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Vivement l'Ecole!

Pandémie : les étudiants remuent partiels et terre...

11 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Pandémie : les étudiants remuent partiels et terre...

EXTRAITS

En pleine pandémie et alors que le premier semestre universitaire s’achève, les étudiants doivent passer leurs examens, dans les amphis ou chez eux. Entre risque sanitaire, sentiment d’abandon et triche généralisée, ils racontent à «Libération» la galère à laquelle ils sont confrontés.

Emilie (1) ne veut plus mettre les pieds dans sa fac pour ses examens. Etudiante en anglais en troisième année à la Sorbonne, elle a pourtant bien tenté de passer un partiel, le 4 janvier. Mais elle est ressortie «hallucinée» de la façon dont les choses étaient organisées : «Tables et chaises pas désinfectées, salles pas aérées, pas de gel hydroalcoolique, les copies manipulées à tout va… Au moins, contrairement à d’autres, je n’ai pas eu à lécher le bordereau d’anonymat pour le coller sur ma feuille.» La direction de la Sorbonne assure que les mesures sanitaires sont bien respectées, mais pour Emilie, hors de question de retourner dans un amphi. A la place, elle enchaîne depuis plusieurs jours les blocus de l’université, accompagnée de sa meilleure amie. De toute façon, elle se voyait déjà rater les examens : «Je suis sous traitement depuis plusieurs semaines pour une dépression. J’ai complètement lâché l’affaire pendant le reconfinement. J’envisage d’arrêter la fac», confie l’étudiante de 21 ans. Raison de plus, pour elle, de se mobiliser : «On ne dénonce pas juste les conditions sanitaires des partiels en présentiel, mais aussi le fait que les examens ne sont pas adaptés au contexte dans lequel on a eu cours ces derniers mois.»

Blocus et boycotts

(...)

Olivier (1), lui aussi à la Sorbonne, a effectué ses partiels sur place. Et il s’en serait bien passé : «On était tellement rapprochés qu’on rigolait en se disant qu’on aurait tous le Covid. Et le mec derrière moi a dit : "Bah moi, je l’ai." J’ai cru qu’il rigolait, sauf que j’ai appris ensuite qu’il était vraiment malade, ce con !» Les étudiants cas contacts ou positifs au Covid sont normalement priés de rester chez eux et de passer leurs partiels aux rattrapages… en juin. L’idée de réaliser ses épreuves aux côtés de potentiels malades ne rassure pas du tout Lisa, 25 ans, en licence à la fac de lettres de Nancy. Immunodépressive, elle craint pour sa santé : «On était une centaine dans une salle trop petite pour accueillir tout le monde. Le prof paniquait parce qu’il manquait des chaises. Je n’étais pas du tout à l’aise.» Elle raconte même ne pas avoir pu aller se laver les mains aux toilettes parce qu’elles étaient fermées. Ethan, en deuxième année de médecine à l’Université de Paris, décrit les mêmes problématiques : «On a dû attendre une heure et demie dans une salle entre deux épreuves, à plus de 400 étudiants. Les gens ont retiré les masques, n’ont pas respecté les gestes barrières, ont mangé dans la classe… On met nos vies en danger.» A force de mobilisation, «on a obtenu que les partiels soient réalisés en distanciel», poursuit l’étudiant de 19 ans.

Pyjama et tee-shirt XXL

Mais là encore, ce n’est pas forcément simple. Lina, 19 ans et étudiante en sciences politiques, se sent dépassée toute seule chez elle : «En ce moment, par exemple, je prépare un dossier d’une trentaine de pages pour l’examen d’une matière sur laquelle je n’ai eu cours qu’une seule fois, et j’en ai quatre autres à faire, ça prend un temps fou.» Elle travaille d’arrache-pied, jusqu’à 4 heures du matin, avec la crainte de mal faire : «Je ne suis pas encadrée et je ne sais pas si ma méthodologie est bonne. En plus, certains profs corsent les sujets parce qu’ils se disent qu’on est chez nous et que c’est plus facile. C’est comme si on avançait dans le vide pour finir par se prendre un mur.» Amel, 20 ans, peine quant à elle à se concentrer. En troisième année de géographie à l’université de Lyon, il lui reste un partiel de quatre heures à distance : «Je préfère être dans le silence complet avec un examinateur. Je sais que je ne serais pas aussi efficace chez moi avec l’ordi, le téléphone, la télé… ce n’est pas facile comme ça.» Les épreuves à distance ne se passent pas beaucoup mieux pour Marie, 18 ans. Assise en tailleur sur son lit, elle vient de passer son examen de première année de psycho en bas de pyjama à carreaux et tee-shirt XXL. Pas très solennel pour son tout premier partiel, d’autant plus qu’elle entendait son père en télétravail dans la pièce d’à côté et que ses chats venaient s’allonger sur son clavier. Cette étudiante en première année à l’université de Strasbourg devait répondre à un QCM de 80 questions en deux heures. Elle estime n’avoir trouvé la bonne réponse qu’à la moitié d’entre elles. Habituée à être encadrée, elle savait que ce serait bien différent à la fac. Mais pas à ce point. «On doit travailler sans aucune aide. On a juste eu quatre TD par matière. Pour les cours magistraux, on n’a pas de profs, ils nous ont envoyé des diaporamas. Je ne savais pas comment préparer ce partiel, j’ai dû me débrouiller seule et je n’étais pas prête.» Résultat, elle est «quasi certaine» de finir aux rattrapages.

(...)

Evaluations faussées

(...) ... C’est aussi pour éviter la triche que certains profs de la Sorbonne font venir les étudiants sur place : «Il y a des épreuves, comme la traduction d’un texte, où la documentation à laquelle les élèves ont accès à distance fausse les évaluations, estime Alain Tallon, doyen de la fac de lettres. Or le but des partiels est de déterminer leurs compétences.» Mais retourner à la fac juste pour «ça» n’amuse pas du tout Laura, étudiante en double licence à Paris. A Noël, elle a pris la décision de ne pas voir sa famille, à cause du Covid. «Et pourtant on m’impose de passer cinq partiels à l’université pour éviter la triche, alors que les conditions sanitaires ne sont pas réunies, soupire-t-elle. Il faut réfléchir aux raisons qui poussent certaines personnes à tricher : tout le monde n’a pas eu accès aux outils pour suivre les cours à distance, certains se sont retrouvés seuls, ont eu des problèmes de santé mentale. Comment préparer des partiels alors qu’on encaisse tout depuis des mois ?»

Cécile Bourgneuf , Cassandre Leray

(1) Ces prénoms ont été modifiés.

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