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Vivement l'Ecole!

Partiels à distance : les cinq nouvelles techniques de triche...

13 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Les tricheurs - huile sur toile de Michelangelo Caravaggio en reproduction  imprimée ou copie peinte à l'huile sur toile

Les tricheurs - Michelangelo Caravaggio, dit le Caravage

L’antisèche avant, Internet maintenant. Avec les examens à la maison pour cause de Covid-19, les techniques de triche évoluent. «Libération» passe en revue les nouvelles tendances de la fraude étudiante.

Oui, on sait : la triche, c’est mal. Tellement mal que, dans le cas d’examens ou de concours publics, elle est sanctionnée d’une peine pouvant aller à 3 ans de prison et 9 000 euros d’amende. Mais, avec la multiplication des examens à distance, pour cause de confinement le milieu connaît sa propre révolution copernicienne. Elan de solidarité, protestation contre les logiciels de surveillance ou acte désespéré lié à la crise sanitaire: si les motifs des tricheurs se diversifient, leurs techniques aussi. Des fiches de cours en HDMI sur l’écran de la télé à la coopération de promos entières, l’ère de l’antisèche glissée dans la chaussette semble bel et bien révolue.

Un beau jeu collectif

Le grand changement avec les examens en ligne, c’est la répartition des tâches. Certains la jouent en petite équipe. C’est le cas de Camille, 23 ans, en école hôtelière à Nantes. Pour ses examens de ressources humaines et de marketing, elle a coopéré avec ses camarades de classe, vivant dans sa résidence étudiante. Leur objectif ? Gagner du temps en faisant chacun un ou plusieurs exercices. «Vu qu’on n’est pas en présentiel, on peut vachement chercher sur Internet, donc les profs nous donnent des choses très très longues pour pas qu’on n’ait le temps de le faire», justifie-t-elle. Et pour que la technique fonctionne, mieux vaut opérer en trio : «A un moment on s’était confinés dans une maison de vacances et les partiels alors qu’on était 6-7 autour de la table, c’était horrible. On finissait par les faire dans nos chambres parce qu’on n’arrivait plus à se concentrer», raconte-t-elle.

A contrario, d’autres font appel à beaucoup plus de cerveaux. Lors du premier confinement, Suelen, 22 ans, élève en Institut d’études politiques (IEP) a triché avec l’ensemble de sa promotion lors d’un QCM d’économie. «Ce cours était difficile à suivre sur Zoom même si les profs étaient très bons. Les cours à distance épuisent beaucoup», justifie-t-elle. Un google doc a donc été créé pour leur permettre de se partager les réponses. «Quand tu as la même réponse que cinq autres personnes, tu es plus sûre de toi que si tu étais dans ton coin», indique-t-elle. Résultat : tout le monde a validé l’examen.

«Ctrl F», mon amour

Classique, mais efficace. Pour les non-initiés en informatique, la combinaison de touches Ctrl + F permet à l’internaute d’effectuer une recherche avancée de mots et expressions dans un document. Idéale en cas de questionnaire à choix multiples (QCM). Ezio, en fac d’économie à Clermont-Ferrand, y a recours depuis ce semestre : «Je me suis permis d’avoir le cours à côté de moi et, à chaque question, je tape le mot-clé dans la barre de recherche. Dans 99% des cas, j’ai la réponse que je veux.» Bien sûr, l’université de l’étudiant de 19 ans a déployé des contre-attaques, comme des questionnaires aléatoires ou, encore, une limite de temps. «Ils ont mis en place des QCM dégressifs avec un délai de réponse très réduit. Beaucoup se sont plaints parce que si tu prenais ton temps pour répondre, tu finissais par ne plus pouvoir boucler l’examen», déplore-t-il.

Pour les oraux, on trouve des tactiques similaires. Coraline, en psychologie à Rouen, a opéré avec deux ordinateurs. Un pour l’oral, un autre, en retrait, avec ses fiches ouvertes dessus. «Franchement, cette épreuve était horrible. L’oral comportait trois matières différentes et je ne savais pas sur laquelle j’allais tomber […] Bon finalement, ça n’a pas servi à grand-chose. Les questions n’étaient pas toujours directement liées au cours et je l’ai un peu raté.»

Joker : «appel à un ami»

Pas de 50/50 ou d’avis du public, alors on choisit l’appel à un ami. Inès est bonne élève dans toutes les matières mais une seule la fait frémir, les statistiques. Alors, pour maintenir son niveau, l’étudiante de 18 ans a posté une annonce sur les réseaux sociaux : «J’ai demandé de l’aide au cas où je bloque sur certains exercices ou questions.» Une solution désespérée, défend-elle : «Cet examen était décisif pour moi. Ça me mettait la pression de devoir passer aux rattrapages. […] Sans compter qu’on doit avoir un bon dossier pour la troisième année qui se passe à l’étranger.»

Dans le flot de commentaires désapprobateurs, des messages de soutien se glissent : «Heureusement il y a eu des personnes qui étaient très compréhensives par rapport à notre situation actuelle avec la pandémie…» Le jour J, elle a pu compter sur leur coup de pouce ainsi que sur l’aide d’un ami de lycée.

Faire rentrer un remplaçant sur le terrain

Y aller, se rater ou bien se faire remplacer ? Cette option est l’une des plus difficiles à mettre en place et certains la tentent malgré tout. Clarisse, juriste en cabinet d’avocat de 24 ans, y a été confrontée : «Un de mes élèves de cours de soutien m’a demandé de le remplacer pour son examen de droit des contrats.» Un service qu’il proposait de rémunérer. Si Clarisse dit comprendre les difficultés qu’il peut rencontrer à cause de la pandémie, elle a malgré tout décliné l’offre. «J’étais sidérée. Je n’ai pas souhaité répondre à sa demande», s’indigne-t-elle.

Avoir la triche engagée

Qui a dit que la triche ne pouvait pas être un acte politique ? Stefan, 24 ans, lâche : «Ils nous prennent pour des cons.» Lui a commencé à tricher l’année dernière, à l’université de Genève, après la mise en place d’une plateforme d’examen dotée d’une batterie de moyens de surveillance. Photo du candidat, capture d’image de son écran, prise de son aléatoire, autant de méthodes invasives ayant indigné cet étudiant en commerce des vins : «Moi je triche parce que je considère que ce n’est pas normal qu’on nous impose des programmes comme ça […]. Ils pensent qu’il faut avoir un soldat derrière nous pour qu’on bosse bien, puisque c’est comme ça: challenge accepté», revendique-t-il.

Depuis, il s’est forgé une expertise en la matière : «Il faut toujours travailler à deux ordinateurs, l’un dédié uniquement à l’examen, l’autre pour s’aider. Si les gens ont une télé, ils peuvent brancher leurs fiches de cours en HDMI, c’est plus pratique.» Autre conseil pour ceux opérant en équipe : «Utilisez le partage de connexion de votre téléphone pour internet sinon, avec le wifi, ils peuvent voir que vous utilisez le même.» Enfin, pour déjouer les éventuelles prises de son, Stefan fait appel à sa fibre artistique : «Je mets du scotch sur le micro et de la musique classique à fond. Je me suis inspiré du film la Vie des autres On suppose que le rock et le rap fonctionnent aussi.

Elise Viniacourt et Kadiatou Sakho

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