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Vivement l'Ecole!

Covid-19 : «La campagne massive de tests dans l’Education nationale est un échec»

24 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Covid-19 : «La campagne massive de tests dans l’Education nationale est un échec»

Le ministre de l’Education nationale assure que des dizaines de milliers de tests salivaires seront effectués dès cette semaine dans les écoles de la zone A, sur le terrain, pourtant, personne ne semble prêt.

Jean-Michel Blanquer l’a assuré, samedi sur BFM TV : «50 000 à 80 000 tests» salivaires seront réalisés dès cette semaine dans les écoles de la zone A, avant d’atteindre l’objectif de «200 000 tests» effectués, chaque semaine, sur le tout le territoire. Ces tests sont réalisés «en priorité» dans les écoles primaires (maternelles et élémentaires), précise le ministère de l’Education nationale. C’est toujours rassurant, en pleine pandémie, ce genre d’annonce. Encore faut-il que le discours soit raccord avec la réalité. «Le cabinet du ministre nous avait, juste avant, assuré que ce ne serait pas possible de mettre en place ces tests dès cette semaine», rapporte Guislaine David, cosecrétaire générale du SnuiPP-FSU, principal syndicat du primaire. Normal, l’annonce de ce dépistage a été faite pendant les vacances. Or, les directions d’établissements doivent mettre en place un dispositif et récupérer les autorisations parentales des élèves volontaires. «C’est donc impossible d’en avoir cette semaine sauf dans les territoires où cela a été organisé en amont par les conseils départementaux et régionaux et non pas par l’Education nationale», assure Guislaine David. Les syndicats et chefs d’établissements s’interrogent : quels moyens vont être mis en place ? Qui organisera ses tests ? Les écoles n’ont pas de personnel médical sur place, ni d’assistants d’éducation (AED) pour surveiller les enfants à ce moment-là.

Des infirmiers scolaires pour les tests «quand c’est possible»

«La procédure n’est pas encore complètement finalisée», reconnaît-on au ministère de l’Education nationale, qui donne quelques précisions : des kits de prélèvements seront peu à peu mis à disposition par les laboratoires et les tests seront effectués dans les écoles en lien avec l’agence régionale de santé (ARS) et les infirmiers scolaires «quand c’est possible». Des partenariats pourront aussi se mettre en place localement. Cinq écoles de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, ont par exemple expérimenté ce type de dépistage avant tout le monde, dès le 15 février, avec le soutien de la Croix-Rouge. Lorsque le dispositif est mis en place, les enfants doivent cracher dans un flacon, avec au moins un millimètre de salive. Pour les plus petits, la salive peut être prélevée directement sous la langue à l’aide d’une pipette. Les échantillons sont ensuite analysés dans un laboratoire pharmaceutique et les résultats communiqués directement aux familles, sous vingt-quatre heures, assure le ministère de l’Education. Si le résultat est positif, les parents sont tenus d’informer l’école. Les laboratoires peuvent, eux, uniquement communiquer aux établissements scolaires le nombre de cas positifs enregistrés.

Le gouvernement veut déployer ces dépistages dans les écoles puisque les primaires n’étaient jusque-là testés qu’en cas de gros clusters. Pour les enfants, un écouvillon au fond du nez, c’est forcément impressionnant. Dans les collèges et les lycées, les tests antigéniques ont en revanche été mis en place dès le mois de novembre. Sans succès. Début janvier, seulement 100 000 tests avaient été effectués. On expliquait alors qu’il s’agissait d’un galop d’essai. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait d’ailleurs promis d’accélérer la cadence : un nouveau protocole très ambitieux prévoyait de tester «jusqu’à un million d’enfants et d’enseignants par mois, ce qui est énorme  avait-il lancé, enthousiaste. Tellement énorme, que ce n’est jamais arrivé.

Des chiffres très opaques

Joint par Libération pour obtenir un bilan chiffré, le ministère de l’Education nationale assure ne pas avoir de données et conseille de contacter l’ARS, qui n’a pas non plus ces chiffres. La Haute Autorité de santé et le ministère de la Santé renvoient de leur côté vers l’Education nationale. Les syndicats enseignants réclament eux aussi régulièrement ces chiffres bien opaques. Le Snes-FSU rapporte ceux livrés tout récemment par le cabinet du ministre : 55 000 tests auraient été réalisés la semaine du 8 au 12 février avec seulement 15 % de candidats. En cumul, 200 000 tests auraient été effectués a aussi précisé le cabinet. Mais depuis quand ? C’est la grande inconnue. Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le secondaire, une chose est sûre en tout cas : «Cette campagne massive de tests dans l’Education nationale est un échec. Il n’y a eu aucune pédagogie, ni sensibilisation dessus. Et le déploiement géographique ne fonctionne pas puisqu’il s’applique de façon très aléatoire sur le terrain.»

A partir de trois cas positifs au Covid identifiés dans un collège ou un lycée, une campagne de tests est normalement automatiquement mise en place, toujours sur la base du volontariat. L’ARS peut également décider de déployer, de manière aléatoire, des campagnes de dépistage dans des écoles des zones les plus touchées par le Covid. Le ministère de l’Education nationale a assuré aux syndicats enseignants qu’ils auraient bientôt un point hebdomadaire sur le bilan des dépistages par académie. Reste à voir s’il tiendra sa promesse.

Cécile Bourgneuf

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