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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Jean Contrucci...

29 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Jean Contrucci...

La première fois que j'ai vu Hélène Palmier, j'ai pensé : "ces Anglais sont fous !".

Je croyais qu'un agent secret devait être invisible - n'avoir sur soi ni en soi rien qui se remarque. Etre une ombre parmi les ombres. Surtout si cette ombre était celle d'une femme.

Or, c'était comme si Londres nous avait envoyé une vedette de cinéma en lui demandant de passer inaperçue !

Avez-vous vu le films La Bête humaine de Jean Renoir, avec Simone Simon dans le rôle de Séverine ? Hélène ressemblait beaucoup à cette actrice célèbre avant guerre pour son irrésistible sourire et son caractère "sauvage tendre", disait-on à l'époque.

Hélène Newman - c'était son vrai nom, je l'ai vu bien plus tard - avait une allure folle avec ses pommettes hautes, sa bouche bien dessinée soulignée par l'éclat du rouge à lèvres, son teint clair en contraste  avec le casque sombre de sa chevelure enroulée haut sur le crâne et ses yeux bleus-violet à faire craquer le héros du film dès la première scène.

C'est à cette créature de rêve que ses chefs  comptaient confier le rôle de courrier du réseau Junkman ? Autrement dit, son agent de liaison - comme on disait dans la Résistance ? C'est à cette gravure de mode qu'ils allaient confier des messages dont dépendrait le rôle des saboteurs, la survie du maquis ? Folie pure ! Les Fritz sont des hommes comme les autres, pensais-je. Les officiers voudront l'inviter  dans un restaurant de marché noir, le moindre Feldgrau lui emboiter le pas pour lui proposer " eine kleine promenade, Madmoizel". Bref, deux pas dans la rue et elle sera repérée même si le fridolin n'a pas fait ses classes dans l'Abwehr !

Décidément, à Baker Street où se nichait le siège du Special Operations Executive, à un jet de pierre du bureau où Conan Doyle avait logé le Sherlock Holmes, ils étaient fous de nous envoyer ce prix de beauté pour assurer les liaisons du réseau. Ou plutôt, le chef de la section France du SOE, le colonel Maurice Buckmaster, devait s'en foutre. Il ne s'embarrassait pas de tels détails : jeunes, vieux, beaux ou moches, hommes ou femmes, après quelques mois d'une formation expédiée à la Finishing School for secret Agents de Beaulieu, près de Southampton, il les déclarait bons pour le service. Entretemps, ils avaient appris par cœur les consignes de sécurité, à s'inventer une autre vie que la leur, à se comporter lors d'un interrogatoire musclé. Entre deux jets de grenade et trois sauts en parachute, Buckmaster leur faisait signer l'Official Secrets Act, l'engagement au secret absolu, leur demandait de prévoir de serrer les dents sous la torture au moins quarante-huit heures, pour que les autres membres du réseau aient le temps de se mettre à l'abri. Le reste n'était plus son affaire. Une nuit de pleine lune, le patron de la section F du SOE balançait ses agents depuis la carlingue d'un bombardier Lancaster prêté par la Royal Air Force. Ils touchaient le sol comme ils pouvaient dans un coin de préférence perdu de la France occupée, "in the Field", en terre ennemie, où les frizous grouillaient depuis qu'ils avaient mis le pays à genoux en trois semaines à la mi-juin 1940.

Jean Contrucci - N'oublie pas de te souvenir

 

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