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Vivement l'Ecole!

Classes multi-âges en REP - Une expérimentation interrompue... Pourquoi?

29 Novembre 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Pédagogie

EXTRAITS

« Et si on faisait des classes multi-âges en REP ? »

La chercheuse en sciences de l’éducation Françoise Carraud raconte la genèse et tire le bilan d’une expérimentation, interrompue, visant à réunir dans une même classe des élèves du CP au CM2.

Alors qu’ils sont regroupés dans des classes considérées comme homogènes, les compétences et les performances scolaires des élèves nés la même année sont très diverses. Mais cette organisation scolaire fondée sur l’égalité et l’uniformité, fondamentale à l’école primaire, et même au-delà, engendre nombre de difficultés tant pour les élèves que pour leurs maîtres.

C’est à partir de ce constat, largement partagé, que deux professeurs d’une grande école de réseau d’éducation prioritaire (REP), installée dans un quartier défavorisé et excentré d’une grande ville du Sud-Est – le nom de ce terrain de recherche ne sera pas divulgué ici –, ont réfléchi à la mise en place d’un dispositif différent en regroupant, dans une même classe, des enfants d’âges différents, formant ainsi un groupe largement hétérogène : la classe multi-âges. Cette expérimentation s’est mise en place en septembre 2017, au moment de l’implantation des dédoublements des classes de CP et de CE1 (mesure du ministre Jean-Michel Blanquer). Difficile et douloureuse coïncidence.

(...)

Un an pour construire le projet, embarquer le directeur et des collègues de l’école, obtenir le soutien de l’inspectrice et, en septembre 2017, les quatre classes multi-âge sont prêtes : quatre salles en enfilade au rez-de-chaussée d’un des bâtiments, avec dans chacune, des bancs délimitant un large coin regroupement, des tables en petits îlots ou seules, des étagères et du matériel à portée de main des élèves…

Si les élèves ont chacun un espace pour ranger leurs affaires, ils n’ont pas de place fixe. L’emploi du temps aussi est remanié : chaque élève a son propre plan d’apprentissage, prévu par l’enseignant pour la semaine ; les activités et les exercices à accomplir sont fixés en fonction des programmes et des compétences attendues, mais toujours en lien avec le niveau de chacun. Les adaptations sans cesse réévaluées et réadaptées en fonction du niveau réel de leurs acquisitions. La journée commence par un temps de regroupement avec des échanges collectifs à propos de la vie de la classe et des travaux engagés. Si le dispositif peut s’identifier à une classe traditionnelle à plusieurs niveaux (CPE-CE1 par exemple), l’organisation du travail, tant pour les élèves que pour les enseignants, et la pédagogie sont très largement différentes.

Transformer le travail des enseignants et celui des élèves

L’observation montre que le travail des enseignants est largement transformé : pas de leçons collectives ni d’exercices à faire faire par tous en même temps. Après le temps collectif, les élèves prennent leurs affaires, s’installent où ils le souhaitent et les enseignants circulent, ils vérifient que chacun est bien au travail. Ils ont des rapports beaucoup plus individualisés et proches : ils s’accroupissent auprès des tables, désignent le travail à faire sur le cahier ou le livre, ils cherchent le regard des élèves et multiplient les échanges non verbaux : ils pointent du doigt, entourent physiquement les élèves, leur touchent le bras, l’épaule, etc. ; et ils pratiquent une première évaluation en direct, en situation.

Si certains n’ont pas bien compris un exercice de maths ou de français, ils redonnent des explications individuelles ou à un petit groupe. D’autres enfants, plus jeunes ou plus âgés, peuvent écouter, participer, même si les enseignants restent vigilants à ce qu’ils accomplissent leurs propres tâches. Les interactions sont beaucoup plus individuelles que dans les classes habituelles, mais toujours réalisées dans le cadre collectif. Ainsi, chaque élève est suivi individuellement, tout en étant autonome dans le choix de ses activités et de son rythme de travail, et devant respecter un cadre négocié avec les enseignants.

Au bout de quelques mois le résultat est probant : les élèves sont beaucoup plus calmes et davantage engagés dans les apprentissages. Si les conflits sont toujours latents, il est plus rare qu’ils s’enveniment, les élèves se parlent, se concertent, s’entraident. Même les plus réticents sont heureux de venir à l’école et ceux inscrits en unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS) ou en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) font partie de la classe comme les autres.

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Dès 2018, les inspecteurs n’ont pas renouvelé leur soutien à ce dispositif qui est entré en contradiction avec les CP et CE1 dédoublés, et quelques parents d’élèves ont montré leur désaccord face à cette pratique qui bouscule les habitudes. Malgré les multiples réunions et rendez-vous pour expliquer le projet, malgré les discussions et les invitations à entrer dans les classes, quelques mères d’élèves se sont montrées hostiles et se sont plaintes de la différence de traitement des élèves qui serait induite par ces classes multi-âges. (...)

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Depuis la rentrée 2019, les classes uniques ne sont plus que des classes de cycle 3 (avec des CE2, CM1 et CM2), et les enseignants sont découragés et déprimés. Ils se questionnent sur le sens de leur travail, sur l’absence de soutien institutionnel, et ne comprennent pas les réactions des parents. Croyant pouvoir exercer un métier en étant en partie autonomes, ils ont le sentiment d’être totalement contraints par des prescriptions sociales et institutionnelles qui les dépassent. Ils s’interrogent pour l’avenir, le leur et celui de leurs élèves.

Françoise Carraud - Chercheuse en science de l'éducation

Le texte complet est à lire en cliquant ci-dessous

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