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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Gisèle Halimi....

29 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’ai toujours écrit. Ce besoin a commencé de me tarauder dès l’âge de neuf ou dix ans. Et ne m’a jamais quittée, quels que soient les trop-pleins de verbes, d’actions, d’urgences.

Le soir, quelques lignes ou quelques pages, c’est selon. Un journal, dit-on.

Pour moi, tellement davantage. Des repères, des jalons, des questionnements. Que je revis, en façonnant les mots, en recherchant avec ma plume celui qui, dans ses syllabes, son dessin, sa musique me replongera, intacte, dans une tranche de vie. Ajuster ma pensée et mesurer mon action par l’écriture. Qui, en même temps, me restitue mes émotions, mes sensations. Elle les grave en moi et empile les strates des projets, des expériences, des bilans (toujours provisoires…).

Mais plus qu’une relation des faits ou une simple réflexion, j’ai toujours noirci, à la plume Sergent-Major avant le stylo-feutre glissant, des pages, innombrables (heureusement secrètes), construisant/déconstruisant les scénarios de mes engagements. La remise en question permanente, la stratégie d’un choix et sa justesse, qui s’imposent comme une donnée immédiate dans un procès politique, dans une manifestation ou même dans la simple signature d’un appel dit de « personnalités », m’obligeaient, m’obligent toujours, on le voit, à passer par l’écriture pour comprendre et me comprendre. Ecrire, c’est pour moi savoir agir. Mais aussi donner un autre regard sur l’auteur(e), en le déviant sur les autres. Prolonger, au-delà de lui, d’elle, le débat, le combat, la compréhension de notre monde.

Le féminisme, par exemple. En même temps que je l’appréhendais à coups de dilemmes, d’injustices et de discriminations, j’écrivais pour me poser les questions, aujourd’hui encore non totalement résolues. Je me suis interrogée sur les liens du féminisme avec la maternité, la politique, la décolonisation, l’Europe… Je parvins ainsi au constat, puis à la dénonciation, innée dans ma révolte. Et à l’action. Je portais tout cela en moi et attendais d’avoir les armes pour troubler le jeu.

Au fil des ans, le lien écriture/action me sera devenu un véritable besoin, un moyen de me replacer, de me rééquilibrer.

Simone de Beauvoir note, dans La Force de l’âge, que « la littérature apparaît lorsque quelque chose dans la vie se dérègle. Pour écrire, dit-elle, […] la première condition, c’est que la réalité cesse d’aller de soi ».

 

Paradoxalement, écrire combine pour moi l’exigence d’une certaine solitude, de ce que j’appelle « mon exil d’écriture » et une descente constante dans l’arène.

Pendant l’exil, je me sens étrangement étrangère à moi-même. A ce qui pourtant tisse le quotidien de ma vie. La défense, l’engagement féministe, l’option politique et même l’affectivité familiale ou amoureuse ne me parviennent qu’en écho. Mais un écho impérieux de la présence des autres dans la réflexion et l’action. Ecrire est un métier solitaire. Mais il ne m’a jamais isolée par une sorte d’étanchéité au monde. L’individu non relationnel, ignorant tout de l’altérité active, se pose seulement sur le monde. Il n’en fait pas partie. Ecrire m’oblige à rationaliser mes choix fondamentaux. Féminisme, défense et justice, politique. M’oblige à comprendre leurs liens, leur proximité transversale, leur chronologie mêlée. Donc me place à l’opposé du repli sur soi-même, du rejet des autres. Qui ne m’aurait pas permis de me rencontrer. Tant il est vrai que « le plus court chemin de soi à soi passe par autrui ». Jean-Paul Sartre – « l’enfer, c’est les autres » – s’opposait-il radicalement à l’humanisme de Paul Ricœur ? J’essayais, pour moi-même, pour mon harmonie intérieure, d’interpréter, de réconcilier ces deux philosophies qui m’étaient proches et dont je refusais l’antinomie. Exercice difficile.

Au fond, écrire m’a aidée autant à me construire que plaider et défendre.

Avec toujours, se profilant, la difficulté de trier. Mais en même temps, j’écris pour la surmonter. Je m’astreins à coller, par les mots, de raison et de folie, à une ligne dessinée déjà dans l’enfance.

*

J’entreprends ainsi un livre subjectif. Un livre qui choisit. Donc non exhaustif. Mais qui, pour la première fois, la seule, m’oblige à faire un point. Sur le féminisme, d’abord. Le mien. Ma grande affaire, reliée à l’engagement politique. Engagement de liberté, sans carte de parti ou de rassemblement, histoire de laisser à la cause des femmes sa priorité absolue, sous tous les régimes.

 

Mais au delà, ce que je veux exprimer, c’est le fil rouge d’une vie. Ce que je veux retrouver, c’est l’étincelle toujours recommencée de mes combats. Ce que j’espère apporter, c’est une réflexion – somme toute, constante – qui puisse en ouvrir d’autres, plus collectives. Ce que j’ai cru, mais aussi ce que je crois…

Ce que je veux éviter enfin, c’est un récit-bilan définitif.

Caractéristiques du parcours : la révolte, la remise en cause des idées reçues, l’orgueil de contredire et de contrecarrer les voies tracées.

Et surtout le refus absolu, une vie durant, de la résignation.

 

Gisèle Halimi - Ne vous résignez jamais!

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