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Vivement l'Ecole!

"Il a craqué devant nous sur Zoom" : les professeurs d'université démunis face à la souffrance de leurs étudiants

22 Janvier 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

https://france3-regions.francetvinfo.fr/image/WuFUglnpn2lnIKa9eENz7UuU03w/600x400/regions/2021/01/15/6001590942d56_seuls_depuis_le_debut_de_la_crise_sanitaire_en_mars_2020_les_etudiants_en_distanciel_pleurent_pour_un_retour_sur_les_bancs_de_la_fac-5156794.jpg

EXTRAIT

Contraints d'assurer leurs cours à distance depuis plusieurs mois, les enseignants se transforment souvent en confidents de jeunes isolés, fragilisés par une situation précaire et inquiets pour leur avenir.

"Je suis suivi par une psychologue depuis le déconfinement, il a fallu que je parle de tout ça pour aller mieux." Nicolas, qui enseigne dans un IUT à Sète (Hérault), est affecté par la détresse des étudiants. Comme de nombreux professeurs d'université, il a répondu à l'appel à témoignages de franceinfo sur cette souffrance qu'il côtoie tous les jours. "Entre l'étudiant qui est retourné chez ses parents et qui se retrouve à devoir s'occuper de ses cinq frères et sœurs pendant que les parents travaillent… jusqu'à l'étudiant qui rentre à la maison et dont les parents n'ont pas internet car pas les moyens."

"Sans parler des situations de violences familiales 'ordinaires'. Que fait-on pour vivre avec ces informations ? Nous ne sommes pas préparés à entendre tout ça, (...) pas préparés à vivre avec."

Nicolas, enseignant en IUT à franceinfo

Isolement, précarité, difficultés pour travailler… Les témoignages d'étudiants en difficulté se sont effectivement multipliés ces derniers mois, depuis le début du deuxième confinement annoncé par le gouvernement, notamment sur les réseaux sociaux avec le mot-dièse #étudiantsfantômes"Les plus grandes difficultés sont relevées chez les étudiants qui sont loin de chez eux et se retrouvent isolés toute la semaine dans un studio ou une chambre universitaire", note Stéphane, qui dispense des cours au sein d'une filière Staps à Dijon (Côte-d'Or). La nouvelle fermeture des universités annoncée avec le deuxième confinement fin octobre a renvoyé de nombreux étudiants derrière leur ordinateur pour suivre les cours à distance. 

"Entre la saturation des cours en visio, la peur d'un diplôme bidon, la privation de la vie sociale étudiante… On a reçu plusieurs lettres un peu désespérées venues des différentes promos", témoigne Fabienne, qui enseigne à l'institut Agro, à Angers (Maine-et-Loire). "Au bout de plusieurs mois de visio à distance, ils sont fatigués, ont un manque d'entrain, sont perdus pour orienter leur avenir… Beaucoup n'envisagent plus de continuer leurs études en master ou autre", s'inquiète Virginie, qui enseigne à l'université Paris-Saclay. "Le manque d'activités physiques les plonge dans une dépression lente", ajoute Béatrice, professeure dans une école spécialisée dans l'audiovisuel. 

"Des mails de détresse"

Démotivation, difficulté à se concentrer, sentiment d'enfermement, perte des stages et des apprentissages, disparition de la vie étudiante, peur de l'avenir… Les professeurs d'université sont nombreux à alerter sur ces problèmes. "Ils ne peuvent pas se construire comme habituellement avec les copains, les soirées. Ils ont perdu leurs jobs étudiants. C'est une succession de choses qui les isolent", constate Sandrine, qui enseigne l'immunologie à l'université d'Angers. 

"Leur solitude me touche. Ils sont très courageux et parviennent à réaliser les travaux techniques. Mais la chaleur de l'interaction humaine en cours leur manque beaucoup", complète Philippe, enseignant à l'Institut d'administration des entreprises de Poitiers (Vienne). "Beaucoup d'étudiants m'envoient des mails de détresse en me disant que ça ne va pas. Jusqu'aux vacances de Noël, j'en recevais trois ou quatre par semaine", confirme Eric, historien et maître de conférences à la Sorbonne.  

"Le niveau le plus sensible, ce sont les premières années, qui découvrent l'université et qui n'ont pas de repères, pas de méthode."

Eric, maître de conférences à franceinfo

Mais les plus expérimentés ne sont pas épargnés. "Un étudiant de 29 ans a craqué devant nous sur Zoom. Il a fondu en larmes en disant qu'il n'arrivait plus à travailler sa thèse dans son studio de 14 m2", poursuit Eric.

Pour venir en aide aux étudiants, les universités ont mis en place des lignes d'écoute, dont la liste est disponible sur internet. Des professeurs référents sont également désignés dans certaines structures afin d'accompagner les étudiants. Enfin, dans certaines universités, les élèves de première année sont accompagnés par des étudiants des niveaux supérieurs à travers un système de tutorat. Avec ses collègues, Olivier, maître de conférences à Limoges, a mis en place des canaux de discussion informels sur Discord : "Cela permet aux étudiants de se défouler. Ils se rendent compte qu'ils ne sont pas tout seuls, et certains osent se livrer."

Car dans cette crise, les enseignants sont souvent les premiers interlocuteurs. "Je multiplie les échanges, je passe du temps à faire un tour de table pour les interroger sur leur quotidien, leurs besoins…" explique Virginie. "Les étudiants ont été lâchés un peu en rase campagne, ils ont parfois perdu le contact avec la fac, mais pas avec nous, donc ils se retournent vers l'interlocuteur qu'ils ont pris l'habitude de fréquenter", ajoute Michel, maître de conférences en sociologie à l'université de Montpellier. "C'est parfois complexe de placer la limite entre ce qui fait partie de mon job d'enseignant et ce qui relève du travail d'un psy, d'une infirmière, de la médecine préventive…" complète Nicolas. 

(...)

Clément Parrot

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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