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Vivement l'Ecole!

Vaccination : les enseignants, c’est pour quand ?

29 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

2021-04-29

Les cours ont repris lundi, alors que le gouvernement refuse toujours d’accéder à la demande pressante des profs d’être vaccinés en priorité. Un non-sens pour ces personnels très exposés.

Ça bloque au gouvernement ? Les collectivités locales se bougent. A Cannes, La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine) ou dans certains arrondissements parisiens, entre autres, les maires ont décidé de permettre à tous les profs volontaires d’être vaccinés contre le Covid, s’asseyant ainsi sur la sacro-sainte stratégie vaccinale française basée sur l’âge et non sur la profession. Certains, à l’instar de Rachida Dati dans le VIIe arrondissement de la capitale, se sont fait taper sur les doigts, mais continuent de défendre mordicus leur position. Il faut dire que l’affaire est pressante : profs, accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et autres agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) réclament inlassablement depuis janvier à être piqués en priorité. «Il aurait fallu que la vaccination des personnels de l’Education nationale démarre dès le lendemain de la fermeture des écoles pour que, au retour de congés, tous ceux qui le souhaitaient puissent avoir été vaccinés. C’est de la perte de temps, du gâchis», déplore Haydée Leblanc, enseignante en CM2 et cosecrétaire départementale du SnuiPP-FSU (syndicat majoritaire dans le primaire) dans la Somme. Les cours ont repris ce lundi et les coupe-file ne sont toujours réservés qu’aux profs d’au moins 55 ans. Encore trois semaines de perdues.

«Dans une journée, je croise au moins 1 000 personnes»

«Il est bien évident que si on veut que les profs soient présents en classe parce qu’ils sont essentiels et si on veut faire tourner l’économie, il faut prendre les mesures nécessaires», juge Delphine, enseignante en CP-CE1 dans l’Essonne. Car depuis le début de la pandémie, le nombre d’enseignants absents est – assez logiquement – plus élevé qu’à l’accoutumée, et les remplaçants manquent. «La vaccination est un moyen essentiel pour que l’école puisse tenir. Evidemment, il n’est pas question de capter toutes les doses qui seraient disponibles et d’être la priorité absolue, mais il est essentiel qu’on progresse», plaide Stéphane Crochet, secrétaire général de SE-Unsa.

Dans la banlieue de Bordeaux, Cécile, prof d’allemand en lycée, s’alarme des conditions dans lesquelles elle doit exercer lorsque tous les élèves sont présents : «Si vous voyiez l’exiguïté de nos locaux : c’est les couloirs du métro aux heures de pointe. Dans une journée, je croise de plus ou moins loin au moins 1 000 personnes et je côtoie de très près quatre à six fois 30 personnes, entassées, dans des salles où toutes les fenêtres ne s’ouvrent pas parce que les charnières sont cassées. Et ce sont des semi-adultes qui ont fait du masque un enjeu de défi de l’autorité, en ne le portant pas, ou mal.» Aucun doute : pour elle, la vaccination, «c’est une nécessité».

«Se dépatouiller»

En conférence de presse la semaine dernière, le ministre Jean-Michel Blanquer a entrouvert une petite porte en affirmant que les personnels de l’Education nationale de plus de 50 ans exerçant en maternelle – où les enfants ne sont pas masqués – et auprès d’élèves handicapés pourraient être prioritaires. Contacté par Libération, le ministère affirme qu’il n’a pas de précisions à ce sujet pour l’instant. «Avec les enfants, on ne peut pas avoir de gestes barrières, être loin d’eux. On essaye au maximum, mais il y a des moments où ce n’est pas possible», assure Aurélie, AESH dans une école élémentaire des Deux-Sèvres. Son boulot : aider les trois enfants qu’elle suit à écrire, suivre le cours, faire les exercices… «Je suis assise à côté de chacun. Les hôtesses de caisse, elles, sont entourées de vitres toute la journée», compare-t-elle.

A force d’attendre, l’heure tourne. Et la fin de l’année scolaire approche. Pour autant, les profs l’assurent : il n’est pas trop tard. «Avec la première dose, même si ce n’est pas du 100%, il y a une première protection, ce n’est pas peine perdue», défend Delphine. Elle-même, à 44 ans seulement, vient de réussir à dégoter un vaccin. Son médecin, estomaqué de voir que les enseignants n’étaient pas prioritaires, l’a mise en file d’attente pour bénéficier de doses restantes en fin de journée dans le centre de vaccination où il officie. Une semaine après, il l’appelait. «Comme souvent, les enseignants sont obligés de se dépatouiller pour faire les choses correctement», souffle-t-elle.

Elsa Maudet

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