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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Mathieu Lindon...

14 Janvier 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Hervelino - Mathieu Lindon - P.o.l - Grand format - Place des Libraires

Hervelino : le mot m’est rentré dans la gorge.

Ce fut vite ma façon d’appeler Hervé, avec ma manie d’italianiser (si c’est italianiser) les prénoms de mes proches quand je ne les slavisais pas (Marcovitch, Valentinovitch, et j’étais parfois Mateo ou Matéovitch pour Hervé). La plupart du temps, on se voyait tous les deux seuls : après sa mort, je n’avais personne avec qui parler de lui en utilisant ce diminutif. Ce n’est pas comme quand on disait « mon amour » ou « mon chéri » à un être adoré désormais disparu : les mots restent, prêts pour d’autres, ou à éviter. Hervelino n’existe plus qui disait une part de notre lien. Il y avait une légèreté en lui dont je me suis demandé si elle était demeurée semblable quand la mort d’Hervé se faisait de plus en plus concrète. Et c’est un petit plaisir de me souvenir qu’à l’occasion d’un carnaval à Rome, à la villa Médicis où nous étions alors tous deux pensionnaires à la fin de sa vie, Hervé imagina qu’on fasse un numéro où on reprendrait le duo Jane Birkin-Serge Gainsbourg sur la chanson Raccrochez, c’est une horreur. Il jouerait la pauvre fille effarouchée et moi le maniaque sexuel : son idée était de donner comme nom à notre duo à nous « Hervelinette et Dindono ». J’ai dû renâcler, ça ne s’est pas fait. Mais Hervelino était plus que jamais là.

Hervelino : ça ne m’évoque pas tant Hervé que nous deux. Le mot est banal mais c’était lui et c’était moi, il l’avait repris à son compte.

La première fois qu’on s’était vus, l’été 1978, quand Michel Foucault avait organisé notre rencontre au sein d’une petite réception, j’avais surmonté ma timidité pour l’aborder en lui disant, comme il était seul dans un coin de l’appartement : « Vous êtes puni, Hervé Guibert ? ». Et lui avait vite dû parler de moi de manière analogue puisqu’il me raconta, on ne se connaissait que depuis quelques semaines, qu’une amie à lui avait sonné à son interphone et, quand il avait demandé qui était-ce, avait répondu « Mathieu Lindon », au mépris de toute vraisemblance mais signifiant que c’est en ces termes qu’il avait dû l’abreuver de moi. Nos noms comptaient, ceux qu’on avait et ceux qu’on se donnait. Hervelino est-il ressuscitable ?

Mathieu Lindon - Hervelino

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