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Vivement l'Ecole!

A l’école, la précarité force les grilles...

26 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

A l’école, la précarité force les grilles...

Dans plusieurs établissements scolaires franciliens, la découverte de situations très difficiles d’élèves sans logement a provoqué un élan de solidarité chez les enseignants et les parents d’élèves.

A Clichy (Hauts-de-Seine) dans la petite couronne de Paris, un collégien, petit et vif, a déclenché une mobilisation locale. C’était en octobre. Il a levé la main avec insistance pendant un cours. Aude, sa professeure, le pensait dissipé ou en quête d’attention. Elle n’a pas pris la mesure tout de suite. «Madame, c’est quoi le 115  Il a tout déballé. Sa famille est expulsée de son logement. Sa mère, lâchée par son époux, est coincée dans un enfer administratif. Sans papiers, sans boulot, donc sans ressources, avec trois enfants à charge. Les problèmes de la maison ne résistent pas au Covid : en classe, ils sont plus difficiles à dissimuler qu’avant la pandémie.

Une ado de 14 ans est dans la même situation : évacuée du même immeuble et dépendante du Samu social. Cet hiver, sa mère, séparée, est tombée malade du Covid-19. Quarantaine pour tous, sans le sou, dans un endroit qu’ils ne connaissent guère. Elle a alerté ses profs. Certains se sont relayés - une heure et demie aller-retour - pour leur apporter de la nourriture.

Les enseignants sont des thermomètres sociaux. Ils ont toujours aidé en silence : de l’argent glissé pour le déjeuner à un élève pauvre aux sacs de vêtements donnés en sous-marin. Quand la pauvreté explose, ils sont au front.

«C’est très dur, mais il faut qu’on sache»

Dans le XIXe arrondissement parisien, Laaldja Mahamdi pensait son école primaire préservée. «Du moins, ça n’arrivait pas jusqu’à nous.» Depuis la rentrée de septembre, la directrice oscille entre deux sentiments : l’impression que le sort s’abat sur ses classes, et en même temps, que les liens de confiance tissés avec les familles portent leurs fruits. «Pendant le premier confinement, on appelait les parents tout le temps, on est entrés dans leur intimité. Depuis, ils se confient plus facilement», explique-t-elle. A la grille de l’établissement, une mère, mise à la porte par son mari, est un cas pratique : elle ne sait pas où dormir, et ne s’en cache pas. La directrice : «C’est très dur. Mais il faut qu’on sache, on a besoin de savoir pour comprendre pourquoi les enfants sont en vrac, et n’arrivent pas à apprendre.» A chaque moment de pause, ses collègues ne parlent que de ça. Comment gérer ? Comment aider ? «La solidarité invisible, spontanée et hors associatifs, comble les manques et les trous. Tout prend son importance, même l’immatériel.»

Laaldja Mahamdi est une «madame pont», elle facilite les liens avec l’assistante sociale et le médecin scolaire. Dans l’urgence, en mars dernier, elle a lancé une boucle d’entraide WhatsApp avec les familles du quartier. «Ça a pris, ça réconforte.» Chaque matin, des parents se relaient pour apporter des repas, la directrice les glisse dans le cartable le soir, pour la mère dans la panade. Une famille héberge depuis deux semaines une femme à la rue avec ses enfants. D’autres encore déposent des habits, des compotes, des briques de lait à la grille de l’école.

Marie Piquemal et Ramsès Kefi

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