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Vivement l'Ecole!

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (4)

8 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (4)

Tendre à l’excellence de tout enseignement, pour chacun, c'est possible !

 

Le droit à l’excellence pour chacun est inaliénable

 

 

Un principe essentiel


L’excellence pour chacun n’est pas un luxe : c’est une obligation républicaine et démocratique qui ne doit souffrir d’aucune exception. Tous les enfants, quels que soient leurs lieux d’habitation (à la ville comme à la campagne), quel que soit leur environnement socioculturel, doivent avoir droit au « meilleur ». L’École doit donc repenser profondément son fonctionnement pour répondre à ce défi.

 

  • Un socle commun d’acquisitions ambitieux, réaliste et évalué finement, sans dérogation aucune quant à sa maîtrise exigée de la part des élèves

 

La réflexion est commencée et l’idée a fait son chemin depuis 20051. « Tout ce qu’il est indispensable de maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire » est détaillé autour de sept grandes compétences : chacune est « conçue comme une combinaison de connaissances fondamentales pour notre temps, de capacités à les mettre en œuvre dans des situations variées, mais aussi d’attitudes indispensables tout au long de la vie » (2006).

 

L’idée est intéressante car elle invite les enseignants à sortir des habitus scolaires. Introduisant une clarification sur les objectifs de l’École obligatoire – donc une certaine lisibilité – elle a surtout le principal mérite d’ouvrir, par ses propositions, une discussion citoyenne et professionnelle. En effet, ce n’est ni un programme, ni une addition de programmes disciplinaires agrémentée par une touche d’Éducations à … Il s'agit bien d'un tableau de bord de ce que pourrait être une cohérence d’ensemble des acquis d’un jeune sortant à 16 ans du système éducatif. Démarche en contradiction donc avec la tradition française d’une École plutôt conçue comme une « petite Sorbonne » dès le primaire. Ainsi les disciplines scolaires sont-elles incitées à concourir – chacune dans son champ de compétence – à l’acquisition de connaissances, certes, mais également de compétences (plus générales) et d’attitudes valant pour la vie tout court.

 

Dans certaines disciplines, reconnaissons qu’une réelle réflexion a été menée pour faire converger les préoccupations disciplinaires. Ainsi mathématiques, sciences de la vie et de la terre, physique-chimie proposent de contribuer à la construction d’une culture scientifique, et de contribuer à l’élaboration par les élèves d’une représentation globale et cohérente du monde à la fin du collège2. Aux dires des contributeurs, l’élève doit pouvoir – au terme de la scolarité obligatoire – apporter des réponses simples mais cohérentes aux questions : Comment est constitué le monde dans lequel je vis ? Quelle y est ma place ? Quelles sont les responsabilités individuelles et collectives ? Il ne s’agit plus d’empiler des savoirs comme des « choses », mais de donner sens à ce qui nous entoure. Qu’est-ce que la matière (vivante ou inerte) ? Quid de l’universalité des lois qui régissent les phénomènes naturels ? Comment analyser les rapports entre l’homme et son environnement ? Et il est vrai, que dans son fonctionnement normal, l’École fait comme si l’élève allait naturellement, faire les liens entre des connaissances disciplinaires éclatées ; donner de la cohérence à des thématiques apparemment disjointes. La démarche – même à poursuivre – ne manque pas d’intérêt.

D’autres disciplines, en revanche, se sont contentées d’un toilettage des programmes à la marge, voire d’une simple réécriture purement formelle. Tel est le cas, à notre sens, de l’histoire-géographie-éducation civique. Laissant entendre que les objectifs du Socle sont inhérents à la discipline même. Après des considérations générales introductives … les programmes déclinent les intitulés de manière factuelle et somme toute classique. Or, après une période expérimentale, un Livret personnel de compétences suivant chaque élève au cours de toute sa scolarité obligatoire est entré en vigueur en 2010. Il s’agit, pour le palier 3, correspondant au Brevet des collèges, d’une évaluation portant exclusivement sur la partie informatique et internet (B2i) et sur la compétence à manipuler une langue vivante étrangère. 2011 devait être l’année de la mise en œuvre du Livret pour toutes les compétences.

 

Que dire donc du travail à accomplir encore : approfondir la réflexion sur l’évaluation (les grilles de références pour l’évaluation au niveau Brevet ne comptent pas moins de 32 pages) ; permettre une réflexion collective et pluridisciplinaire (quand on sait que la formation des enseignants est exclusivement disciplinaire) ; mener un travail de diffusion en profondeur de cette nouvelle approche auprès des élèves et des parents. Le chantier est immense.

 

Il ne doit avoir qu’une seule finalité : aucun jeune ne doit sortir du système éducatif sans la maîtrise du Socle commun de connaissances et de compétences.

 

  • La question de la précocité des difficultés scolaires de certains élèves

 

La question du dépistage précoce des difficultés scolaires fait débat souvent entre déni (rien ne se joue avant…) et stigmatisation (tout se joue à la Maternelle ou au CP). Il sera l’objet d’une action spécifique en lien avec des professionnels spécialisés. Il s’agit de pense à :

 

- la mise en place le plus rapidement possible de tous les moyens de remédiation, soutien, aide individualisée (intervention d’orthophonistes, psychologues…). La maison des parents peut ici être un lieu polyvalent d’accueil où faire interagir des spécialistes de plusieurs disciplines.

 

- la valorisation de toutes les formes d’activités (techniques, artistiques, physiques, culturelles, numériques, de découverte de l’environnement…) parallèlement à celles ayant trait aux acquis fondamentaux. Il s’agit de permettre aux élèves d’y trouver sens et plaisir et de lutter contre le découragement de ceux qui vivent - dès le début de la scolarité - des apprentissages qui les mettent en échec. L’échec est une souffrance, donc une violence pour soi qui peut engendrer des violences contre les autres.

 

- la réflexion approfondie sur les possibilités de passerelles entre les programmes. Il faudrait – dès le primaire – repenser les programmes afin d’imaginer des passages, des bifurcations permettant à chacun, en fonction de ses talents, d’atteindre ses meilleures performances dans chaque domaine. L’excellence des savoirs passe par l’excellence des apprentissages.

 

- l’institutionnalisation de la concertation interne à chaque cycle et surtout inter-cycles. La simple question de la gestion du Socle commun évoquée plus haut montre l’urgence qu’il y a à penser les articulations entre cycles d’enseignement : le passage du primaire au secondaire (CM2 à la sixième en particulier) devra faire l’objet d’un travail collaboratif tout au long de l’année. À noter, à cet égard, un projet original (présenté récemment en Indre-et-Loire) du regroupement pionnier d’une école primaire et d’un collège. En restant prudents sur ce qui peut n’être qu’une façon astucieuse de faire des économies d’échelle, restent que les dimensions pédagogiques du projet sont intéressantes : articulation des cycles ; projets communs sur des thématiques pluridisciplinaires ; suivi personnalisé des élèves sur l’ensemble de la scolarité obligatoire… Et qu’en inscrivant ce travail collaboratif dans les emplois du temps des enseignants, c’est tout le système qui peut se trouver transformé.

 

On voit bien là que nous nous inscrivons en complet désaccord avec ce qui est présenté comme la nécessité d’un diagnostic précoce des comportements violents, la violence étant en quelque sorte « isolée » d’une situation beaucoup plus globale pour l’enfant. L’échec de certains enfants à l’école, la souffrance ressentie par eux devant leur non-réussite, peut se transformer en violence faite à eux-mêmes et aux autres. Mais, sauf cas rares, cette réponse impuissante n’est qu’un symptôme, une conséquence, et en aucun cas une « racine ». S’il faut cadrer les effets inadmissibles, pour la collectivité, des incivilités et des violences, c’est à leurs « causes » que l’École doit apporter des réponses. Elles sont bien évidemment, pour partie, économiques et sociales. Mais elles peuvent aussi avoir des origines scolaires. Dire cela n’est pas jeter l’opprobre sur le personnel mais admettre que le « système » dans son fonctionnement même peut se transformer en machine à broyer des individus plus fragiles, en particulier en raison du modèle d’évaluation « à la française ».

 

Plus globalement, au cours de l’ensemble de la scolarité obligatoire, tous les moyens seront mis en œuvre (alternance, passerelles, modules de spécialisation) pour que chacun aille au meilleur niveau possible pour lui et puisse appréhender positivement une insertion dans le monde professionnel.

1 La Loi du 23 avril 2005 instaure un Socle Commun de Connaissances et de Compétences détaillé dans l’Annexe du décret n°2006 – 830 du 11 juillet 2006.

2 Bulletin Officiel n° 6 du 10 avril 2007.

Christophe Chartreux

A suivre...

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