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Vivement l'Ecole!

Affaire Blanquer - "Si ce n’était que ça"...

22 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Blanquer

 Affaire Blanquer - "Si ce n’était que ça"...

Avenir lycéen : pour Jean-Michel Blanquer, une affaire mineure

Après la publication de l’enquête de «Libération» démontrant que le syndicat a été créé pour servir les intérêts de la Rue de Grenelle, le ministre a balayé ces accusations dimanche soir sur RTL.

Circulez. Deux jours après la publication par Libé de l’enquête démontrant comment l’organisation Avenir lycéen avait été créée pour servir la communication du ministère, Blanquer a nié être impliqué dans cette histoire. Invité du Journal des sports de RTL dimanche soir, le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports a assuré qu’il n’avait jamais «téléguidé» cette jeune organisation lycéenne. «Non, bien sûr que non !» a-t-il balayé en toute fin d’émission après avoir passé plus d’une demi-heure à défendre les sommes promises par le gouvernement pour aider le sport amateur en cette période de crise sanitaire. Ne refusant pas la mise en place d’une commission d’enquête, notamment réclamée par La France insoumise, le ministre a rappelé qu’il avait déjà lancé une «enquête administrative et estimé que Libération et Mediapart en font "une affaire a partir de rien", s’essayant à la formule culinaire : "Si quelqu’un regarde de près, il y a beaucoup de sauce et peu de lapin, comme on dit chez moi"».

Que dit-on au gouvernement ?

Rien. Du moins officiellement. Mais comme souvent en macronie après la mise en cause d’un ministre, on commence en off par minimiser les révélations de Libération et Mediapart. «Honnêtement, il n’y a pas grand-chose dans votre dossier», démine un conseiller. «Ce n’est pas l’affaire du siècle», ajoute un ministre. Au sein de l’exécutif, on dresse tout de même depuis quarante-huit heures un cordon sanitaire entre Blanquer, élément important du dispositif Macron depuis 2017, et son administration. Preuve qu’il faut éviter que le navire amiral prenne l’eau… «Ce n’est pas Blanquer qui a agi en direct mais je ne comprends pas ce que c’est que ce bazar», s’agace ce même ministre. «Ce sont des apprentis sorciers, abonde un conseiller. Encore faut-il établir et apporter la preuve que c’est Blanquer qui est derrière tout ça. Et, surtout, pour le moment, aucune information judiciaire n’a été ouverte. On ne refera pas l’erreur Rugy : une démission juste parce que, éthiquement, ce qu’il a pu faire n’était pas moral.» La stratégie de faire sauter un fusible semble donc privilégiée : «A la rigueur, c’est l’ex-directeur général de l’enseignement scolaire [DGesco, ndlr] qui peut être impliqué», dit-on dans un ministère.

Les dirigeants de la majorité ont une autre ligne de défense : rappeler que la politisation des mouvements lycéens n’est pas nouvelle et que d’autres, à gauche, par le passé, n’ont pas été non plus très clean. «S’il y a commission d’enquête, j’attends avec impatience qu’on cause de tous les syndicats étudiants et lycéens et de leur financement», avance un ministre. Sauf que, dans le cas d’Avenir lycéen, ce n’est pas un parti politique ou même un simple courant qui est mis en cause, mais bel et bien une partie de l’administration, donc de l’appareil d’Etat. Mise en cause sur Twitter, l’ex-ministre de l’Education nationale PS Najat Vallaud-Belkacem a démenti avoir pu utiliser les mêmes méthodes : «Qu’il me soit permis de dire que jamais il ne serait venu à mon esprit […] de traiter avec autant de mépris et de cynisme la démocratie lycéenne, les élèves concernés, les instances de concertation. Autres temps autres mœurs.»

Que réclame l’opposition ?

Des explications et une commission d’enquête. Sitôt l’article de Libération publié, les députés insoumis, rejoints par quelques communistes, ont dégainé une proposition de résolution, en construction depuis le premier papier de Mediapart sur le sujet. Les socialistes décideront mardi, en réunion de groupe, s’ils s’y associent. Les élus rappellent que, certes, Blanquer a déjà ouvert une enquête administrative, mais pointent un risque de partialité, ce travail ayant été confié «à la DGesco, le même service soupçonné par les deux journaux». «C’est la raison pour laquelle la représentation nationale doit […] faire toute la lumière sur l’activité du syndicat Avenir lycéen, ses liens avec le pouvoir exécutif et les actions de contrôle du ministère de l’Education sur ses membres et son action», écrivent les députés.

Mais cette commission d’enquête a très peu de chances d’aboutir. Les trois groupes d’opposition ont tous utilisé leur «droit de tirage» : les socialistes sur les violences policières, les insoumis sur l’indépendance de la justice et les communistes sur les conséquences de l’épidémie de Covid-19 sur la jeunesse. Or ils n’ont le droit d’utiliser cette arme de contrôle du pouvoir exécutif qu’une seule fois par session. «Et je doute que Richard Ferrand [le président de l’Assemblée] nous aide sur ce coup-là», pointe, réaliste, un député de l’opposition. Mardi, Blanquer devrait donc être sollicité, à l’Assemblée, pour les questions d’actualité. Il est déjà la cible privilégiée de Jean-Luc Mélenchon : «Blanquer est un ennemi juré de l’école publique, de l’université libre et des lycéens indépendants. Il prend sa place au Panthéon des ministres les plus détestés de la macronie», a-t-il écrit sur son blog.

Quelles réactions dans le monde éducatif ?

Dès vendredi soir, les organisations lycéennes ont crié au scandale. Sur Twitter, Mathieu Devlaminck, président de l’UNL, voit en Avenir lycéen un «instrument de Blanquer pour faire taire l’UNL, qui était opposé à ses réformes»«Si les faits révélés mettent en lumière son implication, il faut rendre l’argent et démissionner», écrit-il Même son de cloche du côté de la FIDL. Dans un communiqué, l’organisation dénonce ainsi le «dévoiement total de la cause syndicale» et «une insulte faite aux jeunes dont le ministère aurait organisé l’étouffement de la parole face à des réformes du bac et du lycée catastrophiques». Si l’UNL avait déclaré déposer plainte après les premières révélations de Mediapart, la FIDL a annoncé étudier les suites à donner. Le mouvement national lycéen (MNL) va plus loin et exige la démission de Jean-Marc Huart et Jean-Michel Blanquer. Pour ce syndicat historique, classé à gauche et qui a, par le passé, formé de nombreux cadres socialistes, leur concurrent, Avenir lycéen, n’est autre qu’un «outil de propagande», «une entreprise politique n’ayant pas hésité à manipuler certains de nos camarades lycéens […] afin de servir les intérêts du ministre». Du côté des parents d’élèves, la FCPE a rappelé que les activités militantes des élèves doivent «bénéficier d’un accompagnement sain, juste et honnête, à l’abri de toute tentative d’influence ou mainmise des institutions».

Que répond Avenir lycéen ?

D’abord par la voix de son cofondateur Nathan Monteux, président par intérim depuis les démissions en cascade : «Comme jeunes engagés, nous refusons d’être pris en otage par les opposants à la politique du ministère de l’Education nationale à des fins purement électoralistes.» Dans la foulée, et en lien «avec l’enquête administrative du ministère», leur trésorier a précisé dimanche qu’il a été demandé aux bénéficiaires des restaurants et hôtels de luxe de rembourser. Justification mais aussi attaque. Ce dernier évoque des «faux témoignages», des «mensonges» et souhaite que le ministère puisse «démentir» dans les prochains jours. Il tente maladroitement de s’expliquer dans un communiqué : «Plusieurs billets de train sont des billets de première classe. Plusieurs restaurants présentent des repas dépassant les 50 euros par personne (brasserie de luxe et hôtels 4 étoiles). Nous n’étions pas formés, nous n’avions pas les réelles valeurs des choses.» Si ce n’était que ça.

Marie Piquemal , Lilian Alemagna , Charles Delouche Bertolasi

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