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Vivement l'Ecole!

Jeunes - «Le virus a tout gâché, je dois encore chercher une entreprise»

22 Décembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse

Jeunes - «Le virus a tout gâché, je dois encore chercher une entreprise»

Les restrictions sanitaires ont rendu la recherche d’emploi ou de place en apprentissage plus difficile pour les primo-arrivants sur le marché du travail. Témoignages entre angoisse, déception et colère.

Benoît, 15 ans, lycéen en bac pro, Melun : «Face à tous ces refus, je me sens  un peu perdu, fatigué»

«"Bonjour, je m’appelle Benoît (1), je suis en bac pro et à la recherche d’une alternance en entreprise." Cette phrase, je l’ai répétée des dizaines de fois. Et même plus encore. Après trois mois de recherche, j’ai fait le compte : 60 appels et plus de 180 mails envoyés depuis septembre. Mais voilà, je n’ai toujours pas trouvé d’entreprise pour mon apprentissage. Lors de mon dernier coup de fil, la semaine passée, une femme, m’a répondu : "Laisse-nous tes coordonnées et si le patron est intéressé, on te rappelle." Huit jours après, toujours rien.

«Tous les apprentis de ma classe sont déjà en entreprise, excepté moi. Pendant qu’ils bossent, je passe ma vie à faire des courriers. J’appelle, mais je ne trouve rien. Une dizaine d’entreprises m’ont déjà fait la réponse suivante : "Nous ne prenons pas d’apprentis en raison des restrictions sanitaires."

«Face à tous ces refus, je me sens un peu perdu, fatigué et en colère. Car il me reste très peu de temps pour trouver une entreprise. J’ai jusqu’à fin décembre, en théorie, pour signer un contrat et débuter mon bac pro Melec (Métiers de l’électricité et de ses environnements connectés) en alternance. Si je ne trouve pas, je devrai stopper ma formation. Récemment, un responsable du Centre de formation des apprentis m’a expliqué qu’ils avaient reporté au mois de février la date limite pour s’adapter à la crise sanitaire, mais cela reste tout de même un grand sujet d’angoisse que je garde pour moi.

«Nous avons bien du coaching, au CFA, pour nous aider à nous exprimer au téléphone, à rédiger des mails, à bien tourner les CV. Manifestement, cela ne suffit pas.

«La plupart des élèves ont trouvé grâce à leur famille, aux réseaux de leurs parents. Mon oncle électricien a demandé à son entreprise, sans succès. Ce qui me gêne le plus, dans cette histoire, c’est que tous ceux qui sont déjà en entreprise sont rémunérés. Ils peuvent s’acheter des choses, et pas moi. Noël approche. J’avais prévu de faire des dépenses : passer mon brevet de sécurité routière, m’acheter une voiture sans permis, un téléphone, des vêtements, etc. Tout cela est impossible, pour le moment. Le virus a tout gâché. Donc je dois encore chercher, en espérant trouver avant février. Si je ne trouve pas, je serais en galère, j’aurais perdu un an de ma vie et de l’argent. Et je n’ai pas de plan B.»

Chloé, 25 ans, en formation, Toulouse : «Je suis au chômage et j’ai peur du regard des autres, de ce qu’ils vont penser»

«Et toi Chloé, tu fais quoi en ce moment ?» Je n’ai pas vu venir la question. D’habitude, je m’en sors très bien en allant fumer avant qu’on ne m’interpelle. Mais là, obligée de répondre, de sentir mon cœur s’emballer et de chercher une issue de secours.

«Je suis toujours au chômage en fait. Mais j’ai beaucoup de chance d’avoir la mission locale pour m’aider. Et j’ai une idée de formation dans le secrétariat. Mais il faut que je trouve un stage pour que Pôle Emploi me finance ce projet.» Voilà ce que j’aurais dû dire à mes amies ce soir-là. Au lieu de ça, j’ai bêtement souri en bredouillant quelque chose. Au même moment, j’ai senti les vibrations de mon téléphone. «Maman» s’affichait en grand sur l’écran, vite vite j’ai décroché sans même me soucier des autres.

«Dimanche, on fêtera l’anniversaire de mon frère. Ça me faisait plaisir rien que d’y penser. Au moins, on me parlera d’autre chose. Enfin, c’est ce que je croyais…

«Dans le secrétariat ? ! Mais ça te plaît d’être gratte-papier ? En plus, t’auras un salaire qui ne volera pas haut et tu vas travailler toute ta vie pour un patron plus con qu’un balai.» Ça m’a déprimée. D’autant plus que ma mère travaille là-dedans… Et j’étais contente d’avoir enfin une idée qui me pousse à me lever le matin.

«Non, je ne glande pas sur Netflix toute la journée à regarder toutes les séries qui existent. Mais après m’être forcée à postuler à au moins une offre d’emploi, il me reste beaucoup de temps libre pour cogiter. Et j’ai peur du regard des autres, de ce qu’ils vont penser. Alors c’est tout vu, rester chez moi c’est bien plus facile. Ce soir, mon copain veut qu’on aille s’aérer, il dit que ça me fera beaucoup de bien de sortir. Sur le chemin, il me raconte que le lendemain, au boulot, ils fêteront l’anniversaire d’un collègue. En plus, ils sont sur un projet hyper intéressant en ce moment. Je l’écoute déjà d’une oreille distraite. La chance qu’il a d’aller au travail…

«En général, je m’intéresse et j’arrive à lui répondre. Mais là je n’ai pas le cœur et je suis jalouse parce que demain il sera bien occupé. Heureusement, et c’est aussi pour ça que je l’aime beaucoup, il s’en rend compte et change discrètement de sujet tout en me serrant la main un peu plus fort. Ce geste me rassure, il me soutient.

«Souvent, dans la journée, j’ai tendance à me dévaloriser énormément et à culpabiliser. Est-ce qu’au regard de la société j’existe ? Oui j’existe, derrière ces lignes se trouve une fille de 25 ans qui se bat chaque jour pour sortir la tête haute de cet enfer qu’est le chômage.»

(...)

1- le prénom a été modifié

ZEP - Zone d'Expression Prioritaire

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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