Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Tracy Chevalier...

31 Mai 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

L'un des moments les plus délicats, dans la journée d'un nouveau, est celui où il faut trouver une place pour déjeuner à la cafétéria. Le temps est compté, c'est le chaos et il n'y a pas de places réservées, si bien que tout le monde s'assoit avec ses amis. Mais par définition, un nouveau n'a pas d'amis, et donc aucune raison de s'asseoir ici plutôt que là. Osei avait déjà connu cela, et savait qu'il y avait deux manières de s'y prendre. On pouvait arriver le premier et prendre place à une table vide, et laisser les autres venir à vous. Comme ça, on ne courait pas le risque de s'asseoir avec des ennemis potentiels, ou de s'imposer lourdement dans un groupe. Les gens vous choisissaient, ce qui leur convenait mieux. D'un autre côté, il y avait toujours le risque que personne ne vienne s'asseoir à votre table, et que vous vous retrouviez seul avec un lot de chaises vides autour de vous, comme le no man's land entourant une décharge radioactive.

Ou alors, on pouvait prendre son temps, rester à l'arrière de la queue et attendre que les gens soient assis, puis choisir un endroit où se glisser. Quand la salle était pleine, il ne restait généralement qu'une ou deux places libres, et ceux qui étaient assis à côté ne pouvaient tout de même pas se lever pour changer de siège en vous abandonnant. Mais la plupart du temps, les seules places libres se trouvaient à côté des élèves les moins populaires : les faibles, les idiots, ceux qui sentent mauvais, ou ceux que personne n'aimait pour quelque mystérieuse raison. Ce n'était pas très conseillé de débuter sa vie dans une école en s'asseyant avec eux, car le mauvais sort inexpliqué qui s'acharnait sur eux risquait fort de vous contaminer.

(...)

Dans une certaine mesure, le racisme manifeste était plus facile à gérer. C'étaient les remarques détournées et les actes ambigus qui le blessaient le plus. Les enfants qui étaient gentils avec lui, à l'école, mais ne l'invitaient jamais à leur fête d'anniversaire, même quand toute la classe y était conviée. Les discussions qui s'interrompaient dès qu'il entrait dans une pièce, cette cause imperceptible causée par sa simple présence. Les remarques qu'on faisait, suivies de cette précision : "Oh, mais je ne parle pas de toi, Osei. Toi, tu es différent." Ou bien les commentaires du genre : "Il est noir mais il est intelligent", et l'incapacité des autres à comprendre que c'était insultant.

Tracy Chevalier - Le Nouveau

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :