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Vivement l'Ecole!

Comment Cnews s'autorise une "relecture" de l'Histoire de France...

29 Janvier 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

La Belle histoire de France ③ | Clovis : le baptême de la France - YouTube

EXTRAITS

FERRAND, MENANT ET CLOVIS, UNE HISTOIRE D'AMOUR SUR CNEWS

Clovis, un "être lumineux" à "l'intelligence supérieure"

L'historien médiéviste Florian Besson, qui co-anime le blog "Actuel Moyen Âge", a regardé l'épisode consacré à Clovis de la nouvelle émission de l'animateur Franck Ferrand consacrée à l'histoire de France sur CNews, qu'il co-anime avec Marc Menant, par ailleurs partenaire de Zemmour dans "Face à l'info". Conclusions de Florian Besson : erreurs factuelles, raccourcis et approximations, "le tout au service d'un roman national et nationaliste". Fact-checking avec extraits.

Franck Ferrand a rejoint il y a peu CNews et Valeurs actuelles. Tous les dimanches, il anime avec Christine Kelly et Marc Menant une émission intitulée La belle histoire de France, qui se propose de "redécouvrir ce qui fait notre pays, notre nation", au fil d'un ensemble d'épisodes chronologiques. On ne s'attendait pas à grand-chose, mais on a quand même regardé l'épisode consacré à Clovis, diffusé le 24 janvier 2021. Et c'est terrible. Au menu, erreurs factuelles, raccourcis et approximations, légendes et clichés, sans aucun recul critique, sans aucun travail sur les sources. Le tout, bien sûr, au service d'un roman national et nationaliste. Petit décryptage – non exhaustif.

On commence par un jugement classique, qu'on trouvait déjà chez le général De Gaulle en 1965 : "Clovis est le premier grand personnage de l'histoire de France (…) Il va faire naître notre histoire" (01'17 dans la vidéo)C'est l'un des fondements du roman national français : en acceptant le baptême, Clovis, roi des Francs, aurait fait démarrer "l'Histoire de France" - une France, évidemment, à la fois royaliste et chrétienne. Dans son dernier ouvrage, Bruno Dumézil montre bien que ce jugement n'est en réalité qu'une construction historique assez tardive : vers 570, les grands rois mérovingiens étaient Childebert Ier, Théodebert Ier ou Sigebert Ier, pas Clovis. Pendant des siècles, Clovis a été un personnage secondaire de l'histoire de France, loin derrière Pépin le Bref, Charlemagne, Hugues Capet ou même Dagobert. Quand on fait de Clovis le père de la France, on ne dit rien du tout de Clovis ni de son époque : cela ne renvoie qu'à la manière dont nous, aujourd'hui, fantasmons les "racines" de notre pays.

(...)

CONFUSION ÉNORME

Pendant de longues minutes, Marc Menant raconte la légende du vase de Soissons, au présent de narration, comme si tout était parfaitement attesté. À aucun moment il ne précise pourtant que l'histoire vient de Grégoire le Tours (qui écrit environ 70 ans après Clovis). À aucun moment il ne questionne l'historicité de l'anecdote - tout au plus entend-on à un moment le terme de "légende", mais c'est tout. Un peu plus tard, Marc Menant dit que l'évêque ayant demandé le vase à Clovis est "Rémi de Reims", alors que cet élément n'apparaît que dans la chronique du Pseudo-Frédégaire, rédigée un siècle plus tard, il est donc incertain (13'22). Mais bon, les références historiques... On n'est plus à ça près, les mots non plus d'ailleurs, puisque Menant poursuit : "Le sacre, si je puis dire, le baptême de Reims..." (22'40)Confusion énorme. Le sacre n'a rien à voir avec le baptême. Et, surtout, à l'époque de Clovis, les rois ne sont pas sacrés : pour cela, il faut attendre les Carolingiens, qui vont remettre à l'honneur ce rituel politique emprunté aux rois d'Israël. Cette confusion, amendée d'un "si je puis dire" mais pas véritablement corrigée, en dit long sur le degré de précision de l'émission.

Un peu plus tard, Franck Ferrand confond Grégoire le Grand, pape entre 590 et 604, et Grégoire de Tours, chroniqueur ayant vécu entre 539 et 594 (22'54). Ce n'est pas très grave en soi : tout le monde a le droit de confondre deux personnages, surtout des homonymes. Mais bon, ce n'est pas non plus très sérieux, car on parle quand même de la principale source sur Clovis. Dans une émission de 45 minutes sur Clovis, on aurait pu imaginer parler, même rapidement, de Grégoire de Tours, ce chroniqueur de l'époque.

(...)

Bilan : quelques erreurs factuelles, un bon paquet de clichés et de légendes racontées comme des vérités historiques, des jugements naïfs sur Clovis. On n'a rien appris sur la période en elle-même : rien sur la complexité du paysage politique, ethnique ou religieux (qui oppose païens, chrétiens ariens, chrétiens catholiques, eux-mêmes divisés entre plusieurs papes...), pas entendu un mot sur l'économie, la société, le climat... de l'époque. On a entendu un mauvais roman sur Clovis, qui essaye de le glorifier en vantant "l'intelligence supérieure" de cet "être lumineux", mais qui n'en fait finalement qu'une caricature. Surtout, on n'a cité aucune source précise, aucun travail d'historien un tant soit peu spécialiste de la période. Bref, malgré le titre ronflant de l'émission, on n'a pas fait d'histoire.

Florian Besson, docteur en histoire médiévale, membre du collectif Actuel Moyen Âge

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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