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Vivement l'Ecole!

Qu'y a-t-il de plus fort qu'un désir qui resterait « désir »?... Par Christophe Chartreux

28 Février 2020 , Rédigé par christophe

(À lire en écoutant le générique de l'émission Radioscopie, par Georges Delerue)
 
Sans télévision jusqu’à l’âge de 15 ans, les informations, l’actualité, les rumeurs du monde ne me parvenaient que par bribes. La radio exclusivement. France Inter que nous captions bien seulement le matin et le soir. J’ai encore en mémoire, à l’oreille, les voix de Pierre Bouteiller, de Daniel Hamelin, de Jacques Chancel - à dix-sept heures, Radiocospie nous parvenait correctement. C’était la France qui me parlait… Un désir d'elle... Qu'y a-t-il de plus fort qu'un désir qui resterait "désir"?... Aujourd'hui que la France m'a "rappelé", c'est un désir de Maroc qui m'étreint chaque jour...
 
Je dévorais les pages des magazines laissés par mes parents sous la table basse du salon. Paris-Match et ses reportages photos… Les images atroces du Vietnam, les missions Apollo, la première marée noire avec la catastrophe du Torrey Canyon un 18 mars 1967, ces oiseaux mazoutés qui m’avaient fait pleurer, 1 969 et « Mourir d’aimer »… Le visage de Gabrielle Russier, professeure amoureuse – déjà – et qui ne supportera pas le scandale, faisant dire à un président de la République, en conclusion d’une des conférences de presse régulières à l’époque – elles n’existent plus de nos jours, les Présidents craignant pour leur image – quelques vers d’Eluard. Georges Pompidou était proche des poètes…
 
Je me souviens de Jours de France. Je riais aux dessins de Kiraz, m’attardant souvent sur ces Parisiennes aux jambes interminables. Elles étaient très bourgeoises, un peu « fofolles », totalement extérieures au monde tel qu’il allait – mal – seulement intéressées par la mode et leurs amours, mais l’enfant que j’étais les trouvait tellement libres ! Superficielles, mais libres !
 
Je me régalais de Tout l’Univers, une encyclopédie colorée, pédagogique, très « interdisciplinaire ». Humaniste. Et puis Le Journal de Tintin et plus tard Pilote… Mais j’étais déjà assez grand pour apprécier Gottlieb. Sans oublier « mon » Journal de Mickey que j’allais acheter moi-même chez « de Biazzo », le marchand de journaux d’El Jadida.
 
Ce journal est lié à un souvenir particulier…
 
En 1969, dans la nuit du 28 février, un violent séisme a réveillé la ville et une grande partie du Maroc. Tellement violent que mes parents et moi éprouvâmes toutes les peines du monde à descendre l’escalier menant au jardin, puis à la rue. Nous l’avons dévalé assis, marche par marche. Nous ne tenions pas debout. Les entrailles de la terre nous l’interdisaient. Vers quatre heures du matin, il a fallu regagner la maison, à peu près intacte. Seules quelques larges fissures dans les murs témoignaient de la violence du tremblement de terre. Cette nuit-là, pour rester éveillé en cas de répliques, j’ai regardé mon père reproduire des couvertures du « Journal de Mickey ». Plus tard, il en fera des sous-verre pour décorer ma chambre. Je les ai conservés.
 
Comme j’ai conservé certains exemplaires d’un quotidien qui n’existe plus : « Le Petit Marocain ». Dans les années 1960, il trônait – c’est le cas de le dire tant il relatait positivement, toujours positivement, l’actualité royale de Sa Majesté Hassan II – sur une table ou sur le comptoir des magasins. Je le feuilletais, attendant que ma mère en ait terminé avec ses achats. J’y ai découvert le Professeur Nimbus… À moins de confondre avec « La Voix Du Nord » qui occupait mes débuts de matinée lors des vacances d’été. La Voix Du Nord et Télé 7 Jours ! Il n’y avait que deux chaînes… C’était vite lu…
 
J’ai toujours aimé lire… Et tout particulièrement la presse. Les récits des journalistes me faisaient rêver. Je m’intéressais à ce qu’ils relataient mais toujours en les imaginant sur le terrain, dans des pays lointains et dangereux. Ils étaient mes aventuriers, ils m’étaient nécessaires et le sont évidemment toujours car sans eux, point de vérité ! La vérité, ce courage éloigné de toute prétention. Parfois ils me font enrager mais sans eux, la démocratie serait unijambiste, la liberté d'expression une illusion.
 
Tintin fut « reporter »…
 
Il n’aurait pas aimé s’entendre dire qu’il ne recherchait pas la vérité…
 
Christophe Chartreux
 
“Lire est une route sur laquelle nous avançons.” - Pierre Dumayet
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