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Vivement l'Ecole!

Turbulences des concours de professeurs en temps de guerre ou en Mai 68... Par Claude Lelièvre...

13 Avril 2020 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Turbulences des concours de professeurs en temps de guerre ou en Mai 68... Par Claude Lelièvre...

Il s'agit essentiellement des concours d'agrégation, au moins pour les périodes des deux guerres mondiales puisque le CAPES n'a été créé qu'en 1950. Le plus intéressant, en regard du contexte actuel, ce sont les réponses diverses qui leur ont été apportées et qui peuvent être invoquées en tant que précédents.

En 1914, la déclaration de guerre du 2 août et la mobilisation qui s'ensuit de la quasi totalité des jeunes hommes arrivent en plein moment des oraux des agrégations. Le début des grandes vacances du secondaire avait été avancée depuis 1912 au 14 juillet, la rentrée scolaire restant fixée au 1er octobre. Par arrêté du 26 décembre 1914 les candidats qui avaient satisfait aux opérations d'admissibilité sont nommés agrégés. Quatre seulement des oraux des agrégations où se présentent des hommes sont achevés à ce moment là, et leurs listes de reçus sont présentées par ''ordre de mérite'' (en sciences naturelles, arabe, espagnole et italien). Les huit autres listes de reçus (sans oraux) sont présentées par simple ordre alphabétique. Durant la guerre, seules les agrégations où peuvent se présenter des femmes sont maintenues.

L'arrêté du 31 juillet 1918 décide la réouverture des concours de l'agrégation masculine. En 1919 et 1920, il y a chaque année deux sessions. Celle de juillet est considérée comme le concours ''normal'' où l'on examine les candidats ''normaux'', les professeurs ou chargés de cours blessés et réformés, les anciens candidats de 1914. Celle d'octobre est considérée comme le concours ''spécial'' destiné aux démobilisés. A partir de 1921, il n'y a plus qu'un seul concours; mais l'on continue jusqu'en 1927, dans certaines disciplines, à prendre en compte positivement des conditions particulières liées à la guerre.

De 1939 à 1943, une succession d'arrêtés sont pris afin que les jurys d'agrégation mettent en oeuvre des classements spéciaux en faveur des candidats d'appelés maintenus sous les drapeaux (arrêté du 30 mai 1939), des candidats qui ont été mobilisés (arrêté du 30 juin 1941), des prisonniers de guerre libérés (arrêté du 1er février 1942) ou bien encore en faveur des prisonniers dont la captivité a duré au moins six mois ou des candidats qui sont restés sous les drapeaux plus de deux ans (arrêté du 12 avril 1943). Les jurys d'agrégation ont donc été amenés plusieurs fois à dresser, pour un même concours, non pas une seule liste de lauréats mais deux voire trois ou quatre listes de reçus (chacune d'entre elles étant établie selon ''l'ordre du mérite''). Par ailleurs, les épreuves d'agrégation de 1944 ont lieu en décembre pour les femmes et en avril 1945 pour les hommes (soit deux mois seulement avant la mise en oeuvre du concours de 1945).

En 1959, le début des grandes vacances a été avancé au 1er juillet, et la rentrée scolaire à la mi- septembre. La passation des différents concours d'agrégation ou du Capes a été assez fortement diversifiée lors du contexte de Mai 68, et il ne saurait être question d'être exhaustif. On se limitera donc à quelques" flashs" significatifs.

Le 13 juillet 1968, le SNES (le syndicat majoritaire parmi les professeurs du secondaire) déclare qu'il "prend acte de l'annonce publique faite par le ministère de la mise en concours du C.A.P.E.S. de mille postes supplémentaires, ainsi que de la décision en ce qui concerne le concours de l'agrégation, de pourvoir tous les postes, d'établir des listes supplémentaires et d'accorder des équivalences de C.A.P.E.S". En revanche, le syndicat critique l'organisation des concours des C.A.P.E.S et d'agrégation et demande que "soient rendues publiques sans plus attendre les dates des épreuves fixées au mois de septembre et la répartition par discipline des postes mis au concours".

Les concours se passent plus ou moins bien en mai-juin-juillet 1968, et le ministère de l'Education nationale a tendance à réagir au(x) cas par cas, à coup d'arrêtés spécifiques plus ou moins ad hoc. Cela commence tôt; et cela finit tard. C'est parfois aventureux.

Par exemple, un arrêté paru au Journal officiel du 27 juin fixe les nouvelles dates des épreuves du C.A.P.E.S. de langues vivantes (elles avaient été boycottées par plus de la moitié des candidats) : l'épreuve de version le 10 juillet et celle de thème le 11 juillet. A titre exceptionnel, les deux autres épreuves écrites sont supprimées. Un autre arrêté - de fin juin également - fixe la date de la dernière épreuve écrite des agrégations de lettres, grammaire et lettres modernes au 4 juillet.

Et cela va durer longtemps: allègement des épreuves orales des agrégations de sciences physiques, de géographie, d'histoire, de philosophie (arrêté du 16 juillet 1968); allègement des épreuves orales de l'agrégation féminine de littérature (25 juillet), allègement des épreuves orales de l'agrégation de grammaire, de lettres modernes (arrêté du 31 juillet); aménagement des oraux de l'agrégation masculine de lettres (6 août).

Et c'est parfois l'aventure voire le dérapage. On peut citer en particulier les avatars de l'agrégation des lettres en 1968 qui vont durer longtemps

Seules les quatre premières épreuves écrites ont pu être subies par l'ensemble des candidats. Par contre l'épreuve de thème latin, le 11 mai, fut fort perturbée dans certains centres d'examens parisiens, par certains candidats. Une nouvelle épreuve fut organisée le 4 juillet et fut marquée aussi par des troubles importants. Il fut donc décidé de prononcer l'admissibilité au vu des quatre notes des quatre premières épreuves seulement. Toutefois, les épreuves du 11 mai et du 4 juillet ne furent pas annulées, et les copies des candidats qui avaient pu composer furent corrigées. Lorsque le total des points obtenus par ces candidats aux quatre premières épreuves ne permettait pas de les déclarer admissibles, leur échec à l'écrit ne fut maintenu que lorsque la moyenne des cinq épreuves demeurait inférieure à la moyenne obtenue sur quatre épreuves par le dernier des candidats admissibles.

Un arrêté ministériel en date du 6 septembre organisa une nouvelle épreuve de thème latin à laquelle pouvaient participer les candidats qui n'avaient subi aucune des deux précédentes épreuves et qui n'avaient pas été déclarés admissibles à l'oral. Le 12 septembre un nouvel arrêté étendit le bénéfice de cette épreuve à ceux qui avaient subi à Paris les cinq épreuves et avaient échoué à l'admissibilité.

Le 2 octobre 1968 une requête gracieuse tendant à obtenir l'annulation des opérations et des résultats du concours fut adressée au ministre de l'Education nationale, mais rejetée. Le requérant se tourna alors vers les tribunaux administratifs. Finalement le Conseil d'Etat, le 28 novembre 1973, estima que les circonstances de l'époque ne justifiaient la méconnaissance ni de l'égalité des candidats, ni des règlements applicables au concours de l'agrégation et, en conséquence, annula la décision du ministre et le concours. Un projet de loi en vue de valider néanmoins le concours fut enregistré le 13 décembre 1974 à la Présidence de l'Assemblée nationale, et voté fin juin1975...

Claude Lelièvre

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