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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Justine Augier (Justine Augier est la fille de Marielle de Sarnez...)

15 Janvier 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Dans les jours qui ont précédé la chute d'Alep, le nombre décuple de ceux qui, dans le monde occidental, choisissent de se mettre à crier que tout cela est insupportable, qu'ils ont honte. J'éprouve une certaine difficulté à m'expliquer pourquoi soudain le seuil du supportable a été franchi. L'horreur est à l'oeuvre depuis cinq ans, ce n'est pas ce qui a changé, c'est une illusion de penser qu'un "cran" a été franchi, l'horreur est toujours l'horreur. Ce qui a changé c'est que nous nous sommes mis à regarder et que nous avons trouvé tout cela insupportable. Probablement parce que nous avons compris que ce qui devait advenir à Alep adviendrait, que tout cela était joué depuis longtemps et qu'il est difficile de se retrouver impuissant face à la tragédie. Probablement aussi parce que la chute d'Alep ouvre sur la possibilité d'en finir avec ce conflit qu'il devenait difficile d'avoir à ignorer, qu'elle ouvre sur la conversation avec le régime d'Al-Assad - une solution désagréable qui aura le mérite de mettre fin au chaos, à la violence trop visible. Nous nous achetons une bonne conscience, in extremis, le sursaut de compassion étant une façon de mettre à distance les responsabilités, d'affirmer qu'on n'est pas complices parce que nous sentons confusément les liens qui nous lient à cette affaire, les responsabilités mais aussi la menace qui rôde et plane sur notre avenir.

Mais surtout il me semble que l'usure des images et des mots nous terrifie plus que nous ne voulons le croire. Cette peur ancestrale de ne plus pouvoir alerter et crier, de ne plus pouvoir exprimer le danger, de ne pas pouvoir nous faire entendre, le jour où nous en aurons vraiment besoin.

Justine Augier - De l'ardeur

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