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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Charles Juliet...

17 Janvier 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

UN HOMME BLESSÉ

Thierry Metz ou la douleur d'être. Une douleur paisible, lasse, une tranquille désespérance. Pourquoi la douleur d'être ? Parce qu'"il manque quelque chose. Depuis longtemps." Il manque à la vie de répondre à notre attente, à notre soif. Insatiable est cette soif. Mais "dehors n'est qu'une caverne". Inutile de vouloir en découvrir les parois. Elles n'apprendront rien à celui qui ne peut s'écarter de lui-même et dont la douleur aiguise la lucidité. Passent les jours, et rien qui puisse rassasier. À quoi bon se démener, crier, se révolter ? La conviction s'impose que, quoi qu'on fasse, on ne peut échapper à cette brûlure au secret de l'être. Mais il faut gagner son pain. Alors on creuse une tranchée, on remue des mètres cubes de terre, on édifie des murs, on hisse des poutrelles. Calvaire d'avoir à s'acquitter de telles besognes alors que la tête est ailleurs, que la voie interne ne cesse de parler, de murmurer des vers. Naissent de courts poèmes. De brèves notations disent l'écart, le porte-à-faux, la souffrance qui se cache. Le compagnon ne sait rien de ce qui consume celui qui œuvre à ses côtés. Rugueuse banalité du quotidien. Des semaines toutes semblables. Une effroyable solitude. Le drame qui se joue ne peut qu'échapper aux yeux qui ne savent pas voir. Puis arrive le jour où défaillent les forces qui permettent de rester debout. À l'hôpital, Thierry est acculé. "Je dois tuer quelqu'un en moi, même si je ne sais pas comment m'y prendre." Tuer celui qui souffre, qui refuse d'abdiquer. Mais c'est impossible. Renoncer à vouloir sortir du cadre, à vouloir combler le manque, à vouloir atteindre la vraie vie, ce serait détruire l'essence de lui-même. Il est là, parmi d'autres qui comme lui "penchent", vacillent, vont s'effondrer. Il est là, en attente, tout le traverse, tout le déchire. Il demeure pourtant d'un grand calme. Les forces de vie et les forces de mort se combattent. Bientôt ces dernières l'emportent, et brutalement, tout prend fin.

Un être humble, ramassé dans sa douleur. Refusant de se dérober. Subissant en silence, rassemblant en peu de mots ce qu'il a enduré. Un être véridique. Qui a su dire à voix basse la souffrance nue. Celle que chacun porte en soi.

Charles Juliet - Le jour baisse - Journal X 2009/2012

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