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Vivement l'Ecole!

« Le diplôme détermine le destin des jeunes, et engendre de multiples clivages sociaux »

27 Janvier 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

EXTRAITS

Les modes de vie et les aspirations des diplômés de l’enseignement supérieur, bien plus nombreux qu’il y a vingt ans, ont évolué.

La jeunesse française est loin d’être homogène, et le critère le plus pertinent pour appréhender cette diversité, c’est le niveau de diplôme. Un marqueur associé à des modes de vie, des aspirations, un rapport au travail ou des choix résidentiels spécifiques. Tel est le constat de Jean-Laurent Cassely, journaliste et essayiste, et Monique Dagnaud, sociologue, directrice de recherches au CNRS, qui publient, le 27 janvier, Génération surdiplômée. Ces 20 % qui transforment la France (Odile Jacob, 304 p., 22,90 €).

Les deux auteurs, qui se sont appuyés sur une enquête et de multiples entretiens, se sont intéressés aux « bac + 5 ». Un groupe social en pleine croissance, issu de la massification de l’enseignement supérieur, et qui représentent désormais 20 % des 25-40 ans.

S’il est pertinent d’étudier ces « super diplômés », estiment les auteurs, c’est qu’ils jouent un rôle politique et social majeur dans la société. Ni très riches ni assimilables aux classes moyennes, ils sont les producteurs des normes, des symboles et des modes de vie les plus visibles, qui se diffusent dans le reste de la société… Mais qui divergent parfois des aspirations d’une autre jeunesse, majoritaire, moins ou pas diplômée. Au risque d’alimenter certaines fractures.

(...)

Comment expliquer ce positionnement à gauche de ces diplômés ?

J.-L. C. : Thomas Piketty parle d’une « gauche brahmane », c’est-à-dire une gauche de « sachants ». Les diplômés votent généralement pour le candidat le plus ouvert sur les questions culturelles, d’identité et de mondialisation. Mais depuis l’affrontement Macron-Le Pen et son fameux clivage ouvert/fermé, le jeu politique s’est complexifié et l’irruption de l’écologie, un enjeu auquel les plus diplômés sont très sensibles, rebat les cartes.

Les élections municipales à Bordeaux, Lyon, Paris, Grenoble, Strasbourg ou Marseille, précisément celles où vivent nos 20 %, en ont offert un avant-goût. Ce qu’on appelle le « populisme de gauche » parle également aux diplômés déclassés, et beaucoup espèrent l’alliance des premiers de la classe et des premiers de corvée… Tout en admettant que ce n’est pas le scénario le plus probable.

Vous montrez aussi dans votre livre que ces nouvelles élites sont davantage dans l’entre-soi…

M. D. : Alors que les cursus universitaires longs invitent plutôt à l’ouverture culturelle, ces nouveaux diplômés, par les places qu’ils occupent dans les entreprises, et aussi par leurs stratégies résidentielles dans les métropoles, vivent beaucoup entre eux. Ils se mettent en couple entre eux et sont éloignés des couches populaires.

Dans leur travail, ils ne fréquentent souvent que des personnes ayant un même niveau de diplômes. Ils sont alors dans un entre-soi plus marqué que celui des cadres et professionnels classiques. L’élite traditionnelle des diplômés – médecins, avocats, enseignants – est davantage distribuée sur le territoire et, par sa fonction, est conduite à avoir des contacts avec de nombreux segments de la société.

J.-L. C. : Le risque, c’est que ces diplômés plaquent sur l’ensemble de la société un mode de vie qui leur soit propre. Or l’écart entre les aspirations des superdiplômés et celles des catégories populaires se creuse. Les premiers ont tendance à penser au « monde d’après », lorsque beaucoup, parmi les plus modestes et ou les moins diplômés, espèrent simplement le maintien du monde d’avant. Sur des questions comme les rapports de genre, l’autorité, la réussite sociale ou la consommation, on a affaire à une vraie divergence des imaginaires au sein de cette jeunesse.

Je donne volontiers l’exemple des quatre leaders du mouvement des « gilets jaunes » : Priscillia Ludosky, Ingrid Levavasseur, Eric Drouet et Fly Rider. Ils avaient tous entre 30 et 36 ans au moment du soulèvement de l’automne 2018 : or personne parmi les éditorialistes ne les a associés aux millennials, précisément parce que leur combat semblait à des années-lumière des préoccupations des superdiplômés, que l’on confond avec l’ensemble des jeunes actifs français.

(...)

Jessica Gourdon

Génération surdiplômée ; les 20% qui transforment la France - Monique  Dagnaud, Jean-Laurent Cassely - Odile Jacob - Grand format - Librairie  Maupetit MARSEILLE

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

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