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Vivement l'Ecole!

De la culture, oui! Mais avec les pré-requis éducatifs...

24 Mai 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Culture

De la culture, oui! Mais avec les pré-requis éducatifs...

Edouard Philippe, Premier Ministre, est l'auteur d'un livre intitulé Des hommes qui lisent chez Lattès. Le chef du gouvernement y livre sa vision de la culture. Celle-ci permettrait, c'est la thèse sous-tendue par le contenu de l'ouvrage, d'assurer à la génération présente et à celles à venir un futur étincelant dont l'illustration se trouve sous nos yeux: le quinquennat actuel.

Il fallait y penser. 

Comme si la culture et ses pratiques diverses, notamment la lecture, suffisaient à elles seules, à bâtir les structures d'une politique. 

Comme si la culture, la lecture, la musique suffisaient ex nihilo à donner envie d'échafauder une société sans haine ni violence.

Comme si - et je ne parle plus ici du livre d'Edouard Philippe mais ne m'en éloigne pas vraiment - une "rentrée en musique" suffisait "magiquement" à créer du lien dans une école tout à coup bienheureuse. Par la magie de la baguette d'un chef.

Comme si la promotion des arts et de la culture, notamment par "le goût du livre et la pratique musicale", suffisaient à faire d'un enfant un être épanoui, complet et ouvert au monde. Un enfant "libre" en quelque sorte.

Comme s'il suffisait de chanter ou de pratiquer un instrument pour "créer du bonheur". Je cite le Ministre de l'Education Nationale dans un entretien donné au magazine Le Point et repris sur le site institutionnel Eduscol

"Le théâtre ou les pratiques musicales collectives, qu'il s'agisse de chorale ou d'orchestre, sont très importants, car ils supposent l'écoute de l'autre pour atteindre une harmonie collective. La musique crée tout simplement du bonheur. Et son bienfait cognitif est démontré." Jean-Michel Blanquer, entretien publié dans "Le Point" le 17 août 2017

On ne peut s'empêcher, tant en lisant Edouard Philippe que le ministre de l'Education Nationale, de soupçonner une forme d'instrumentalisation de la culture à des fins politiques. 

Comment peut-on croire, et surtout faire croire, que la seule apparition du bonheur à l'écoute d'un concerto ou à la lecture de Proust permettrait à n'importe quel élève de s'emparer des clefs de compréhension du monde qui l'entoure et, souvent, l'agresse ? C'est oublier très et trop aisément que la lecture, l'écoute d'un morceau, la pratique d'un instrument, le jeu d'un acteur disant un grand texte - Phèdre, cité un peu illusoirement (voir ici) par le locataire de la Rue de Grenelle - sont D'ABORD affaire d'éducation. 

C'est exactement ce qu'en dit la philosophe et historienne Perrine Simon-Nahum dans Libération, page 17, en date du 18 août :

"La culture est semblable à la démocratie. Pas plus que cette dernière n'est le régime du consensus, mais bien, comme le montrait l'historien François Furet, celui de la crise, la culture ne saurait se résumer au seul sentiment de plaisir et de facilité qu'Edouard Philippe se plait à décrire. Les livres sont, certes, les compagnons indispensables d'une vie mais ils se gardent d'être toujours dociles et sympathiques. Ils peuvent aussi être violents, voire hostiles, se dérober et nous échapper".

J'engage vivement  le Premier Ministre, le Ministre de l'Education Nationale et celui de la Culture à cesser de croire pouvoir transformer un peuple d'enfants en peuple apaisé par la pratique d'une culture détachée de tous pré-requis éducatifs.

N'oublions jamais que les allemands composaient l'un des peuples les plus érudits d'Europe avant de se donner à l'enfer du nazisme.

N'oublions jamais que les idéologues Khmers Rouges firent leurs études dans les plus prestigieuses universités françaises. Pour quels résultats?... 

Il n'existe aucune "culture magique". La culture à elle seule, détachée de tout et offerte à la seule pratique, ne sera jamais un viatique suffisant. Chanter, lire, jouer, quoi qu'en disent les "sciences cognitives", ne suffisent pas ex nihilo à rendre un enfant "libre"! 

Il n'est de "culture" que celle qui s'apprend, se pratique, s'apprivoise et se maîtrise. Toutes les autres approches ne peuvent rien entraîner de positif. Bien au contraire.

Christophe Chartreux

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