Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

A lire... « Paroles De Femmes d’El Jadida » - Une source du mémoire de la chercheuse Fatima-Ezzahra Abid

30 Octobre 2020 , Rédigé par Mustapha Jmahri Publié dans #Femme

A lire... « Paroles De Femmes d’El Jadida » - Une source du mémoire de la chercheuse Fatima-Ezzahra Abid

« Le moment révolutionnaire anticolonial : espace d’appropriation et de redéfinition du politique pour les femmes marocaines » tel est l’intitulé du mémoire de méthodologie présenté en vue de la validation de la seconde année de master par la chercheuse marocaine Fatima-Ezzahra Abid et soutenu en septembre 2020 à l’Ecole normale supérieure de Lyon sous la direction du professeure Anne Verjus, directrice de recherche au CNRS.

Comme précisé dans l’introduction, il s’agit d’un mémoire à plusieurs voix, il a été possible grâce aux rencontres et aux témoignages de Touria Serraj, Fatima Hmed, Fatima Mohammed, Fatima Hassar, Zhour Lemseffer, Fatiha Saddas, Fatima-Zahra Al Fassi, Hind Hassar, et Fatna El Bouih. La chercheuse ajoute dans son introduction que : « Ce travail a été possible grâce à l’aide de Mustapha Jmahri qui a eu l’amabilité de me renseigner et de m’aider à entrer en contact avec les femmes d’El Jadida qui ont témoigné dans son livre ».

L’étude de Fatima-Ezzahra Abid tente de rendre justice aux résistantes marocaines des centres urbains, quelle que soit leur implication dans le mouvement de résistance. Elle a voulu leur donner la parole pour fonder ce travail les concernant. Bien que de nombreuses femmes interviewées ont, d’elles-mêmes, minimisé leur travail de résistance, toutes ont exprimé leur déception devant le traitement réservé à l’histoire des femmes au Maroc dans la société actuelle. Pour elles, le rôle des femmes et leur travail n’ont pas acquis assez de visibilité dans la société marocaine. Ainsi, en dépit de leur pudeur à raconter leurs actes de résistance, elles ont exprimé leur désir d’être reconnues dans l’histoire et elles souhaiteraient que leurs récits soient davantage diffusés et mieux entendus.

Afin d’appréhender la socialisation des femmes marocaines ayant vécu dans les années quarante et cinquante, la chercheuse s’est fondée sur des sources directes comme les entretiens menés au cours de son mémoire, et aussi, ajoute-elle, sur « les entretiens retranscrits de Mustapha Jmahri dans son livre El Jadida 1949-1969, Paroles de femmes ». Fatima-Ezzahra a également inclus les écrits de la sociologue marocaine Fatima Mernissi dans son roman Rêves de femmes : une enfance au harem (1994) dans lequel, en prenant le point de vue d’une enfant grandissant dans un harem à Fès dans les années quarante, elle décrit et analyse les rapports sociaux entre hommes et femmes, entre Marocaines et colons.

Dans son chapitre intitulé « D’El Jadida à Casablanca la mobilisation des classes populaires », la chercheuse marocaine a cité de nombreux passages du recueil El Jadida 1949-1969, Paroles de femmes notamment ceux de Zhour Lemseffer, Touria Serraj, Latifa Ayada, Khadija Benrhanem et Leïla Benallal où il était question d’école et de vision du Protectorat. Cette vision au-demeurant partagée par bien d’autres femmes interviewées a été un moment-clé dans la résistance marocaine qui a uni tout le peuple marocain dans le rejet du Protectorat.

Comme le précise la chercheuse elle-même : « La majorité des femmes ayant accepté de témoigner pour ce mémoire sont des contacts de Mustapha Jmahri. Ce sont des femmes de classe moyenne, éduquées, qui ont témoigné dans son livre. La plupart de ces femmes, tout comme celles issues des classes populaires, avaient l’impression de ne pas être assez qualifiées et informées. Souvent elles s’excusaient en début ou en fin d’entretien pour leur témoignage qu’elles estimaient ne pas être assez important ». La chercheuse conclut que l’apport des femmes, souvent invisible et pourtant essentiel dans la lutte anticoloniale, a permis aux marocaines d’accéder à de nouveaux espaces et de développer des compétences politiques. Toutefois ce travail n’est pas reconnu et elles sont trop souvent maintenues dans des rôles subalternes.

Je pense que le travail de Fatima-Ezzahra Abid a contribué, sous d’autres cieux, à faire connaitre cette histoire des femmes d’El Jadida et d’autres villes. Ainsi les témoignages que j’ai eu tout le plaisir de collecter permettent à mon livre de continuer à vivre.

jmahrim@yahoo.fr

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :