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Vivement l'Ecole!

Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...

17 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...
Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...

Frédérique Vidal et l’«islamo-gauchisme» : sur CNews, une ministre zemmourisée

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré, à l’antenne de la très droitière chaîne de télévision, vouloir demander une enquête au CNRS sur l’«islamo-gauchisme» à la fac. Provoquant ainsi l’indignation de la communauté universitaire.

Revoilà l’«islamo-gauchisme». Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, en a fait le refrain gouvernemental à l’automne, brocardant une «idéologie […] qui mène au pire» et qui gangrènerait les facs françaises. A son tour, Frédérique Vidal le réchauffe comme pour précipiter de la pire des manières la sortie d’un hiver glacial pour le secteur dont elle est la ministre. Sur les réseaux sociaux, la communauté universitaire ne lui dit pas merci, dénonçant massivement une énième attaque «odieuse» et allant «toujours plus loin dans l’abjection».

Dimanche, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est invitée à débattre sur le plateau de CNews, avec Jean-Pierre Elkabbach, relève le site d’information scientifique The Sound of Science. Face au journaliste qui l’interroge sur le danger «islamo-gauchiste» à l’université donc, utilisant la une du Figaro à l’appui de sa bonne foi, Frédérique Vidal répond : «Moi, je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société.» Et de poursuivre, sans qu’Elkabbach n’ait vraiment besoin de la relancer : «Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser…»

On l’écrivait déjà dans Libé en octobre : non seulement l’accusation d’«islamo-gauchisme» (une antienne de la droite qui suggère une alliance stratégique entre une partie de la gauche et l’islamisme) à l’encontre de l’université ne repose sur aucun fait concret ni aucune plainte à ce jour – la plupart des conférences et des colloques dans l’enceinte académique se déroulent sans le moindre incident en lien avec l’islamisme et sans qu’aucun journaliste n’y mette les pieds quand bien même les portes leur sont ouvertes –, mais elle est en plus insultante car elle insinue une forme de complicité intellectuelle et morale de certains travaux en sciences humaines et sociales dans lesquels la menace islamiste trouverait un avantage.

Revenons sur CNews : Elkabbach suggère qu’«il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini». Ce à quoi Vidal répond : «Mais vous avez raison…» Sur le Fox News à la française, la ministre de l’Enseignement supérieur semble en un rien de temps zemmourisée – ou blanquérisée. Si bien qu’elle affirme vouloir «demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion».

D’aucuns diront qu’il y a là les débuts d’un «maccarthysme» académique. Il faut dire qu’en novembre, la droite sénatoriale avait déjà tenté de profiter de la loi de programmation de la recherche pour restreindre les libertés académiques, proposant deux amendements touchant la liberté d’expression et ayant pour soi-disant but de faire respecter les «valeurs de la République»«Valeurs» qui ne sont, par principe, pas définies. Ce qui ouvrirait la porte à des décisions arbitraires et alimenterait un large climat de suspicion sur ce que sont en droit de dire ou de ne pas dire les universitaires dans le cadre de leur fonction.

Dans le contexte éprouvant de la pandémie et de ses cours à distance, de la dégradation des conditions des étudiants et de la recherche française, durement atteinte par des années de réformes et de restriction budgétaire, la sortie de la ministre (qui intervient après que Gérald Darmanin a présenté Marine Le Pen comme «plus molle» que le gouvernement dans un débat sur France 2) ne fait que s’ajouter à une panique morale et fantasmagorique nourrie de manière factice par des médias d’extrême droite. On est en droit d’attendre autre chose de sa part. Mais en est-elle capable ?

Simon Blin

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