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Vivement l'Ecole!

Distanciel : l’école a (un peu) appris sa leçon

1 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

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Ordinateurs pour les élèves, plateformes de classes virtuelles… Un an après le premier confinement, différents dispositifs ont été mis en place pour assurer la continuité pédagogique. Suffisant ?

Ambiance photocopies à gogo, piles de livres et fonds de tiroir dans une classe de CE2 de l’Est parisien, mercredi matin…. Chaque élève est ressorti avec un sac plein à craquer, façon mulet. Dans l’arrière-pays niçois, une directrice d’école a opté elle pour le mode «blasée» «j’attends de voir.» L’année dernière, profs et élèves ont plongé du jour au lendemain dans la classe à distance et ont bricolé comme ils ont pu. Avec son lot de bonnes surprises, de suées, de moments d’inquiétude pour les élèves. De questionnements sur le métier aussi : comment transmettre à distance, sans l’alchimie de sa classe ? Un an après, les profs sont-ils mieux armés pour le distanciel ?

Qu’en est-il de l’équipement informatique des élèves ?

«7 500 PC portables sont prêts à être distribués aux familles qui ne sont pas équipées, en appoint», indiquait le ministère mercredi. Des associations ou des collectivités territoriales se sont aussi mobilisées. Avec des disparités. 340 000 ordinateurs et tablettes ont par exemple été distribués par la région Ile-de-France dans les lycées depuis septembre 2019. Ce qui ne s’est pas fait sans couacs : certains élèves n’ont toujours rien reçu et d’autres ont des problèmes avec le matériel, comme Logan, en terminale dans un lycée de Seine-Saint-Denis : «J’ai l’ordi depuis janvier et il s’est déjà éteint, impossible de le faire marcher. D’autres élèves de ma classe ont le même souci.» A la maison, il travaille donc depuis son téléphone. Ce n’est pas le seul à utiliser cet outil, 86 % des 12-17 ans étant dotés d’un smartphone, selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (données 2019). Autre indicateur fourni à l’occasion du baromètre numérique 2020 en cours : le taux d’équipement des foyers en ordinateurs est en baisse, au profit des smartphones et des tablettes.

Quels outils l’Education nationale a-t-elle mis en place depuis l’année dernière ?

Chaque académie est dotée d’«une cellule de continuité pédagogique», chargée entre autres de soutenir les initiatives venant du terrain, d’organiser des formations pour les profs, et de s’assurer que les serveurs informatiques sont suffisamment solides… Cela avait été l’un des gros pépins du confinement saison 1 : les plateformes type «Ma classe à la maison», utilisées pour faire la «classe virtuelle», ont souvent buggé face à l’afflux de connexions. 480 000 enseignants les ont utilisées, avec une moyenne de 164 000 classes virtuelles d’une heure, par jour. Autre avancée, dont se félicitait mercredi le ministère : 40 % des écoles primaires et quasiment tous les collèges et lycées ont un environnement numérique de travail (ENT) - ces plateformes qui permettent d’échanger notes, emplois du temps, messages entre profs et familles. En un an, toujours selon le ministère, quelque 200 000 profs volontaires ont été formés (ou autoformés) à l’enseignement à distance - soit un sur quatre. Un partenariat, avec la Poste, permet d’envoyer aux familles des devoirs en polycopiés. Sur le papier, donc, l’Education nationale semble préparée…

Les enseignants se sentent-ils prêts ?

Sur le terrain, c’est une autre histoire. Les enseignants n’ont franchement pas envie de revenir au tout-distanciel, séparés de leurs élèves. Là-dessus, tout le monde est d’accord : il ne faut pas que ça dure. «L’an dernier, au bout de trois semaines, seulement 7 élèves sur 25 étaient encore connectés à ma classe virtuelle», raconte la directrice d’école dans l’arrière-pays niçois. Son établissement est abonné à un environnement numérique depuis septembre, mais elle n’a reçu aucune formation pour l’utiliser. «J’ai des collègues qui ne maîtrisent pas du tout ces outils et sont désemparés», confirme Jérôme, prof de français dans un collège parisien. L’anthropologue des usages numériques à l’université Rennes-II Pascal Plantard note tout de même une embellie : «Les pratiques numériques pédagogiques des enseignants se sont beaucoup améliorées, environ trois quarts d’entre eux sont mobilisés dessus, et il y a eu une explosion de la communication entre les familles et les enseignants.»

Les inégalités entre élèves risquent-elles encore de se creuser ?

Certes la fracture numérique s’est réduite par rapport à l’année dernière, «mais l’outil ne fait pas tout… Encore faut-il savoir s’en servir», soupire Pascal Plantard. Lors des distributions d’ordinateurs en Seine-Saint-Denis, au printemps dernier, cette réalité sautait aux yeux. Alors des cours gratuits ont été proposés aux parents, mais cela prend du temps. Pour l’instant, seule une petite vingtaine en a profité. En palliatif, Rodrigo Arenas, de la FCPE, propose des parrainages «d’étudiants que les jeunes pourraient appeler quand ils ont un souci». Pour Romain Delès, enseignant-chercheur en sociologie de l’éducation à Bordeaux, les inégalités entre élèves vont continuer de flamber : «Le distanciel, ce n’est pas qu’une question d’outil numérique. Dans une salle de classe, les inégalités entre élèves sont déjà marquées. Mais à distance, c’est bien plus accentué.» Il prend l’exemple des consignes, envoyées par mail aux parents. Tous n’ont pas le même accès à la langue pour les comprendre, et savoir décrypter ce qui est demandé entre les lignes. «Malheureusement, chaque famille est laissée à sa propre compréhension des codes de l’école.»

Cécile Bourgneuf et Marie Piquemal

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