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Vivement l'Ecole!

Le chat... ( #JournéeInternationaleDuChat )

8 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Le chat... ( #JournéeInternationaleDuChat )
Le chat... ( #JournéeInternationaleDuChat )

Le chat

 

« On se prend un café ?

-Allez, va pour un café.

 

Clignotant à droite. Envie d’une pause.

 

Les aires de repos d’autoroute. Des villes grouillantes d’activités diverses. On y croise sans les voir des milliers d’êtres humains. Automobilistes, chauffeurs routiers, motards en tenues de cuir, passagers et passagères, enfants, adolescents, employés. Du bruit, des toilettes, des odeurs mélangées qui vous saisissent. Des langues diverses. Et puis la nuit donnant aux lumières des allures de fantômes. Tout crie ici. Tout hurle. Tout est à la fois monstrueux et banal.

 

Alors je te regarde. Je m’enferme en toi. Au loin un brouhaha. Ton gobelet vient de tomber dans un bruit sec de plastique cognant au métal. Il commence à se remplir. Rencontre du liquide et de son contenant. Puis c’est mon tour. Même rencontre répétée sans doute des milliers de fois aujourd’hui.

 

Heureusement, il y a ta présence. Le reste n’existe plus.

 

Tout est simple et doux entre nous depuis toujours. Comme les dialogues muets que j’entretenais, enfant, avec mes chats.

 

Sous les tonnelles de bougainvilliers en fleurs, je regardais l’animal étendu à l’ombre. Il dormait comme dorment les félins, à l’affût du moindre bruit, de l’intrus possible, du parfum de la cuisine, oreilles et narines aux aguets. J’avais quatorze ans. Il en avait six. Peut-être était-ce sa quatrième ou cinquième vie. Je restais là des heures à observer ce chat immobile ou presque. Seule l’extrémité de sa queue, par d’imperceptibles ou plus amples mouvements, lents ou fouettant le sol, m’indiquait qu’il était en vie.

 

J’ai toujours été un enfant contemplatif. Un insecte dans la poussière, une goutte d’eau glissant doucement sur le carreau de ma chambre qui me retenait enfermée par temps de pluie, le mouvement des feuilles d’eucalyptus bruissant sous le vent. Tout était spectacle pour moi. Plus tard, adolescent puis devenu homme, je consacrerai de longs moments, ou d’autres plus brefs mais les faisant durer par le souvenir, à regarder une femme passant devant moi, sculptée par la robe qu’un pas pressé animait sensuellement en courbes suspendues aux balancements discrets de ses hanches. Jamais je n’oserai lui adresser la parole. Rompre le silence, c’eût été rompre le charme du conte que j « écrivais » en la suivant, immobile, jusqu’à la voir disparaître, là-bas, au bout de la rue. Il en viendrait une autre, plus tard.

 

« Ah bon ? Raconte.

 

- Je me souviens d’un sourire croisé un jour, ou peut-être était-ce un soir, dans une salle à manger superbe au milieu de laquelle trônait une table immense. Nous étions une dizaine. Je mangeais, buvais mais n’ai rien conservé en mémoire. Ni des mets ni des vins offerts en cette occasion. Je n’ai gardé précieusement au creux de ma mémoire que le sourire et l’attention bienveillante portée par notre hôtesse à chacune et chacun. Un merveilleux moment.

 

J’étais redevenu l’enfant observant son chat, admirant sa patience naturelle, subjugué par la grâce de ses mouvements, jaloux de son intelligence ».

 

Tu souriais, en t’obligeant à avaler ce breuvage sans saveur et brulant que seul un sadique a pu appeler « Café ».

 

Aujourd’hui encore, cinquante ans après ces moments passés sous les bougainvilliers, j’ai un chat.

 

Peut-être est-ce celui que j’observais à l'ombre...

 

Les chats, comme l’amour, ne meurent que pour renaître.

 

« Je crois que je vais conserver longtemps le goût de ce café dans la bouche. Un souvenir. Un de plus ».

 

Christophe Chartreux

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