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Vivement l'Ecole!

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (8)

12 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (8)

La formation doit aussi être un projet personnel

 

A un moment où les enseignants – et plus généralement les fonctionnaires – sont invités ou menacés de flexibilité, de mobilité, voire de redéfinition de leurs mission… il est urgent de réfléchir concrètement aux moyens de faire bouger les lignes, d’étudier ce qui pourrait favoriser des changements qui soient des avancées pour tous.

 

Les enseignants sont souvent critiqués pour leur (supposé) immobilisme. Il est fréquent de lire dans la presse, sur des blogs, des jugements sévères sur l’École et son fonctionnement, pointant la responsabilité des enseignants qui seraient accrochés à leur statut, incapables de s’adapter au monde d’aujourd’hui, attachés à des savoirs académiques décalés et à des pratiques pédagogiques dépassées : bref un peu « fossilisés ». Nous ne nions pas l’existence de tels enseignants et il ne s’agit pas ici d’adopter un point de vue corporatiste. Mais - ce qu’ignorent ceux qui ne fréquentent pas le monde de l’École – c’est qu’il s’agit d’un système professionnel qui est lui-même immobile. Les formations, quand elles existent, ne sont plus qu’octroyées au compte-goutte. Elles ne sont pas professionnalisantes. Elles ouvrent peu sur le monde extérieur (et après on reproche aux professeurs d’être fermés au monde de l’entreprise ?). Elles ne conduisent à aucune « promotion ». Certes, ont été créés des concours internes (CAPES interne, Agrégation interne…) mais il ne s’agit que d’un ascenseur limité compte tenu du nombre de postes offerts. Dans le monde de l’École, ceux qui se forment – sur leur temps personnel et avec leurs moyens propres – le font pour le plaisir, la gloire, l’intérêt. Pour ne citer qu’un exemple : l’université Paris-Diderot Paris 7 offre un Master recherche de didactique des disciplines. Ces « étudiants » (en fait professeurs en titre parfois chevronnés), venant pour certains de province chaque semaine pour assister aux séminaires, consacrant leur temps libre pendant deux années en moyenne pour l’obtention du Master… ne toucheront pas un centime d’euro de plus sur leur salaire. Ils pourront, dans certains cas, envisager plus facilement des postes dans un ESPE intégré à une Université, mais, compte tenu des grilles indiciaires qui régissent la fonction publique, cela ne leur vaudra aucune réelle « promotion ».

 

Or, oui un enseignant peut avoir le désir de changer de métier, de monter dans la hiérarchie, de réorienter son projet professionnel. Mais quelles sont les possibilités concrètes offertes au personnel de l’éducation nationale ? Devenir inspecteur ou chef d’établissement ? Tout enseignant, toute personne travaillant dans la sphère scolaire, doit pouvoir construire – dans la perspective d’un Éducation tout au long de la vie – son projet personnel ; enrichir sa formation en enrichissant du coup la communauté éducative ; évoluer vers de nouvelles fonctions en y étant accompagné.

 

Il y a urgence à ce qu’une réflexion collective soit menée dans ce domaine. En réponse au Livre vert sur l’évolution du métier de la commission Pochard (janvier 2008 !), le ministère devait répondre par un Livre blanc sur la redéfinition du métier de l’enseignant. Il y a urgence décidément : quelles sont précisément les missions de l’enseignant ? Que propose l’institution pour aider chaque enseignant à évoluer et à devenir toujours plus performant ? Comment penser intelligemment l’articulation complexe entre projet individuel et projet collectif (au sein d’un établissement par exemple) ? Comment promouvoir un parcours, individuel - évalué de manière collégiale dans ce même établissement - et prenant en compte la cohérence du trajet de chacun ? Comment valoriser (y compris matériellement) les enseignants qui se forment ? Les interrogations sont nombreuses et, parce qu’elles touchent à l’évaluation des enseignants, sensibles : l’histoire a montré l’infantilisation qui sévit parfois et la démagogie qui peut aussi exister.

 

Notre perception des choses est la suivante. (dans le secondaire puisque les changements en primaire sont quasi inexistants, l'évaluation restant la prérogative de l'Inspecteur de l’Éducation Nationale), L'évaluation des enseignants doit être remplacée par une évaluation des pratiques, si possible des pratiques non plus de l'enseignant pris isolément, mais d'une équipe pédagogique toute entière. Cette évaluation doit être le résultat d'un regard croisé Chefs d'établissement/Corps d'inspection. La note devra être donnée à l'équipe entière. Le corps d'inspection et le chef d'établissement auront, pour la note finale, une importance identique. Les professeurs « en difficultés » devront bénéficier dans les délais les plus brefs d'une aide pédagogique adaptée à leurs besoins. Aucune note se pourrait leur être attribuée AVANT la fin de cette aide qui pourrait se dérouler sous forme d'un stage en ESPE. L'enseignant serait revu, individuellement cette fois, pour une note définitive.

 

Christophe Chartreux

 

A suivre...

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