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Vivement l'Ecole!

L'Ecole d'après : Philippe Champy : Premières leçons du confinement...

13 Avril 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

L'Ecole d'après : Philippe Champy : Premières leçons du confinement...

EXTRAITS

Peut-on à chaud tirer de premières leçons de ce que l’expérience inédite du confinement a pu engendrer chez les professionnels de l’éducation, les élèves et leurs parents ? Certaines pratiques minoritaires se sont-elles généralisées, de nouvelles ont-elles fait leur apparition ? Les rapports entre professeurs, élèves et parents ont-ils évolué, les représentations des uns et des autres ont-elles changé ? Comment l’institution Éducation Nationale sur le terrain a-t-elle vécu et vit-elle cette épreuve ? Pour commencer à y répondre, on dispose d’une multitude de témoignages, de prises de position, d’expressions de toutes sortes qui permettent d’avoir un premier retour . Mais il est beaucoup trop tôt pour se faire une idée plus fine et plus précise en l’absence d’enquêtes qui permettraient de mieux prendre la mesure des réalités dans leur diversité.

(...)

A lire certains commentateurs sur ce que le confinement a révélé sur les limites du « numérique éducatif », on a l’impression que les aspects pratiques de la relation enseignant-élève dans cet enseignement à distance, pourtant cruciaux sous l’angle relationnel et pédagogique, sont relativement secondaires et que comptent avant tout les aspects techniques. À l’évidence il s’agit d’une divergence d’appréciation. D’un côté, l’approche technologique concentre son attention sur l’insuffisance des équipements, leur retard, leur disparité, leurs non-utilisation ou mésusages, etc. Ils en viennent à réclamer des investissements massifs pour, au plus vite, pallier les manques avant la prochaine épidémie et former massivement. Certains vont même jusqu’à prédire la fin programmée de l’école en présentiel qui aurait prouvé en vraie grandeur, au cours du confinement, son inutilité à l’ère de la « révolution numérique ». Ils attendent du confinement qu’il joue un rôle d’accélérateur dans la prise de conscience des autorités sur l’inéluctabilité de leur prédiction technoscientiste.

De l’autre côté, l’approche pédagogue s’intéresse d’abord aux finalités et cherche à comprendre ce que signifie « l’école à la maison » en termes de démarches facilitatrices et d’apprentissages, avec ou sans l’aide d’adultes présents : quels sont les objectifs à poursuivre pour ne pas perdre l’attention des élèves et comment faire concrètement pour favoriser leur activité intellectuelle et expressive malgré l’éloignement « social » autant que physique ? Quels sont les manques que le confinement provoque, notamment en termes de socialisation entre élèves, comment les limiter grâce à des activités qui les mettent en relation ? Comment éviter le décalque de pratiques de classe qui risqueraient d’être inadaptées au contexte d’autodidaxie familiale, si l’on ose cet oxymore ? Dans cette approche, la continuité d’une scolarité avec son lot d’exercices à but d’évaluation notée paraît pouvoir être mise entre parenthèses au profit d’un cocktail d’activités d’entraînement et d’autres axées sur les méthodes de travail et la découverte à thèmes.

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Du côté des parents, ce qui est apparu de façon plus nette que jamais, c’est sans doute la place irremplaçable des enseignants non seulement dans les activités d’enseignement tutoré mais aussi dans les activités de socialisation. Du côté des enseignants, ce qui s’est révélé de façon également plus décisive c’est le poids du contexte familial dans l’engagement scolaire des élèves. Ce n’est pas une révélation, bien entendu, mais cette réalité est plus intrusive lorsque l’élève auquel on s’adresse est dans son univers familial. Impossible dans ce cas de l’oublier ou d’en sous-estimer le poids.

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... L’orientation élitaire, caractéristique du système français, ne pourra être corrigée par des mesures de privatisation même déguisée derrière les sempiternels mots d’ordre de la méritocratie républicaine. N’est-il pas temps de sortir la politique scolaire de son confinement et de ses faux-semblants ?

Philippe Champy

Auteur de "Vers une nouvelle guerre scolaire : quand les technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Education nationale" (La Découverte, 2019).

Voir l’interview au Café pédagogique

Note :

1 - Voir l’excellent numéro de la Revue internationale de l’éducation de Sèvres consacré aux privatisations de l’éducation : https://journals.openedition.org/ries/9066 . Et dans le Café

L'entretien complet est à lire, avec bien d'autres entretiens passionnants passés ou à venir, en suivant les liens ci-dessous

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