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Vivement l'Ecole!

Nathalie Heinich, une sociologue militante qui dénonce le militantisme chez les autres...

29 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie

Posters et tableaux de L'enfer, c'est les autres (Sartre) | Posterlounge.fr

En sociologie, le militant, c’est toujours l’autre

Sur France Inter, la sociologue Nathalie Heinich s’est dite en «guerre» contre «une conception militante de la recherche». Une rengaine qui oppose l’intersectionnalité à la «bonne science», forcément neutre et objective.

«On est en guerre.» Tout simplement. Ces mots ne sont pas ceux d’un général en charentaises dans un hebdomadaire d’extrême droite mais d’une sociologue académiquement reconnue. Invitée dans la matinale d’Inter ce vendredi pour défendre sa dernière parution, Ce que le militantisme fait à la recherche, publiée aux éditions Gallimard dans la collection Tracts, Nathalie Heinich a eu des mots très durs pour certains de ses collègues chercheurs. Des termes et des comparaisons qui disent beaucoup de l’état actuel du débat public et de la perte du sens des mots. «C’est un peu comme l’affaire Dreyfus, ose l’essayiste. On y perd des amis. On voit des gens très proches basculer d’un côté ou de l’autre.» «Rien que ça…», réagit Nicolas Demorand, légèrement déconcerté.

Les auditeurs pas dupes

En «guerre». Mais contre quoi ? Une armée ? Un voisin ennemi ? Le fascisme ? Le Covid, peut-être ? Non. Pour «l’autonomie de la science», dit l’ancienne élève de Pierre Bourdieu. La sociologue au CNRS, spécialiste de la sociologie de l’art, de l’identité et des valeurs, justifie ses propos par «l’inquiétude de voir le monde universitaire poussé vers une conception militante de la recherche». La rengaine est toujours la même, usée jusqu’à la corde, du Figaro à Valeurs actuelles, en passant par CNews : des universitaires, enseignants, chercheurs en sciences humaines et sociales, confondraient leur champ d’études avec leurs opinions politiques, antiracistes, féministes ou anticapitalistes. Le vrai danger qui menace la société, le mal absolu, ce serait «l’intersectionnalité». Ce concept qui consiste à combiner les différentes inégalités (sociales, raciales – au sens de construction sociale– ou de genre).

Sauf que ce matin-là, les auditeurs de la radio ne sont pas dupes. Une première intervenante tique sur le discours de la sociologue. «Ce que je ressens à travers vos propos, c’est que vous-même vous faites peut-être une sorte de militantisme.» Le second intervenant au standard d’Inter n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit d’Alain Policar, docteur en sciences politiques et chercheur associé au Cevipof de Sciences-Po. Il fait remarquer que la sociologue elle-même fait partie de l’Observatoire du décolonialisme, tristement connu par ses pairs pour publier sur son site des textes bourrés d’attaques ad hominem, parfois «proches de l’insulte», rappelle Policar.

Le beau rôle de l’arbitre

Sur quels critères peut-on s’ériger en juge du travail universitaire de ses collègues ? Qui est en droit de veiller à cette fameuse distinction entre science et militantisme ? Questions insolubles. Cela a toujours fait partie du jeu. Personne ne peut s’octroyer le beau rôle de l’arbitre. En tout cas pas Nathalie Heinich, bien qu’elle fût récompensée du prix Pétrarque de l’essai pour son brillant livre Des valeurs, une approche sociologique (Gallimard, 2017). Une distinction toutefois contestée par certains intellectuels qui s’étaient émus des positions conservatrices de la chercheuse sur l’ouverture de la PMA et de la GPA aux couples homosexuels.

A l’époque, une pétition avait été lancée contre elle, demandant le retrait du prix. En vain. Ce qui autorise depuis Nathalie Heinich à dénoncer les ravages de la cancel culture. Une nouvelle fois encore ce matin, c’était son gimmick lors du «grand entretien» de la première matinale de France. Heureusement pour elle, on le constate tous en allumant notre radio, plus de crainte que de réelle «annulation»…

Alors oui, on peut tout à fait contester les opinions politiques de ses confrères, leur activisme parfois radical. En revanche, se réclamer de la bonne science, forcément neutre et objective, quand on intervient soi-même de façon si peu nuancée à la radio, dans les journaux et les revues, ça finit par se voir.

Simon Blin

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