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Vivement l'Ecole!

Ces facs qui restent fermées et ces prépas qui peuvent accueillir leurs élèves... Rupture d'égalité?

18 Décembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Ces facs qui restent fermées et ces prépas qui peuvent accueillir leurs élèves... Rupture d'égalité?

Sur les bancs des classes préparatoires, des élèves suivis et privilégiés

Syndicats et professeurs dénoncent une «rupture d’égalité» entre les facs qui restent fermées et les prépas qui peuvent accueillir leurs élèves.

Alors que le monde estudiantin continue de se débattre face au décrochage massif qu’engendre la fermeture des universités depuis le reconfinement, certaines formations sont sujettes à un traitement de faveur. Les BTS et classes préparatoires aux grandes écoles ont reçu l’autorisation de poursuivre leur cursus en présentiel. «Je n’ai même pas l’impression d’être confinée», témoigne Leire, étudiante en hypokhâgne dans le prestigieux lycée Henri-IV à Paris. Dans sa classe, ils sont 46 élèves à venir assister à leurs trente heures de cours hebdomadaires en présentiel. «Nous portons des masques et mettons du gel mais les distanciations sont impossibles à respecter», souligne l’étudiante.

«Inégalitaire»

Même constat pour Philippe (1), professeur dans une classe préparatoire aux écoles de commerce dans un lycée de l’Est parisien. «A 44 dans une salle, difficile d’appliquer les gestes barrière. […] Je ne comprends pas à quel titre nous devons échapper à l’effort collectif d’un pays contre l’épidémie de Covid-19, alors que nous sommes déjà les privilégiés de l’enseignement supérieur», s’insurge ce professeur d’histoire qui dénonce un arbitrage «totalement injuste» du gouvernement. Il n’est pas le seul. Des syndicats étudiants et professionnels de l’enseignement supérieur, pointent une «incohérence déconcertante» de l’exécutif.

«Nous sommes dans une zone de non-droit», estime Olivier Coquard, professeur dans la prépa littéraire d’un grand lycée de la capitale. Perplexe, cet enseignant d’histoire peine à comprendre pourquoi ils n’ont pas reçu les mêmes consignes que les universités, totalement fermées, ou les lycées, dont les cours ont été maintenus en demi-classe. «En prépa, même nos étudiants les plus fragiles ont la chance d’être remarquablement suivis, toutes les conditions sont réunies pour qu’ils résistent au cataclysme social que représente cette période, tandis que les universités sont totalement laissées à l’abandon», souligne-t-il. Pour la présidente de l’Unef, Mélanie Luce, «le gouvernement a une fois de plus tranché en faveur d’une solution très inégalitaire socialement».

Les deux professeurs interrogés par Libération s’accordent à dire que les grandes écoles pèsent lourd dans la balance des négociations. De plus, elles bénéficient de l’appui des rectorats. «Ces établissements tiennent à ce que leurs concours se déroulent normalement», affirme l’enseignant en prépa de commerce.

«J’étais rassuré et je me sens hyper privilégié de continuer les cours physiquement, parce que j’ai très mal vécu le premier confinement, indique Théo, en khâgne au lycée Hélène-Boucher, dans le XXe arrondissement de Paris. J’ai clairement un avantage sur mes amis qui [dans les universités] galèrent en suivant des cours magistraux sur Zoom.» Pour Leire, c’est une chance : «Nous sommes suivis de près par nos professeurs et notre direction. Les risques de décrochage sont fortement pris en charge par les équipes pédagogiques, contrairement à l’université.»

A la fin de l’année, Théo sera candidat à des masters universitaires tout en sachant qu’il aura un véritable atout par rapport aux étudiants des universités dont le niveau aura nécessairement été affecté par les deux confinements.

«Aucune nouvelle»

Il y a une «rupture d’égalité», dénonce Paul Mayaux, président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). A l’Unef, Mélanie Luce rappelle que «pendant que les élèves de prépas continuent de travailler les concours des grandes écoles, à la fac, les étudiants sont en train de craquer psychologiquement». Elle observe «un décrochage monstre […], bien plus qu’au printemps».

Un constat que partage, Philippe, l’enseignant en prépa aux écoles de commerce : «A l’université, les étudiants représentent les publics les plus fragiles, ils sont souvent les plus précaires, les moins encadrés. Ce deuxième confinement est catastrophique pour eux.»

Dans un communiqué, le syndicat Snesup pointe l’opacité des décisions et le manque de communication du gouvernement. «Jusqu’à aujourd’hui nous n’avons toujours aucune nouvelle de [la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal] alors qu’une rencontre hebdomadaire sur la situation relative à la crise sanitaire et à la gestion des enseignements avait été promise le 30 octobre dernier par le cabinet», tonne le syndicat enseignant.

Au sujet de la reprise progressive des cours à l’université évoquée par le gouvernement à partir de la rentrée de janvier, Paul Mayaux estime que les universités ne seront pas prêtes, faute de moyens. «On ne peut pas dédoubler les classes et les professeurs si les budgets restent les mêmes», précise le dirigeant de la Fage. «Nous réclamons depuis le mois de juin la mise en place d’un protocole permettant de ne pas fermer complètement les universités, abonde Mélanie Luce. Pourquoi ne pas s’être préparé quand il était encore temps alors que les prépas n’ont même pas eu à ajuster leur offre pédagogique ?»

(1) Le prénom a été modifié.

Pauline Achard

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