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Vivement l'Ecole!

Non, la 5G n’est pas un progrès indiscutable... (+ Vidéo)

15 Septembre 2020 , Rédigé par Libération Publié dans #Technologie

Aurélien Barrau, astrophysicien

Nous devons être en mesure de décider quels sont les usages que nous acceptons comme des progrès et quels sont ceux que l’on doit rejeter au nom d’autres impératifs, comme la lutte contre le réchauffement climatique.

Tribune. On ne cesse de nous dire que la France serait «en retard sur la 5G». Comme une évidence. Avec gravité. Comme si notre avenir commun en dépendait. Comme si, surtout, la 5G était obligatoirement et automatiquement un progrès qui ne devrait même pas être discuté. 

Je ne suis pas de cet avis. Comme élu et citoyen responsable, que vois-je ? Je vois qu’aucune des questions majeures que soulève le développement de la 5G n’est même discutée. N’étant pas médecin, je n’évoquerai même pas les impacts potentiels sur la santé humaine du développement des antennes qu’implique la 5G. Non que la question ne soit pas importante, mais parce que je ne prétends pas avoir de réponse et donc de position. En revanche, d’autres questions méritent d’être posées.

Pourquoi développer la 5G ?

D’abord, pourquoi développer la 5G ? Pas pour améliorer une 4G qui serait insuffisante : pour les usages actuels d’Internet, nous n’avons pas besoin de la 5G. Nous n’en avons besoin que pour accompagner une explosion de l’utilisation des réseaux Internet destinée à répondre à de nouvelles technologies et, en particulier, aux besoins de milliards d’objets connectés que l’industrie mondiale veut nous faire acheter et consommer dans les années à venir. Nous avons certainement besoin de développer la télémédecine, qui serait bénéficiaire de la 5G. Pour autant, avons-nous besoin de monter le chauffage chez nous à distance, de réfrigérateurs ou de fourneaux connectés, de montres-ordinateurs à nos poignets ? Autant de produits de haute technologie, bourrés de matériaux rares et d’obsolescence programmée, qui se périmeront en deux ou trois ans et qu’il faudra, comme les smartphones, changer à un rythme hallucinant à la fois pour nos portefeuilles (électroniques) et pour les ressources de la planète. Cela ne mériterait-il pas d’être discuté ? 

Ensuite, la 5G participe-t-elle à la lutte contre le réchauffement climatique et à la désescalade pourtant nécessaire et reconnue comme telle de la consommation d’énergie ? A l’évidence pas. Prenons l’exemple de la généralisation annoncée du véhicule autonome, géré à distance par des dizaines de milliers de satellites qu’il faudra envoyer dans l’espace à grands renforts de fusées. Qui nous dit que cette technologie implique une consommation énergétique démultipliée par rapport à aujourd’hui, puisqu’il faudra ajouter à la consommation du véhicule la consommation exponentielle d’énergie pour faire fonctionner le système ? Mais surtout : la voiture autonome prépare-t-elle le recul de la voiture individuelle dans notre société ? Pas du tout et même au contraire, puisque, pour amortir les coûts astronomiques de développement, l’industrie automobile aura besoin d’en vendre beaucoup – ce qui est logique.

Une hausse de la consommation energétique 

Un argument est souvent avancé, qui est toujours le même : pour accompagner une hausse drastique de l’usage d’Internet, il faut passer à la 5G car la 4G, qui serait alors proche de sa capacité maximale, consommerait davantage que la 5G. Le raisonnement est à chaque fois le même depuis quarante ans : oui, la consommation unitaire de chaque objet va baisser, mais comme par ailleurs le nombre d’objets en circulation va exploser, la consommation totale sera donc largement à la hausse. Il y a trente-cinq ans, la consommation de nos voitures était la même que celle de nos véhicules actuels; simplement, avec les mêmes 7 litres/100km, les gains de productivité permettent de donner plus de puissance à des véhicules presque deux fois plus lourds. 100% des gains technologiques ont été consacrés à diminuer la consommation unitaire et non à réduire la consommation globale de carburant. C’est ce que l’on nous propose pour l’avenir : chaque objet connecté consommera moins que la génération d’avant, mais nous en aurons beaucoup plus; au total la consommation d’énergie ne peut qu’augmenter. Ce n’est pas compatible avec les objectifs de la COP 21 : c’est donc cette logique qu’il faut discuter. Maintenant. Pas après le déploiement. 

Exiger ce débat n’est pas l’expression d’une sorte d’obscurantisme anti-technologique. Je crois au progrès. Mais je ne crois pas que tout progrès technologique soit forcément un progrès. C’est vrai en matière de bioéthique; c’est aussi vrai en matière de numérique. Nous ne pouvons plus nous permettre de ne pas décider quels sont les usages que nous acceptons comme des progrès et quels sont ceux que l’on doit rejeter au nom d’autres impératifs. 

Nos chercheurs nous proposent des possibilités fantastiques : décidons celles que nous retenons. Ne laissons pas l’industrie mondiale nous les imposer. Parler de «monde d’après», de «priorité climat» ou de société de la sobriété sans faire ce choix, donc sans avoir ce débat, est de l’inconscience ou de l’hypocrisie. 

Jean-François Debat maire de Bourg-en-Bresse, secrétaire national du Parti socialiste à la transition écologique

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