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Vivement l'Ecole!

A lire... La catastrophe ou la vie - Pensées par temps de pandémie - Jean-Pierre Dupuy

16 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

EXTRAIT

La meilleure mort

10 mai 2020

Je dispose d’un critère qui me permet de reconnaître les personnes qui ont l’« esprit métaphysique », indépendamment de leur occupation, de leur éducation, ou de leur religion si elles en ont une, qu’elles soient philosophes de profession ou non. Je leur demande ce qui leur fait le plus peur : le fait de mourir ou la mort elle-même. J’appelle « métaphysique » toute question que la science est impuissante à élucider mais à laquelle nous ne pouvons pas ne pas apporter de réponse si nous ne voulons pas vivre comme des bêtes. La plupart des gens répondent que la mort ne leur fait pas peur et quand on leur demande pourquoi, même s’ils n’ont jamais lu Épicure, ils avancent que lorsqu’ils seront morts, ce n’est pas eux qui le seront, puisqu’ils ne seront plus. Mais ils avouent craindre la période de déchéance et de souffrance qui bien souvent précède la mort. Ces gens-là ne sont pas faits pour entrer en métaphysique.

Ce jugement n’est pas une critique et encore moins une insulte. Il faut de tout pour faire un monde.

Les semaines que nous venons de vivre en mars et avril  2020, la mort rôdait partout autour de nous. Le confinement nous a incités à poser ou reposer les grandes questions, celles que nous posions quand nous étions enfants. Je me suis demandé comment j’aimerais mieux mourir.

Être passager sur le vol AF 447 qui relie quotidiennement Rio de Janeiro à Paris et chuter en vrille jusque dans l’océan, voilà ce que serait une bonne mort pour moi. C’est celle à laquelle a échappé ma fille brésilienne Béatrice en voyageant sur ce vol, la veille du crash du 1er juin 2009. J’expierais ainsi la faute que j’ai commise en me servant trop souvent de cette histoire pour illustrer mon propos. Ce type d’expérience appelle le silence et le recueillement.

Ou bien je me jetterais du haut d’une tour en flammes de cent dix étages pour échapper à l’incendie. Ce serait une mort sublime que filmeraient les caméras du monde entier. Il paraît que lorsqu’on arrive au sol, on ne sent rien car on est depuis longtemps asphyxié.

Jean-Pierre Dupuy - La catastrophe ou la vie - Pensées par temps de pandémie

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