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Vivement l'Ecole!

«Le collège, c’est tout ce qui nous restait»

2 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

«Le collège, c’est tout ce qui nous restait»

Au lendemain des annonces d’Emmanuel Macron, des collégiens du XIIe arrondissement de Paris racontent leur «tristesse» de quitter à nouveau leurs amis pour au moins trois semaines, tout en ne cachant pas leur joie de pouvoir bientôt profiter de quelques grasses matinées.

Depuis le temps qu’elles l’attendaient, leur année de quatrième. «On nous avait dit que c’était celle de ta première vraie soirée, sans les parents quoi», s’exclament Sadia et Lucile. Et puis voilà, «encore une fois», le Covid-19 repousse encore davantage leur éveil à la liberté. «C’est pas pendant ces vacances qu’on va pouvoir sortir. Ça nous rend un peu triste de savoir qu’on n’aura pas la même adolescence que les autres», se désolent-elles ce jeudi matin, devant le collège Jean-François-Oeben du XIIe arrondissement de Paris, où elles sont scolarisées. Elles ont 13 ans, des cheveux épais qui dégringolent le long de leurs épaules et qu’elles balancent d’un côté ou de l’autre, au rythme de leurs éclats de voix. Emmanuel Macron a annoncé la veille la fermeture des établissements scolaires pour les trois prochaines semaines. «Une semaine de cours à la maison, deux semaines de vacances» : elles ont écouté l’allocution avec leurs parents et semblent avoir bien retenu la leçon présidentielle.

Plus elles parlent, plus leur groupe de copines s’élargit. Ça fuse, ça s’interpelle : «Moi j’arrive pas à suivre les cours toute seule chez moi, c’est trop compliqué de s’organiser», lance l’une des nouvelles arrivées. «Ma mère est tout le temps en réunion, je peux jamais parler, c’est horrible», complète une autre. Elles s’accordent malgré tout sur un point : cette fois, elles savent comment ça va se passer. «Ce matin, les profs nous ont demandé ce qui nous avait posé problème pendant le premier confinement. Par exemple, on leur a dit qu’il fallait mieux nous donner un peu de travail chaque jour plutôt que de tout nous envoyer en même temps le lundi, affirme une des membres du groupe. Ils vont s’adapter, ça rassure.»

«Travailler en pyjama»

Alexandre, 14 ans, boucles blondes et t-shirt jaune, trouve «bizarre» de «revivre ce qu’on a vécu il y a un an pile». Lui appréhende de renouer avec «le collège à la maison», dit en avoir «trop marre» de cette épidémie qui n’en finit plus. Il a «treize frères et sœurs». «Oui oui, on est quatorze, avec nos deux parents en plus», confirme-t-il. Dans leur appartement, il n’y a qu’un seul ordinateur. «Forcément c’est compliqué», reconnaît-il en fronçant les sourcils. Mais tout n’est pas si terrible. «Le seul côté positif, c’est que je vais pouvoir dormir plus longtemps. Et ça, c’est trop bien.»

Il n’est pas le seul à se réjouir de la perspective de ces futures grasses matinées. Falilou, 14 ans, a lui aussi hâte de pouvoir s’éterniser un peu plus longtemps au lit avant de commencer ses cours. «C’est le premier truc auquel j’ai pensé quand j’ai appris que l’école fermait», dit-il spontanément. Marjorie, elle, est «trop contente» car elle va pouvoir «travailler en pyjama» et «à [son] rythme». «Je peux aller vite quand c’est facile, prendre plus de temps quand je comprends moins bien, c’est moins stressant», explique-t-elle. Sa copine Dina dit aussi être «soulagée» : «On n’arrêtait pas de voir des classes fermer ou des gens positifs, j’avais trop peur d’attraper le Covid ! Maintenant il y aura moins de risque.»

Devant le collège, Iris, Inès et Paloma avancent bras dessus, bras dessous, en s’embrassant à travers leurs masques. Inès est plutôt contente. En restant chez elle, elle va pouvoir enlever son masque. Elle n’en pouvait plus de «devoir le porter toute la journée». «Il m’empêche de respirer !» se plaint-elle en tirant sur les élastiques. Mais sa copine Paloma est beaucoup moins enthousiaste. «Trois semaines, ça va être long», se désole la jeune fille, chignon de danseuse et pantalon évasé. «Le collège, c’est tout ce qui nous restait, ajoute-t-elle. C’est le seul endroit où on pouvait voir nos amis. Comment on va faire maintenant ?» Iris aussi est «triste». Ce qui va le plus lui manquer ? «M., un ami. Un très bon ami, pas comme les autres quoi. Il était déjà absent depuis plusieurs jours à cause du Covid, je sais même pas quand je vais le revoir», regrette-t-elle. Alors jusqu’à vendredi soir, les copines profitent. Elles ont décidé qu’à la sortie des cours, elles iraient «quand même» boire ensemble «un dernier bubble tea».

Juliette Delage

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