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Vivement l'Ecole!

« L’enseignement des faits religieux à l’école n’est pas une entorse à la laïcité mais une extension de celle-ci »

22 Septembre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Laïcité

« L’enseignement des faits religieux à l’école n’est pas une entorse à la laïcité mais une extension de celle-ci »

EXTRAITS

Cinq ans après les débats sur la laïcité à l’école, qui avaient suivi les attentats de janvier 2015, et seize ans après la loi sur le port de signes religieux, Philippe Gaudin, directeur de l’Institut européen en sciences des religions, plaide pour un enseignement des faits religieux en classe.

Tribune. Depuis les années 1980, notre école a connu deux changements majeurs qui ne peuvent pas être sans incidence sur la manière de mettre en pratique la laïcité scolaire : d’une part, elle s’est « massifiée », c’est-à-dire que près de 80 % d’une classe d’âge (contre 30 % en 1970) accède au niveau du baccalauréat ; d’autre part, beaucoup de jeunes sont désormais issus d’une immigration d’installation, et non de travail, et sont de culture musulmane. L’école n’est plus guère le sanctuaire, « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas », pour reprendre les termes conclusifs de la circulaire du 31 décembre 1936 du ministre de l’éducation nationale, Jean Zay.

(...)

Formation citoyenne

Cet enseignement n’est pas un enseignement religieux, il consiste à rendre accessible aux élèves la somme considérable de connaissances peu à peu construites en histoire, en histoire de l’art, en anthropologie, en sociologie, en philologie, en philosophie, etc., dans toutes les disciplines qui croisent d’une manière ou d’une autre les faits religieux et constituent ainsi les « sciences des religions », pour employer le vocable qui a cours aujourd’hui.

En France, il ne s’agit pas d’enseigner une de ces disciplines en tant que telle ou une discipline générale de sciences des religions, mais de plus et mieux prendre en compte cette dimension des faits religieux dans l’enseignement des disciplines scolaires existantes, comme l’histoire, les lettres… Les justifications de cet enseignement sont à la fois de l’ordre de la qualité intellectuelle de l’enseignement, comme de la formation citoyenne des élèves, qui vivent dans une société marquée par le pluralisme religieux et convictionnel, ces deux justifications étant d’ailleurs parfaitement indissociables.

Sans connaissance des faits religieux, pas de bonne compréhension de l’histoire comme du monde contemporain, pas d’accès de bonne qualité non plus au patrimoine culturel, qu’il soit littéraire, musical ou concernant les arts visuels.

Cet enseignement n’est donc pas une entorse à la laïcité mais, au contraire, une extension de celle-ci, un véritable accomplissement de celle-ci, puisqu’il s’agit de donner aux élèves, quelles que soient leurs appartenances ou non-appartenances religieuses, un accès à une culture commune selon les critères laïques des savoirs se construisant peu à peu de manière critique.

Cet enseignement, que défend l’Institut européen en sciences des religions depuis sa création, en 2002, est déjà mis en œuvre mais reste encore trop timide et trop dépendant des programmes des disciplines, qui changent régulièrement. C’est bien là sa faiblesse structurelle, puisque s’il n’est pas identifié comme une discipline indépendante, il n’est pas même un enseignement ayant un horaire, un programme et une évaluation dédiés, et les futurs professeurs ne sont pas assurés de recevoir dans tous les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspe) de France une formation sérieuse le concernant.

(...)

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