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Vivement l'Ecole!

Féminisme, Orient et Occident...

16 Novembre 2019 , Rédigé par Chronik Publié dans #Femme

EXTRAIT

Philosophe, spécialiste du féminisme, Soumaya Mestiri est l’auteure de « Décoloniser le féminisme : une approche transculturelle » (éd. Vrin). Un essai dans lequel le féminisme se conjugue au pluriel, y compris dans le monde arabo-musulman. Soumaya Mestiri soumet les catégories classiques des divers courants féministes (du Nord et du Sud), qui procèdent de l’opposition matricielle « universalisme/différencialisme », à une analyse critique. La professeure de philosophie de l’université de Tunis trace ainsi le chemin d’un « féminisme de la frontière », « transversal », qui ne renie pas l’idée d’un « féminisme commun », mais qui ne saurait se réduire à un féminisme occidental dont la prétention à l’universalité et à l’hégémonie est plus questionnée que jamais.

  • L’on voit apparaître depuis quelques années des critiques du féminisme occidental et des « concurrents » à celui-ci. De quelles évolutions cela résulte-t-il ?

Ce tournant critique, si l’on peut dire, n’est pas tout à fait récent si l’on part du principe que les critiques du féminisme dit occidental ont d’abord été portées par des féministes occidentales. Il correspond peu ou prou à ce que l’on appelle la deuxième vague féministe qui, aux États-Unis par exemple, commence au début des années 1970 avec le Manifeste de Combahee River. Cette deuxième vague est une vague identitaire et culturaliste, au sens objectif du terme, en ce qu’elle n’est plus simplement intéressée par une égalité arithmétique entre Homme et Femme – qui se traduit par exemple par des revendications pour l’égalité civile ou pour la dénonciation de l’androcentrisme du capitalisme d’État – mais par la subversion de ce type de monolithes conceptuels qui régissaient jusqu’alors les luttes politiques et sociales. Il n’y a pas une Femme unique, sorte de modèle qui générerait des clones ad libitum, mais des femmes, avec un vécu à chaque fois différent, des revendications multiples et parfois opposées. Il ne s’agit plus, en quelque sorte, de rechercher la justice mais l’équité entendue sur le mode de la reconnaissance. À ce titre, l’apport de la juriste africaine-américaine Kimberlé Crenshaw a été fondamental. En pensant la domination comme un jeu dynamique d’intersections au carrefour de catégories sexuelles, ethniques, socio-économiques, etc., plutôt que comme un état immuable et universel qui serait le lot commun de toutes les femmes opprimées, Crenshaw a indéniablement posé les jalons du féminisme différentialiste.

Progressivement, plusieurs types de féminisme en sont venus à se réclamer de cette veine différentialiste. Elle-même s’est divisée en familles comme le féminisme postcolonial, le féminisme décolonial, le féminisme maternaliste, l’écoféminisme, etc., avec un certain nombre de sous-familles qui peuvent ou non venir se subsumer à l’une ou l’autre des familles-mères, avec plus ou moins de facilité. Ainsi par exemple, le féminisme chicanos est un féminisme clairement décolonial tandis que le féminisme communautaire qui existe dans certains pays d’Amérique Latine à forte population indienne peut être considéré soit comme un avatar de l’écoféminisme soit comme un féminisme décolonial. Le féminisme musulman, par ailleurs, peut être conçu soit comme une dérivation possible du féminisme postcolonial, soit comme une manifestation du féminisme décolonial. Quoi qu’il en soit, tous ces féminismes posent le caractère irréductible d’un certain nombre de loyautés et d’attachements à chaque fois particuliers qu’il ne saurait être question de sacrifier au nom de valeurs dites « républicaines ».

(...)

Entretien réalisé par Margot Holvoet

Chronik & Vrin organisent une Rencontre autour de Soumaya Mestiri,

RDV lundi 18 novembre, 18h30, Librairie Vrin, 6 Place de la Sorbonne

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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