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Vivement l'Ecole!

Architecture des écoles : aux grands maux les modèles oubliés...

29 Mai 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Architecture

EXTRAIT

Au moment où les élèves reprennent la classe dans des établissements pas vraiment adaptés aux consignes sanitaires actuelles, l’exposition «Batir l’école» dans les Hauts-de-Seine montre que d’anciennes méthodes d’agencement auraient pu répondre à de tels besoins.

Avant le confinement, l’exposition Bâtir l’école était déjà fort intéressante. Deux mois plus tard et alors que le retour des enfants à la vie scolaire semble si compliqué, elle devient essentielle (1). Le musée d’Histoire urbaine et sociale de Suresnes (Hauts-de-Seine) où elle se tient relève de la catégorie «petit musée». Il a donc pu rouvrir et ce récit, sous-titré «architecture et pédagogie 1830-1939», montre à quel point dans l’art d’enseigner, la qualité des lieux compte au moins autant que celle des enseignants. A l’heure où les communes bricolent leurs locaux scolaires avec des scotchs au sol pour diriger les flux, des rubalises pour interdire l’accès aux jeux ou aux livres et des effectifs d’élèves réduits de moitié, d’autres modèles auraient-ils pu accueillir le bouleversement d’une pandémie ? La réponse est oui.

Dès l’entrée, la clé est donnée. Au sol, une marelle. Dans les cases, des dates. La taille de chaque case correspond à la surface par élève à cette époque-là. Or la nôtre n’est pas la plus généreuse, loin de là… On comprend tout de suite le problème auquel les maires se sont heurtés pour cette rentrée scolaire atypique : le manque de mètres carrés. Mais les superficies ne font pas tout. C’est aussi la façon dont elles sont pensées et agencées qui va permettre à l’école d’être plus ou moins adaptable à une situation sanitaire inédite mais aussi à un banal dédoublement des groupes d’élèves.

Terrasses solariums

Il faut commencer la visite par la fin. Plus exactement par les années 30. A cette époque apparaît en France «l’école de plein air», fruit des préoccupations d’un urbanisme hygiéniste. L’idée d’extraire les populations les plus pauvres des ravages de l’insalubrité des villes anciennes remonte à bien plus loin car dès le XIXe siècle, le socialisme utopique du familistère de Guise (Aisne) fondé par l’industriel Jean-Baptiste Godin ou de la cité-jardin des chocolatiers Menier à Noisiel (Seine-et-Marne) tente de l’éradiquer. Au siècle suivant, c’est le modèle de la cité-jardin à l’anglaise qui inspire les tenants d’une ville saine, aérée, moyen de lutte contre la tuberculose, le rachitisme et aussi, il faut le reconnaître, l’alcoolisme.

Cette nouvelle manière de loger le peuple, Henri Sellier, maire de Suresnes entre 1919 et 1941 mais surtout administrateur délégué de l’office public des habitations à bon marché du département de la Seine, l’a découverte en Angleterre. Dès 1915, ce socialiste importe le modèle en France. La cité-jardin mélange les maisons et les petits immeubles dans un cadre de verdure avec écoles, commerces, dispensaires, mais aussi une piscine et un gymnase. Quant aux logements, ils comportent des éléments de confort rares pour l’époque, comme les WC, l’eau sur l’évier…

Dans chacun de ces modèles urbains, l’école tient une place centrale. Toutefois, un pas supplémentaire est franchi quand Sellier, toujours novateur, fait construire à Suresnes une école de plein air. Le sujet est au cœur des réflexions théoriques de l’époque, avec l’organisation du premier congrès des écoles de plein air. Celle de Suresnes est dessinée par les architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods, tous deux fervents activistes du mouvement moderne, portant une vision sociale du droit au soleil et à un air purifié des miasmes.

Le plan de l’école de plein air de Suresnes est en rupture totale avec ce qui se faisait avant. Sur un terrain en pente du mont Valérien orienté plein sud, l’établissement s’organise en huit pavillons de plain-pied, sans escaliers, avec des terrasses solariums pour faire la classe dehors, une pataugeoire et des douches. «Durant cette période, l’exigence de l’hygiène transforme profondément la façon dont seront conçues les écoles, lit-on dans le catalogue de l’exposition. Désormais, les nouvelles structures scolaires, bénéficient d’espaces ensoleillés.» Et les salles de classe font 52 mètres carrés avec 4 mètres de hauteur sous plafond. L’exposition montre plusieurs exemples de ces écoles de plein air qui, pour la plupart, existent toujours même si les douches, la pataugeoire, la classe en plein air ou mieux encore, la piscine (à l’école Marius-Jacotot de Puteaux, Hauts-de-Seine), ne sont plus utilisées. L’école de plein air de Suresnes est protégée au titre des monuments historiques mais reste sans affectation.

(...)

Sibylle Vincendon

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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