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Vivement l'Ecole!

#EtudiantsSansMaster : «Ils ont le niveau pour étudier, mais il n’y a plus de place»

24 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

complet Les Mureaux - Les Mureaux - Terres de Seine

Plusieurs milliers d’étudiants voulant poursuivre leurs études se retrouvent cette année sans affectation en master. Une situation qui se tend chaque année un peu plus, analyse Angèle Delpech, vice-présidente de la Fage, en charge de la défense des droits des étudiants.

La saturation du système universitaire français arrive au niveau master. On connaissait les galères d’orientation des bacheliers pour entrer en licence, voici les galères des titulaires d’une licence pour entrer en master. Réunis derrière le hashtag #EtudiantsSansMaster, ils sont a priori plusieurs milliers selon la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) à vouloir poursuivre leurs études mais à ne pas trouver de place dans l’enseignement supérieur public. Une pétition a reçu plus de 3 200 signatures pour demander une refonte de l’entrée en master, aujourd’hui gérée par chaque établissement.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé vouloir travailler sur le sujet et avoir débloqué «3 000 à 4 000 places de master supplémentaires» pour parer au plus pressé. Angèle Delpech, vice-présidente de la Fage, en charge de la défense des droits des étudiants, appelle à la création de places supplémentaires pérennes pour régler cette situation, due à des problèmes structurels et non à la situation sanitaire.

Beaucoup d’étudiants titulaires d’une licence se plaignent de ne pas avoir de place en master. Savez-vous combien ils sont et quelles sont les filières les plus touchées ?

Il s’agit d’étudiants qui ont terminé leur licence ou sont en première année d’un master qui ne leur plaît pas. Ils ont donc tenté d’en avoir un autre mais n’ont, à ce jour, que des refus, ou sont toujours sur liste d’attente. Le phénomène est dur à chiffrer puisque chaque établissement gère son processus d’inscriptions, mais il concerne plusieurs milliers de personnes, principalement en droit, psychologie, staps et sciences de la vie.

La sélection en master a été introduite par la loi en 2016, pourquoi cette année est-elle différente?

 Depuis 2016, il y a de plus en plus d’étudiants dans l’enseignement supérieur français, mais il n’y a pas eu plus de places ouvertes en master, ce qui tend chaque année un peu plus le système. Mais cette année est particulière pour deux raisons. En droit, plusieurs formations avaient conservé à titre dérogatoire le droit de sélectionner entre la première et la deuxième année. Ce n’est plus le cas, ils sélectionnent désormais comme les autres à l’entrée en master. Les conditions de recours ont aussi été modifiées.

La loi de 2016 a introduit un droit à la poursuite d’études qui ouvrait le droit à un étudiant recalé partout de faire un recours auprès du rectorat. Dans quel sens cette possibilité a-t-elle été modifiée ?

La modification de ce recours est arrivée en mai, juste avant la fin de la période de dépôt des dossiers. Pour être éligible, il faut dorénavant avoir candidaté dans au moins cinq masters dans deux établissements différents et deux mentions différentes. Il faut aussi s’assurer que la mention de sa licence soit compatible avec celle du master. Nous voyons arriver des situations d’étudiants titulaires d’une licence administration économique et sociale, à qui l’on refuse l’entrée en master de droit pour incompatibilité de filière.

Le gouvernement a donc durci un système qui ne marchait déjà pas vraiment…

Il y a clairement des ratés. Des étudiants allaient jusqu’à saisir le tribunal administratif pour entrer en master. On ne devrait pas en arriver là. Certains rectorats ne répondaient même pas aux demandes de recours.

La ministre a annoncé la création d’une plateforme nationale, proche de celle de l’entrée en licence – Parcoursup – pour l’entrée en master. Pensez-vous que cela réglera le problème de l’orientation par défaut ?

Une plateforme nationale permettra de mieux appréhender le phénomène, mais sans places supplémentaires, le fond du problème restera. Quand un recteur propose un recours, ce n’est pas forcément dans la filière souhaitée par l’étudiant puisque l’établissement garde le droit d’accepter ou pas le recours. On se retrouve avec des personnes dans des filières qu’elles n’ont pas voulues et qui essaient d’en sortir chaque année. Le plus douloureux, c’est de voir arriver des étudiants avec 30 à 50 refus avec pour seul motif «capacités du master atteintes». Ils ont le niveau pour étudier, mais il n’y a plus de place.

Propos recueillis par Olivier Monod

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