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Vivement l'Ecole!

29 décembre 2019... Des migrants se noient tous les jours en Méditerranée...

29 Décembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Refugies

Les paysages défilent. Bientôt Paris. Je me souviens...
 
La rentrée scolaire 2015 avait quelques jours. Nous étions le 3 septembre. La photo d’un enfant prénommé Aylan, allongé sur une plage turque dans son t-shirt rouge, allait en quelques minutes faire le tour du monde. Il était mort noyé en Méditerranée. Celle-ci rendait son corps, comme un message. Comme des milliers d’autres messages.
 
La tragédie se poursuit.
 
Elle a lieu loin des caméras tant il est difficile d’envoyer des équipes de journalistes passer des jours et des nuits, en pleine mer, à la recherche de témoignages, d’images, de vérité. Ces femmes, hommes et enfants meurent loin des regards, dans un silence déchirant. L’oubli souvent n’est pas loin. Il rode pour effacer. Dans les sociétés hyperdéveloppées, tout ce qui ne se voit pas n’« existe » pas. Nous - citoyens des sociétés hyperdéveloppées - sommes devenus dépendants de l’image. Celle-ci valide tout. Sans elle, nous ne croyons à rien. Les politiques tels Donald Trump ou Emmanuel Macron l’ont très bien compris. Ne donnons pas à réfléchir; donnons à voir. Saturons l’espace médiatique d’images, d’éléments de langage, de « punch line », ces mots qui ne font sens qu’à condition de percuter les esprits pour « faire image » le plus instantanément possible.
 
La France, dans cette affaire, n’a pas joué le rôle qui doit être le sien. Tous les arguments consistant à freiner, voire à interdire, l’accueil des réfugiés sont irrecevables. Le monde entier, même si aucun pays ne peut se prévaloir d’une innocence d’agneau, a été choqué par l’épisode honteux de l’Aquarius, ce navire affrété par une ONG (Organisation Non Gouvernementale) et que la « Macronie » a tout fait pour éloigner de nos côtes, d’un port d’accueil. Pendant cette période, notre pays s’est rapproché des démocraties populistes.
 
L’« extrême centre » se déportait vers l’« extrême droite ».
 
Je suis un « réfugié ». Privilégié car arrivé en France dans d’excellentes conditions, ni poussé par la guerre, ni la famine ni quelque autre catastrophe. Pourtant, je me souviens que mes premiers pas au lycée en France ne furent pas des plus agréables. Lorsque vint mon tour, parmi les « nouveaux », de dire quel était mon établissement d’origine et que mes camarades entendirent, dans le hall où nous étions rassemblés, « Lycée Lyautey à Casablanca au Maroc », je fus transpercé par des dizaines de regards allant de l’interrogation à l’agressivité. Après l’appel des « nouveaux », il y eut la classe. Par bonheur, étant un littéraire-né, je me suis retrouvé entouré de trente-six filles. J’étais le seul garçon. Belle année initiatique…
 
Néanmoins, il y eut cet épisode. Un jour, ce devait être en décembre de cette année de terminale, en cours d’Education physique et sportive où plusieurs classes se mêlaient, un garçon dont j'ai effacé le prénom, après un désaccord sans importance, me dit: «Tu me fais chier, mec ! Retourne dans ton pays ! » Je souffre encore aujourd’hui en écrivant ces mots.
 
La France, je n’en doute pas, est un pays d’accueil. L’immense majorité des femmes et hommes qui le peuplent sont prêts à ouvrir leur porte et leur cœur. Hélas, il reste, tapi dans l’ombre mais de plus en plus en lumière, un fond de racisme et d’antisémitisme qui n’est ni « primaire », ni encore moins « ordinaire » - qu’est-ce que c’est que ça, le « racisme ordinaire » ? Les « succès » des partis d’extrême droite en Europe sont inquiétants. Les populismes gagnent du terrain. Plus personne ne se cache pour apporter son soutien à tel dirigeant ou telle dirigeante ou de partis ouvertement fascistes.
 
Jamais je n'oublierai le jour où le Président Macron et son gouvernement ont refusé l’accueil, ont refusé l’asile à l’Aquarius, ont refusé de porter secours aux femmes, hommes et enfants qu’il transportait. J’ai ressenti pendant des semaines et je le ressens encore, ce goût amer de tristesse infinie mêlée de rage intérieure qui avait envahi ma gorge le jour où ce « camarade » me demanda de « retourner chez moi ». Qu’il soit rassuré, j’y retournerai.
 
"Réfugiés" …
 
Aylan en quittant sa terre, sa maison, ses jouets, ne savait pas que la mort lui donnait rendez-vous en mer, celle d’Ulysse et des Sirènes. Peut-être, comme les compagnons du navigateur homérique, aurait-il dû trouver un stratagème pour ne pas les entendre, ces sirènes européennes. Elles lui ont tant promis. Naïf enfant, il les a crues. Elles l’ont puni de mort !
 
Que les choses soient claires. La France n’est pas plus ni moins coupable que les autres pays. Mais la France est un pays « particulier ». Il est celui d’Hugo!
 
Entre tant d’autres qui auraient, le poing tendu vers le destin, engagé un duel à mort pour que triomphe la vie, pour que l’emporte l’humanité, pour que ne disparaisse pas Aylan…
 
À la sortie du tunnel de Saint-Cloud, sur la droite, la Tour Eiffel. Paris…
 
Mon amie va bientôt me laisser. La vie, pour nous, continue, mais au moins avons-nous les yeux ouverts et les poings serrés.
 
Christophe Chartreux
 
« Vae Victis » - Mort aux vaincus... Hélas!
 
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