Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Pierric Bailly...

8 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cette histoire a duré quinze ans, au bout desquels Flo et Marti ont décidé de se séparer, parce que trop d’affrontements mais aussi trop d’alcool, trop de défonce, trop de folie de part et d’autre – ça s’est fait d’un commun accord, ça leur semblait une évidence à tous les deux, ils savaient qu’en restant ensemble ils finiraient par s’entre-tuer, et par le faire vraiment, ce n’était pas une façon de parler –, et Florence a fini par rentrer au bercail. Elle a eu besoin de ça plutôt que d’aller squatter chez des amis, elle a eu besoin d’une coupure, d’un changement de rythme et de cadre et de fréquentations, et ça lui a fait du bien. Ça lui a fait plaisir de revoir ses parents, de les retrouver, de remettre les pieds dans la maison de son enfance et dans cet environnement qu’elle avait fui à l’adolescence. Ce n’était pas tant un apaisement qu’un réel phénomène de régression, les premiers jours elle se vivait vraiment comme la petite fille qui vient quêter le réconfort dans les bras de papa et maman. Ça avait été tellement loin avec Martial, ça avait été tellement difficile les derniers temps, elle sortait de cette longue relation totalement carbonisée et elle n’avait à ce moment-là besoin que de ça, la chaleur du foyer familial, le côté bordant du cocon, l’effet rassurant des retrouvailles avec le monde des origines, qui n’avait pas changé d’un poil ou presque, retrouvailles sans surprise, initiative qui n’impliquait aucun effort de sa part, qui coulait de source, l’inverse de la vie avec Martial. L’inverse de ce qu’elle avait toujours aimé avec lui, de ce qu’elle avait toujours valorisé : la nécessité de sortir, de bouger, de rencontrer des gens, toujours des gens nouveaux. L’inverse d’une décision intrépide et imprudente, là c’était vraiment le niveau zéro de l’aventure, et bizarrement elle ne détestait pas ça. Avec ses parents elle se comportait comme elle ne l’avait peut-être plus jamais fait depuis l’âge de huit ou neuf ans, elle les laissait la câliner et l’embrasser. C’était aussi quelque chose qu’ils savaient faire, être cajolant, dorlotant. Ce n’était pas des gens froids ou discrets, c’était des gens expansifs et aussi des gens affectueux. C’était des cons bien sûr, mais ils n’étaient pas que ça. Pour la première fois Florence était capable de ne pas les envisager sous le seul prisme de leur mentalité étriquée, de leur bêtise congénitale, comme elle avait toujours dit. Bon, ils évitaient d’aborder ensemble les sujets qui fâchent, ils n’allumaient ni la radio ni la télé et son père se cachait pour feuilleter le journal, ils savaient d’un côté comme de l’autre qu’il y avait quelque chose à protéger, ils essayaient de faire durer le plus longtemps possible cet état de grâce, il fallait profiter de ce moment privilégié. Ça a plutôt bien fonctionné. Florence est restée cinq mois chez eux, et ça a été cinq mois sans prise de bec, cinq mois paisibles dans ce village qui n’en est pas un, commune constituée d’une somme de hameaux et dont même la mairie est un bâtiment isolé.

Pierric Bailly - Le roman de Jim

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :