Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Le langage de l’extrême droite a fini par contaminer la classe politique.

21 Juin 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Langue

Ces mots de l'extrême droite qui contaminent le débat public | L'Humanité

Alors que la campagne pour les régionales prend fin, le langage de l’extrême droite a fini par contaminer la classe politique.

Il est une pandémie pour laquelle aucun antidote n’a, pour le moment, été trouvé, et qui, pourtant, fait des ravages. Fièvre, hallucinations, remontées acides, régurgitation parfois. Aucun vaccin n’est prévu pour le moment et c’est bien dommage car c’est une épidémie qui frappe le monde entier et ressurgit à intervalles réguliers. A chaque élection, très précisément. Son principal symptôme est de faire du lexique de l’extrême droite le seul langage électoral possible. C’est plus fort que les candidates et les candidats, de quelque bord qu’ils soient, c’est plus fort que les chaînes d’info continue et non continue, tous rechutent. Quand les élections approchent, l’imaginaire et le vocabulaire politique se rétrécissent jusqu’à devenir minuscule. L’atmosphère est soudain saturée de cet air vicié dont on reconnaît immédiatement le bruit et l’odeur. Ça pue. Comme si aucune autre forme de pensée n’existait plus. Comme si la seule manière de faire campagne, c’était d’emprunter ce chemin-là. Boueux, poisseux, putride. Soudain, toute singularité disparaît chez les candidats et, chacun se met, alors, à n’avoir plus qu’un vocabulaire appauvrit. Ça pue. Les phrases s’accolent les unes aux autres jusqu’à former des fausses suites logiques. Le but étant d’arriver à placer les mots «Français de souche», «musulmans», «noirs» «Arabes», «étrangers», «délinquants», «migrants», «reconduites à la frontière».

Le principe est simple, comme au jeu de l’oie, il faut partir de la case numéro 1 intitulée «On est chez nous» pour arriver tranquillement à la ligne d’arrivée nommée «Rentrez chez vous». Du «nous» d’un côté, du «vous» de l’autre, l’idée étant de créer les conditions qui permettront d’associer automatiquement «blancs» à «France» et «musulmans, noirs, arabes, pas blancs» à «étrangers». Et maintenir, ainsi, l’éternel fantasme de l’extrême droite qui voudrait qu’un Français soit forcément blanc et catholique. «Nous». «Vous». Entre la case départ et la ligne d’arrivée, libre à chaque candidat d’inventer les combinaisons qui lui conviennent. Par exemple, en cinq coups : «On est chez nous», «sécurité», «jeunes des quartiers», «délinquance», «Rentrez chez vous». Ça marche. On peut aussi faire : «On est chez nous», «violences», «caméra de sécurité», «musulmans», «Rentrez chez vous». Ou bien : «On est chez nous», «agressions», «surveillance», «lutte contre l’insécurité», «sauvageons», «Rentrez chez vous». Une fois qu’on a compris, c’est assez ludique, on peut même inventer des combinaisons plus toniques : «On est chez nous», «on a peur», «sécurité», «Rentrez chez vous». Et même si, dans le cas des élections régionales, la sécurité n’est pas du tout une compétence de la région et n’a donc rien à faire dans le débat, chacun des candidats veillera quand même à glisser le mot au début de chaque phrase.

Maintenant, rêvons un peu. Imaginons une campagne électorale qui aurait pour principe de mettre la politique au centre. «La politique», au sens premier du terme. Je sais, c’est fou comme idée, mais bon, je me lance. Il serait question, alors, de tout ce qui regarde la vie de la cité et ça en fait des sujets. Imaginons aussi qu’il y ait des candidates et des candidats qui se présentent à nous avec le désir ardent d’être responsables. Au sens qu’en donne le dictionnaire : réfléchi, qui pèse les conséquences de ses actes. Des candidats qui se présenteraient à nous avec un projet quoi. Je sais, c’est fou, mais bon. Un projet qui serait en lien avec tout un tas de sujets qui n’auraient rien à voir avec la division, le morcellement, la peur, la haine, la stigmatisation, l’essentialisation, la hiérarchisation, le mépris, la flatterie des plus bas instincts. Mais tout à voir avec le lien social, la mixité, l’éducation, l’environnement, le logement, la justice, la santé, la solidarité à l’égard de ceux que la pandémie a laissés sur le flanc. Un projet qui aurait à voir avec comment on vit, comment on pourrait mieux vivre. Autant de sujets qui seraient, au fond, la simple réaffirmation de principes fondateurs comme la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la lutte contre l’exclusion, contre le racisme, contre les discriminations. Je sais, c’est fou.

Tania de Montaigne

Cette chronique paraît en alternance avec celles de Jakuta Alikavazovic, Thomas Clerc et Sylvain Prudhomme.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :