé fuiter quelques bribes, coups de sondes destinés à déterminer l’acceptabilité de mesures survenant toujours trop tard, et à contretemps. Il y a moins de deux mois, le 10 mai dans le Parisien, Jean Castex, l’homme qui aura foiré trois déconfinements, annonçait : «Nous sommes enfin en train de sortir durablement de cette crise sanitaire.» Emmanuel Macron se projetait vers la dernière année de son quinquennat, qui devait compter double. On sentait à quel point la classe politique tout entière voulait en avoir fini avec cette pandémie qui lui avait constamment échappé, qui avait rendu obsolètes les passes d’arme surjouées et les empoignes de plateau. Les soignants avec qui j’échange, un peu lassés je dois dire de jouer les Cassandre, ont écrit ici ou là que c’était une erreur, que ce n’était pas terminé, que le virus a pour lui la patience et la ténacité, quand le gouvernement vis-à-vis de cette crise semble avoir la capacité de concentration d’un bulot.

Sur le front médical, les indicateurs de cette «fin de partie» étaient patents. Le directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie réendossait son costume de cost-cutter et plafonnait le paiement des vacations des vaccinateurs, au prétexte qu’il aurait été inconvenant que la vaccination se professionnalise. Dans le même mouvement, il mettait fin au remboursement des téléconsultations par téléphone, alors que le public le plus fragile, les personnes les plus âgées et isolées, n’ont pas ou très rarement accès facile à un ordinateur et à une plateforme de visioconférence. Des centres vaccinaux fermaient. Pour la énième fois, les pouvoirs publics, dès l’annonce d’une embellie, agissaient comme si la pandémie était en phase terminale et qu’il s’agissait maintenant de resserrer les boulons du «quoi qu’il en coûte».

Effet de sidération

La preuve la plus flagrante de cet aveuglement volontaire a sans doute été la calamiteuse intervention d’Olivier Véran début juin, qui tentait de masquer l’incapacité logistique à approvisionner les centres vaccinaux sur les lieux de vacances, sous un vernis permissif, avec l’annonce d’une «dérogation» permettant aux Français d’allonger l’intervalle entre deux doses jusqu’à sept ou huit semaines en contradiction avec tous les protocoles établis jusqu’ici. Ce qu’entendirent les Français, alors que le gouvernement se démasquait, que Macron papouillait Biden et que les spots célébrant la normalité retrouvée fleurissaient sur les écrans, c’est que l’alerte était passée et qu’il était possible d’attendre le retour des vacances pour éventuellement songer à se vacciner. Alors qu’il aurait fallu au contraire revenir à l’intervalle initial le plus court possible entre deux doses (vingt et un jours pour Pfizer, vingt-huit pour Moderna) et insister sur l’urgence à se vacciner pour être protégé fortement quinze jours après la seconde dose.

La sortie de Véran a planté la campagne vaccinale au mois de juin, et en deux temps celui-ci a mangé son chapeau, d’abord en raccourcissant mi-juin l’intervalle entre les deux doses, puis en annonçant début juillet ce que nous avions réclamé depuis des mois – la possibilité de pratiquer la deuxième dose dans un autre centre que la première afin d’inciter les gens à vite se vacciner en sachant pouvoir recevoir la deuxième injection sur leur lieu de vacances. On mesure mal, je crois, l’effet désastreux de cette incapacité ministérielle à simplement admettre s’être trompé. Ne pas dire : «Contrairement à ce que nous avions annoncé, il faut raccourcir l’intervalle entre les doses au minimum, et vous vacciner dès maintenant, pour être protégé au plus vite», mais annoncer la modification de l’intervalle et la possibilité d’une vaccination multisites, sans la mettre en perspective avec l’annonce précédente, entraîne dans la population un effet de sidération autant qu’une défiance grandissante, puisque le ministre s’octroie la légitimité d’affirmer avec force le lendemain l’inverse de ce qu’il martelait la veille, sans jamais admettre même avoir fait fausse route.

Breaking news

Depuis le début, depuis le mensonge sur les masques, le déni de cette réalité a semblé plus important pour ceux qui nous gouvernent, que la nécessité d’informer honnêtement la population. Et ces obfuscations n’ont aucun sens parce que tout le monde, ou presque, a compris. Compris que pour économiser quelques dizaines de millions d’euros les gouvernements successifs ont laissé disparaître le stock de masques et de protections. Compris que les ministres et certains histrions télévisuels ont menti sur l’utilité des masques en population pour minimiser la pénurie. Compris que le «pari» de Macron depuis janvier de s’affranchir des avis des scientifiques et des réanimateurs, de les taxer d’«enfermistes», de repousser un confinement nécessaire, a coûté aux pays des centaines de milliers de contaminations. Compris enfin que la seule sortie de crise en l’absence de traitement, la vaccination, ne se déploie que grâce à l’énergie plus ou moins désespérée des soignants, des bénévoles et des administratifs soumis en permanence à des ordres contradictoires.

Lundi soir, nous savions qu’Emmanuel Macron allait parler. Qu’il allait annoncer, breaking news, comme à chaque fois, que «les semaines à venir seront décisives». On le savait, bordel. Chaque semaine est décisive, depuis le début. Chaque jour est décisif. Mais encore faudrait-il le garder en permanence à l’esprit, et pas s’en souvenir simplement quand par défaut d’anticipation les indicateurs flambent à nouveau. Mais bon, il ne faut pas rêver… le Canada étouffe sous un dôme de chaleur, la planète brûle, l’Arctique fond, et on nous passe en boucle les mêmes baltringues qui nous expliquent que l’écriture inclusive et le burkini signent la fin d’une civilisation.

Christian Lehmann

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