Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (9)

13 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (9)

Tout acte d’enseignement soit un temps d’activité

et d’apprentissage pour l’élève… c’est possible !

 

 

Le droit à l’apprentissage pour tous les élèves est inaliénable :

c’est un « devoir enseignant »

 

La formule est célèbre : s’il suffisait d’enseigner pour que les élèves apprennent… Philippe Meirieu a eu le mérite de poser crûment le problème. Au fond, aujourd’hui, c’est quoi « enseigner » ? C’est quoi « apprendre » ? Chaque citoyen, chaque élève aussi, a le sentiment de savoir répondre à cette question. Les opinions s’étirent entre deux pôles antagonistes : celui d’une approche traditionnaliste centrée sur les « bases d’abord », la mémorisation, l’écoute, la répétition et la reproduction du discours du maître ; celui d’une approche constructiviste considérant que l’élève est acteur de ses apprentissages qui sont des constructions originales, singulières de tout ce qu’il « reçoit ». Mais, cette question légitime a des effets pervers ? Elle fragilise la position des enseignants : on est loin de l’image du « maître » et des Hussards noirs de la République alors que les enjeux sont d’une ampleur considérable. Élèves et parents sont déstabilisée par des discours – relayés au plan européen par la publicité faite aux enquêtes PISA par exemple – pointant une certaine inefficience de l’École en France.

 

 

Une nécessité : refonder la légitimité du « métier » d’enseignant

 

Un malaise profond et insidieux atteint aujourd’hui le corps enseignant. Si l’aggravation des conditions de travail - souvent mise en avant - est loin d’être négligeable, les débats permanents dont s’empare la société civile à son encontre sont un élément de fragilisation essentiel qui brouille l’image de la mission des enseignants qui devrait être au contraire clarifiée et renforcée aujourd’hui.

 

En effet, opposer de façon rhétorique « instruction » et « éducation » ; faire croire que les savoirs sont porteurs intrinsèquement de leur « transmission » et que l’érudition du maître suffit à assurer des apprentissages efficaces ; considérer comme antinomiques les aspects savants et pédagogiques du métier enseignant sont des propos d’un autre temps, voire irresponsables. D’ailleurs, souvent, ce ne sont pas ceux qui les tiennent qui assument au quotidien ce métier. Soyons clairs : c’est bien la société et sa représentation politique qui choisissent les savoirs à enseigner en fonction de finalités culturelles, sociétales, sociales… et politiques. Les objets de savoirs à transmettre incorporent nécessairement des valeurs qu’ils sont censés représenter. Les disciplines scolaires ont leur propre logique, culturelle et civique, avec les tensions inhérentes à cette double nature. Pour ne citer qu’un exemple, l’histoire-géographie-éducation civique doit aider à construire en même temps l’esprit critique du futur citoyen actif dans la cité, et, un patrimoine culturel commun, socle d’un sentiment d’appartenance à la France et … à l’Union européenne. Enfin, sur un plan purement cognitif, les outils intellectuels dont disposent les élèves se construisent selon une genèse beaucoup plus longue qu’on ne le pense souvent et varient considérablement d’un élève à un autre. Enseigner est un métier qui s’apprend, certes. Mais la société des citoyens doit aussi faire confiance à son École.

 

Pour construire cette autre École du XXIème siècle, il convient par conséquent de renvoyer dos-à-dos « républicains » et « pédagogues », de refuser les débats réducteurs, de tracer une troisième voie : celle d’une École offrant à chacun, quelle que soit son origine, une véritable éducation populaire alliant les fondamentaux essentiels, l’héritage culturel, aux savoirs nécessaires pour le monde de demain. Seule la clarté de ce message politique courageux peut refonder la légitimité des enseignants à assumer sereinement leur mission intellectuelle, éthique et civique.

 

Mettre l’élève au cœur du système éducatif, c’est dépasser l’opposition sclérosante « transmission/construction » des savoirs

 

Un tournant professionnel – déjà engagé quoique en disent les détracteurs de l’École – est à approfondir, à élargir, rejoignant ainsi d’autres pays européens plus efficients sur ces questions. Soyons sérieux : aucun enseignant (enfin presque) ne pense sincèrement que parce qu’il a énoncé quelque chose, cela s’imprime par miracle sur le cerveau d’un élève. Et ce, quelle que soit la discipline scolaire : l’histoire comme les mathématiques ; la physique comme la littérature.

 

En revanche, des injonctions institutionnelles peu claires sur la nécessaire mise en activité des élèves, ont conduit à des pratiques scolaires qui font plus référence à de l’activisme qu’à de réels apprentissage. Nous avons déjà cité les cas courants d’actes du métier d’élèves (colorier une carte, recopier le résumé dans le cahier, reproduire le schéma fait par l’enseignant…) qui peuvent être effectués sans y penser vraiment.

 

Nous pensons que :

 

  • Tout acte d’enseignement doit favoriser des situations de « réelle » activité des élèves, donc d’apprentissage

 

Les possibles pédagogiques sont nombreux : situations-problèmes en sciences ; situations problématiques en sciences humaines ; écritures intermédiaires au sein du cours dans toutes les disciplines ; créations sous tous les canaux de communication ; recherches individuelles ; travaux de groupe pour répondre à une question de connaissances ; communications à faire devant une autre classe (jumelée) ; recherches internet sur l’objet du cours… Ces pratiques existent : mais quid de leur diffusion, de leur circulation, de l’analyse critique de didacticiens, d’une mise en synergie de l’existant… et de leur généralisation.

 

  • Les moments d’enseignement-apprentissage que sont les temps de formalisation, d’analyse, de synthèse et d’institutionnalisation des savoirs ne doivent pas être négligés

 

Menés par le maître, ce sont des moments forts où le groupe (classe ou groupes de besoins) est confronté à une stabilisation d’un savoir commun et collectif, validé par l’enseignant. Pourquoi ne pas privilégier également une inversion du moment de travail « à la maison » (qui peut se faire dans l’établissement scolaire, dans des lieux appropriés) ? C’est en amont (avant le cours) que l’élève peut être stimulé au plan de la curiosité en ayant à faire une tâche de mise en éveil : un très court texte à lire ; des documents à observer avec pour but de trouver des questions à se poser ; une définition à trouver… Le cours devient alors le moment où des échanges constructifs permettront au maître d’apporter éclairages et compléments d’explication. Le travail personnel n’est pas répétition mécanique, mais au contraire heuristique. Et le temps de la classe, un véritable moment de travail et non de simple écoute.

 

  • Trois « fondamentaux pédagogiques » doivent être désormais mis au cœur des pratiques :

 

L’expérimentation (au sens large) par l’élève lui-même :

 

La recherche documentaire sous toutes ses formes, en intensifiant les efforts en direction des TICE, et en privilégiant une approche critique des sources et leur usage raisonné.

 

La création de textes (littéraires, poétiques, synthétiques, documentaires, compte-rendu, description…) ; d’œuvres artistique, technique, théâtrale ; d’outils informatiques de communication, d'information et de création

 

Christophe Chartreux

 

A suivre... (Les "épisodes" précédents en cliquant ci-dessous)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :